‹ L'ami de la maison; comédie en un acteChapitre 15 sur 25 · SCÈNE XII Les Mêmes, ADRIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE XII Les Mêmes, ADRIEN

Adrien, se précipitant en scène. — Voilà! voilà... tenez bonT Qu'est-ce qu'il y a? (Julie lâche Frémines.)

Frémines, lui serrant la main. — Merci, mon ami.... (Il sort en. courant.)

Adrien, à Julie. — Que s'est-il passé?

Julie. — Vous avez fait de bel ouvrage! c'était vraiment la peine de se donner tant de mal !

Adrien. — J'ai entendu crier : « A l'assassin! » j'ai eu peur.

Julie. — C'était une frime! Vous avez coupé dedans... et vou& avez ouvert.... L'oiseau s'est sauvé... maintenant courez après.... Adrien. — Hein ! il se débattait?

Julie. ^- J'en serais venue à bout tout de môme. J'en ai mâl(V d'autres. Mais il ne fallait pas ouvrir. C'est manqué. Mon cachet est fichu !

Adrien. — On recommencera dans huit jours!

Julie. — Pas avec moi.... Je suis brûlée, ici... j'aurai mon comple ce soir. Du reste, il se méfiera autant avec une autre. . je vous dis que c'est manqué!

Adrien. — Il ne dégelait guère facilement, en tout cas!

Julie. — Il faut lui rendre celte justice ! Je n'ai rencontré personne de plus dur à la détente.

Adrien. — Vous êtes pourtant fort appétissante.

Julie. — Il paraît. (Un temps. Adrien la regarde.)

Adrien, s'approchant. — De quel pays êtes-vous, ma fille? Julie, riant. — Tiens! vous aussi?... Je suis des BalignoUes.

Adrien. — Beau pays! Et quelle était votre profession, avant celle-ci?

Julie. — Institutrice. Comme j'étais bien tournée....

Adrien. — Vous avez fini par mal tourner,

Julie. — Voilà! (Elle s'assied sur le canapé.)

Adrien, la rejoignant. — Pauvre petite!... Quelle est donc l'odeur que vous employez?

Julie. — Un mélange d'iris, de benjoin et de lilas blanc.

Adrien. — Ça embaume.... Alors... il ne vous pèse pas un peu, ce métier-là?

Julie. — Ah! Dieu! si! J'étais faite pour une vie paisible, avec un homme auquel je me serais attachée !

Adrien. — Un homme... dans quel genre?

Julie. — Un bon garçon, qui m'aimerait, qui me sortirait quelquefois, qui serait doux, assez rêveur... et à qui je jouerais du Schumann, les nuits d'été, la fenêtre ouverte.

Adrien. — Il ne serait pas malheureux; moi qui vous parle, je m'accommoderais de ce bonheur-là!

Julie. — Vous... vous êtes en mains.

Adrien. — Ça dépend; l'une n'empêche pas l'autre.

Julie. — Je suis exclusive... je vous voudrais pour moi toute seule.

Adrien. — Pour vous toute seule?... Est-elle mignonne! (m'embrasse.)

Julie. — Restez sage, ou je me fâche. (Elle se débat dans les bras d'Adrien.)

Adrien. — C'est ça, fâchez-vous! Ma petite Julie. (Il l'embrasse.) Je t'aime! je t'aime! je t'adore....

Julie. — Finissez donc, grand fou... j'appelle.... Oh! que c'est lâche d'abuser....

Page 1