‹ L'ameublement français sous Louis XVChapitre 8 sur 37 · LEVER · texte numérisé non relu

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BIBLIOTHEQUE DE L’ART DÉCORATIF

démodés, chez des douairières qui se rappellent leurs succès du siècle passé. II est juste d’ajouter qu’on en fabrique de très riches et de très luxueux.

Et les canapés, et les sophas ? Nous avons gardé pour la bonne place ces sièges de tout repos, dont l’histoire — -que nous nous garderons bien d’entreprendre — touche au roman, à la poésie légère, au théâtre, à la chanson, à la vie intime de tout un siècle galant et libertin. Ici, la métamorphose est plus surprenante

encore. On dirait que les ornemanistes ont pris en main la baguette des contes de fées, si fort en vogue de leur temps, pour faire de la rigide banquette du Grand Siècle un meuble mouvementé, contourné, chantourné, d’une richesse et d’une élégance incomparables, plus vaste que la bergère, moins allongé que le lit de repos, unissant la grâce de l’une au confortable de l’autre, le siège par excellence des poses gracieuses et des conversations entre chien et loup.

Et quelle variété dans les formes ! Nous avons le canapé a joues, dont les bras sont garnis de deux petits panneaux rembourrés qui se raccordent avec le siège ; le canapé confident, garni aux deux extrémités de deux petits sièges triangulaires placés en retour, où deux nouvelles personnes peuvent s’asseoir ; la veilleuse ; la méridienne, intermédiaire entre la causeuse et la chaise longue ; le divan, le paphose, d ottomane, le plus voluptueux de ces meubles coquets, qui apparait dès 1729 avec son dossier sans joues, arrondi aux deux extrémités en demi-cercle, et qui se fait dans les plus riches garnitures, damas vert, velours ciselé à fond d’or, lampas cramoisi et blanc, velours cramoisi galonné d’or. Mais le plus répandu, c’est encore le sopha, ce vaste canapé à quatre ou six places, que la Turquie nous envoya dès la fin du XVIII® siècle et qui continua si bien à lier son existence à celle des boudoirs qu’il fournissait encore une méchante rime pour une épigramme contre le cardinal de Rohan :

On voit dans ce portrait la perle des prélats.

Il brille également au Parnasse, à Cythère^

Il serait assez mal en chaire ;

Il est fort bien sur les sophas.

L’AMEUBLEMENT LOUIS XV

Quant aux lits de repos et aux chaises longues, passons-les sous silence. Leurs formes ne présentent rien d’original. Il n’y aurait qu’à s’étonner de leur richesse et de leur abondance, si Bachaumont ne nous apprenait que de son temps les belles dames s’y étendaient pour recevoir leurs visites, y travaillaient au métier, ou s’y livraient à d’autres fonctions qu’il oublie de préciser.

Imitons sa discrétion et terminons notre voyage autour de l’appartement Louis XV par les luxueux accessoires du mobilier ; flambeaux, candélabres, horloges, bronzes ornementaux du foyer.

Le XVIII® siècle est l’âge du flambeau en bronze. De grands artistes en dessinent les modèles, et la perfection du travail, la beauté de la composition, le fini de la ciselure et de la dorure sont tels qu’on les préfère parfois aux orfèvreries d’argent.

Sous leur ébauchoir, le chandelier architectural et massif de Lepautre prend une allure, une élégance, une légèreté, une vie qui en fait un objet nouveau et charmant. La forme en balustre ou à la romaine s’est assouplie. La rocaille s’est tordue le long des tiges, s’est mêlée aux acanthes ou aux chicorées, aux cartouches inclinés sur leur axe, pour venir expirer au bouton du calice qui s’érige comme une fleur gracile. Le caprice le plus spirituel préside à ces créations, mais il exagère parfois les contorsions, et le sage Mercure, en 1754, croit devoir rappeler la

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