‹ L'ami de la maison; comédie en un acteChapitre 7 sur 25 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Mêmes, moins JULIE.

AnmEN. — Bonjour, mon aimée!

jyjme FnÉMiNES. — Vous êtes encore gentil, vous! Vous mo laissez en tête-à-tête avec mon mari, pendant que vous causez avec la bonne!

Adrien, s'approcliant. — Ne vous fâchez pas, ma chérie!

]yjme Frémines. — Laissez-moi.... D'ailleurs, elle ne fera pas long feu chez nous; elle a une façon de se tenir déplorable....

Adrien. — Mais non... elle est très correcte, je vous assure. y[me Frémines. — Oui? Eh bien, si vous l'aviez vue se frôler le long de mon mari, en le servant à table.

Adrien. — Vraiment? tant mieux !

\Imc Frémines. — Cette fille se parfume comme une grue!... Ça empeste l'odeur dans ce salon!

Adrien. — Une odeur très fine, très pénétrante. Mme Frémines. — Oui.... Il faudra que je lui demande ce que c'est.

Adrien. — Elle m'a paru assez jolie, cette personne! ]y|me Frémines, furieuse. — Vous trouvez? Je lui donne son compte séance tenante!

Adrien. — Hélène!

M™« Frémines. — Qu'elle allume mon mari, peu m'importe! Mais vous! ah non ! Elle fera ses malles tantôt! Adrien. — Que non !

jVIme Frémines. — Vous allez voir ça!

Adrien. — J'ai à vous parler; tâchez de m'écouter!... Frémines lit les journaux?

M"'« Frémines, regardant la pendule. — Une heure? Il doit dormir.... Vous avez un quart d'heure.

Adrien, l'amenant sur le canapé. — Hélène,... m'aimez-vous toujours?

M""" Frémines. — Oui.... Dépêchez- vous!

Adrien. — M'aimez-vous toujours autant?

M'"" Frémines. — A peu près autant!

Adrien. — Y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander si vous voulez être ma maîtresse?

jyime Frémines. — Moii ami, depuis deux mois, c'est la soixantième fois que vous m'imposez ce même interrogatoire auquel j'oppose les mêmes réponses.

AomEN. — C'est pour voir qui cédera le premier!

jVImc Frémines.. — Je ne veux pas être votre maîtresse,... je veux être votre femme.

Adrien. — Divorcez d'abord; rien n'est plus simf)le... il suffirait que Frémines vous surprît en conversation criminelle.

M""' Frémines. — Avec qui?

Adrien. — Avec moi, par exemple !

M'"' Frémines. — Et s'il vous tuait!

Adrien. — Ça simplifierait la question.

M'"'' Frémines. — Trop.... En outre, vous ne voudriez pas que l'on dît : « M""^ Frémines? Avant son second mariage, elle a eu un amant! »

Adrien. — Si c'est moi l'amant, ça ne m'incommode pas.

1\I""= Frémines. — Dans votre intérêt, ne créez pas de précédent! Et puis le Code défend au coupable d'épouser son complice. Donc, si je consens à quitter mon mari, c'est à condition que les torts soient de son côté !

Adrien. — Sans doute; îivec ces raisonnements-là, quand nous marierons-nous? Frémines refuse obstinément de se donner des torts.

i\|me Frémines. — Je n'arrive pas à lui trouver un vice!

Adrien. — C'est à croire que cet homme-là n'a pas un soupçon de tempérament!

M'"* Frémines. — A qui le dites- vous! J'ai agi de mon mieux pour le pousser à bout!... afin de... l'émouvoir..., je l'ai mené aux Folies, au Moulin-Rouge, aux théâtres les plus décolletés.

Adrien. — Eh bien?

y[me Frémines, baissant les yeux. — C'est moi que ça émouvait! j'ai dû y renoncer!...

Adrien. — Je ne supporterai pas celte situation plus longtemps; jai décidé d'employer les grands moyens!

M""^ Frémines, terrifiée. — Adrien... pas de violence! ou j'appelle!

Adrien. — Ne craignez rien ! Ce n'est pas contre vous! Puisque votre mari ne se décide pas à prendre une maîtresse, je l'y contraindrai. Il y a huit jours je suis allé trouver le monsieur, dont voici la carte....

]\I'nc Frémines, lisant. — « M*^ Gaffarel, ancien huissier, négociations délicates, recherches, divorces, etc. »

Adrien. — J'ai rendu visite à cet ancien huissier... un homme charmant... il m'a rappelé Mandrin, avec moins de préjugés.... Nous nous sommes entendus tout de suite... je lui exposai que ma sœur était malheureuse en ménage....

M""^ Frémines. — Vous avez donc une sœur? depuis quand?

Adrien. — C'était de vous que je parlais! Ma sœur voulait

iO L'AMI DE LA MAISON.

divorcer, son mari s'y refusait; je priai donc M. Gaffarel de m'indiquer les moyens légaux de vous délivrer.

]y|me Frémines. — Il n'y en a pas! C'est curieux comme les femmes qui n'aiment point leurs maris sont mal protégées par la Loi!

Adrien. — M. Gaffarel m'a aussitôt proposé les moyens extra légaux!

M™^ Frémines, rapprochant sa chaise. — Ah!... ça devient sérieux!

Adrien. — Le meilleur cas de divorce est l'entretien de concubine dans le domicile conjugal.

jyjme Frémines. — Concubine ! Quel vilain mot!

Adrien. — M. Gaffarel me signala dans ses relations plusieurs dames qui ont la spécialité d'amener les flagrants délits, bon gré, mal gré.... Il m'a conseillé d'introduire une de ces dames chez vous. Avant-hier, apprenant que vous aviez chassé votre femme de chambre, j'ai averti M" Gaffarel qui vous a dépêché Julie.

M'"'' Frémines. — Comment! Julie? C'est donc ça qu'elle s'est montrée si accommodante pour les conditions!

Adrien. — Je vous écoute! Je lui offre un cachet de cinquante louis! Tenez-vous toujours à la chasser?

]y|me Frémines. — Certes non!... Mais... estimez-vous que ce soit absolument délicat ce que nous faisons là?

Adrien. — Ah! si vous vous égarez dans les détails! Évidemment, le procédé est un peu canaille.

Mme Frémines. — Il m'avait bien semblé.

Adrien. — Dame, nous n'avons pas le choix. .

]yjme Frémines. — Du reste, ce que je vous dis, c'est par acquit de conscience.

Adrien. — Je prends tout sur moi. En somme, il n'est pas à plaindre, Frémines; il va rompre le jeûne, lui!

]y|me Frémines. — Vous savez, si le cœur vous en dit, tenez-lui compagnie.

Adrien. — Vous êtes méchante. Vous acceptez ma combinaison?

î^me Frémines. — Puisque j'ai résolu de rester honnête....

Adrien. — Résignez-vous à employer des moyens qui ne le sont pas. Sonnez Julie.... (Elle sonne, Julie paraît.)

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