‹ L'ameublement français sous Louis XVChapitre 16 sur 37 · CHENET DE BRONZE · texte numérisé non relu

CHENET DE BRONZE

BIBLIOTHÈQUE DE L’ART DÉCORATIF

BouIIe, aux traditions du xvii' siècle. Mais s’il reste en quelque sorte classique dans les profils de ses meubles, juste assez contournés pour leur faire prendre un galbe gracieux, il s’en sépare par la part étonnante qu’il donne à l’embellissement, aux motifs décoratifs empruntés à Gillot ou à Watteau, et que le Grand Siècle n’aurait pas trouvés assez nobles.

On sait peu de chose sur sa vie, après en avoir longtemps tout ignoré. C’était le second fils d’un sculpteur d’Amiens, François Cressent, qui a laissé quelques ouvrages estimables : une Assomption de la Vierge en pierre, à l’hôpital d’Amiens, deux anges adorateurs, autrefois dans la cathédrale d’Abbeville, diverses sculptures pour l’abbaye de Corbie, un Christ en bois que son fils prisait fort. A quel moment, à la suite de quelles circonstances, François Cressent abandonna-t-il la Picardie pour venir s’établir à Paris ? Personne encore ne l’a dit, mais nous savons que l’artiste provincial se fit assez apprécier pour mériter le titre de sculpteur du roi, et qu’il réussit assez bien dans ses affaires pour être à même d’acquérir une collection de tableaux dont son fils vantait plus tard la richesse.

Le jeune Charles était donc à bonne école : “ Elevé dans le dessin et dans la sculpture — c’est lui-même qui parle — sous les yeux d’un père aussi connu par ses ouvrages que par la beauté de son cabinet,” il puisa dans cet enseignement, en même temps qu’une connaissance parfaite de la technique de l’ébénisterie, ce goût si prononcé pour le modelage, qui fait que, dans ses œuvres, on ne sait si l’on doit plus admirer la construction irréprochable des menuiseries, ou la grâce des cuivres agrémentés de singeries, de personnages grotesques à la Gillot, ou de bustes délicats “ d’Espagnolettes, ” qu’on dirait détachés d’une page d’album de Watteau.

Sculpteur, en effet, il l’était dans l’âme. Il taillait aussi bien un médaillon en marbre grandeur naturelle, représentant Louis XIV, que des crucifix de bois ou de chêne. En 1714, il répare un Jupiter en bronze modelé par Girardon, un Mars modelé par un des Anguier, une Andromède de Le Lorrain. En 1752, il exécute pour les religieux de Sainte-Geneviève un buste

L’AMEUBLEMENT LOUIS XV

en bronze du duc d’Orléans, fils du Régent, destiné à perpétuer le souvenir du legs que ce prince leur avait fait de sa collection de pierres gravées. Mais en dépit de cette œuvre remarquable, qui n’a jamais quitté l’abbaye et qu’on peut admirer encore à la bibliothèque Sainte-Geneviève, on n’a pas encore pu identifier notre Cressent avec un autre sculpteur du même nom, qui exposait aux Salons de l’Académie de Saint-Luc en 1753 et 1756 (sous le titre d’adjoint à professeur) un Manassès dans les fers, des jeux d’enfants et des bas-reliefs en cire. L’un demeurait rue Meslay ; Charles Cressent, à sa mort, avait son domicile rue Joquelet, au coin de la rue Notre Dame des Victoires.

Au demeurant, ce qui nous intéresse c’est la carrière de l’ébéniste, et sur ce point nous avons un témoignage précieux et original, celui de l’artiste lui-même. Dans les avantpropos des trois catalogues de ventes qu’il fit en 1749, en 1757 et en 1765, il nous donne, avec une naïveté non dépourvue d’orgueil, des détails sur sa vie et ses œuvres, qui peuvent jusqu’à un certain point suppléer à l’insuffisance de nos informations. Nous savons ainsi que le duc d’Orléans l’avait attaché à sa maison comme ébéniste, et ne dédaignait pas

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