‹ L'ameublement français sous Louis XVChapitre 20 sur 37 · MUSÉE DE SOUTH KEN- SINGTON, LONDRES · texte numérisé non relu

MUSÉE DE SOUTH KEN- SINGTON, LONDRES

BIBLIOTHÈQUE DE L’ART DECORATIF

motifs français du genre Boucher ou Pillement conservés dans les galeries du monde entier ?

Les connaisseurs ont trouvé un procédé très simple. Tout ce qui leur paraît de belle qualité revient aux Martin. La fabrication inférieure reste au compte de leurs concurrents. Voilà comment on écrit l’histoire des arts industriels.

Arrêtons-nous. Nous aurions dû, en parlant des travaux des vernisseurs, donner une place d’honneur aux carrosses, aux traîneaux, aux chaises à porteurs, leurs plus beaux ouvrages. C’est la folie du siècle. Mais si de nos jours la fantaisie des collectionneurs a imaginé de transformer en vitrines charmantes les chaises à porteurs d’autrefois, personne n’a encore été tenté d’utiliser les carrosses dans l’ameublement. Laissons donc de côté, non sans regrets, ces modèles inimitables et somptueux qui firent les délices des élégantes de Louis xv aux promenades de Versailles ou au Cours la Reine, et fermons notre galerie du mobilier.

Nous en avons assez dit pour donner une idée suffisante de cette période de plus d’un demi-siècle, à qui la postérité, avide de simplification, a donné le nom de style Louis xv, bien qu’elle embrasse, nous l’avons vu, plusieurs années du règne de Louis XVI. Période féconde, s’il en fut, pour l’histoire du mobilier français, à la fois par les inventions sans cesse renouvelées des ébénistes, et par les dessins, d’une originalité surprenante, imaginés par les ornemanistes. Ni dans le passé, ni dans l’avenir, nous ne trouvons une pareille expansion d’art décoratif, une telle révolution dans l’esthétique industrielle.

Les causes ? Nous les avons montrées. Elles tiennent à la transformation radicale des mœurs, à la disparition de l’étiquette de cour, à la naissance de la société élégante et polie du xviii® siècle, aux mille besoins nouveaux qui vinrent nécessiter autant de formes nouvelles de meubles : plus que tout cela à la pléiade vraiment unique d’architectes et d’ornemanistes, qui fleurirent à point nommé et fournirent, sans compter, la plus belle moisson de modèles que pouvaient rêver ébénistes ou bronziers.

Bien différents des décorateurs de Louis xiv, qui reprirent la tradition antique de la Renaissance des mains de leurs aînés.

L’AMEUBLEMENT LOUIS XV

et en accentuèrent, si l’on ose dire, le caractère classique et romain, bien différents également des décorateurs de Louis xvi et surtout de Napoléon qui, chacun avec la vision particulière de leur temps, firent revivre le mobilier d’Herculanum et de Pompéï, les décorateurs de Louis XV créèrent un style qui n’appartient qu’à eux. Leur génie seul y a-t-il suffi ? Ce serait montrer trop de naïveté que de l’affirmer. En réalité,et c’est sur cette réflexion que nous terminerons, les ornemanistes du XVIII® siècle sont restés originaux parce qu’une bonne part de leur inspiration leur est venue de l’Orient, d’un domaine artistique si mal défini qu’ils pouvaient y trouver des idées, mais non des modèles, si étranger à leur nature qu’ils pouvaient s’en inspirer sans craindre de jamais s’en imprégner. Ils ont été originaux à la façon des maîtres de la première Renaissance, qui ne connaissaient les motifs antiques qu’à travers les miniatures

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