BERGERE. MUSEE DES ARTS DECORATIFS, PARIS
BIBLIOTHEQUE DE L’ART DECORATIF
fantaisie des orfèvres à plus de logique : “ Nous leur serions très obligés, imprime-t-il, s’ils voulaient bien se souvenir qu’un chandelier doit être perpendiculaire et non torturé comme si quelqu’un l’avait forcé.”
Accordons grâce entière, en tout cas, à ces beaux candélabres, dont les branches sont portées par des personnages de bronze, admirablement campés sur leur base. Jamais, à aucune époque, on n’aura su et on ne saura tirer un pareil parti du modelage et de l’enroulement du bronze. C’est de la statuaire encore plus que de l’art décoratif.
D’autre matières interviennent dans le luminaire. Pour les lustres, le grand luxe est toujours le cristal de roche, employé isolément ou combiné avec des montures d’or moulu. La porcelaine de Saxe lui fait concurrence. On compose de fragiles et coûteuses lanternes de salon en forme de berceau, à treillage verni, garnies de figures et d’oiseaux de Saxe, avec des branches et des fleurs de Vincennes. Vers 1765, la lanterne de glaces, à cinq ou six pans, finement montée en bronze doré et ciselé, remplace presque partout le lustre.
Mêmes modifications de style dans les gaines d’horloge, qui complètent si heureusement les ameublements de l’époque, dans ces cartels ou pendules d’applique, dont les rocailles, les guirlandes, les amours font si heureusement pendant aux baromètres à cadran en bois sculpté et doré.
L’horloge à sujets devient de plus en plus à la mode. D’allégorique et de mythologique sous Louis xiv, elle se fait personnelle et historique. Pour un mariage, elle groupe Vénus et les amours avec les écussons réunis des époux. Pour une victoire, Pallas distribue l’olivier et les couronnes tandis que des génies jouent sur des livres où l’on lit : “ Bataille de Fontenoy,” “Traité de paix.” La pendule n’est plus d’ailleurs une pièce isolée. Elle tient la place d’honneur dans l’ensemble orne-
mental de la cheminée, accompagnée de vases, de girandoles, de flambeaux, tandis que, dans le foyer, les chenêts en bronze doré et ciselé présentent, le plus agréablement du monde, sphinx, fleurs, guirlandes, groupes d’enfants, ou mettent
L’AMEUBLEMENT LOUIS XV
en scène de véritables sujets: “la Chute de Phaéton,” ou “les Forges de Lemnos.”
Que dire encore ? Parlerons-nous des écritoires, des boîtes, des étuis, des coffrets, des miroirs, des écrans, de ces mille riens qui couraient alors sur les tables, et qui font aujourd’hui, comme le dit spirituellement Jacquemart, si bien courir les amateurs ? Une telle digression nous entraînerait trop loin ; nous avons hâte d’arriver aux auteurs de tant de chefs-d œuvre, aux maîtres du bois, du bronze et du vernis, dont nous avons reconnu à chaque pas les créations, sans en avoir encore abordé l’histoire. Mais nous nous en voudrions de passer sous silence ces exquis modèles de cassolettes, dont les belles fumées bleues ne s’échappaient pas seulement en peinture sur les panneaux décoratifs des appartements, mais montaient réellement de vases en argent décorés de pierres fines, de porcelaines de Sèvres ou de Saxe, où l’on vaporisait des eaux d’ange, de roses, de fleurs d’orange, d’amarante. A une époque où l’on divinisait la femme, n’était-il pas tout naturel de lui brûler de l’encens ?