‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 118 sur 276 · SCÈNE II. — ADÉLAÏDE , CONST.\XTIN · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — ADÉLAÏDE , CONST.\XTIN

AnÉLAÏiiF.. Comment, mon frère, est-ce là ton amitié pour Thomas et pour Geneviève?

CONSTANTIN. Comment, ma sœur, est-ce là ta soumission à notre papa?

ADÉLAÏDE. Parle-moi de la tienne. C'est de rhypocrisie,etrien de plus. Tu ne le flattes que pour lui escroquer de l'argent. Tu n'aimes rien au inonde que toi.

CONSTANTIN. Parcc que je ne me fais pas un plaisir de le contrarier sans cesse? Voudrais-tu que j'allasse courir après ces enfants, lorsqu'il me l'a défendu?

ADÉLAÏDE. Tu uc méritais guère leur amitié, s'il ne t'en coûte pas davantage pour y renoncer. Mais lorsque tu n'as plus rien à attendre de quelqu'un, tes sentiments sont bientôt évanouis.

CONSTANTIN. Comme si j'avais eu jamais quelque chose à attendre d'enfants de cette espèce?

ADÉLAÏDE. Qu'est-ce donc que cet étui de nacre que tu t'es fait donner, il n'y a pas encore huit jours, par Geneviève? et ces tablettes que tu sus tirer si adroitement avant-hier de Thomas? Tu as fait mille lois des bassesses auprès d'eux pour un bouquet ou pour une orange; et aujourd'hui....

CONSTANTIN. Aujourd'hui il faut que j'obéisse. Vraiment la belle société à regretter que celle des enfants de monsieur le médecin'.

ADEL.\ÏDE. Oui, et je te verrai peut-être ce soir au milieu des plus sales ftolissons du village 1

CONSTANTIN. Je uc perdrai pas beaucoup au change.

ADÉLAÏDE. Et eux cucore moins.

CONSTANTIN. A la bonuB heure. Mais voici M. Thomas. Conseille-lui. f'u tendre amie, de ne pas in'approcher de trop près.

ADELAÏDE. Tu pcux t'cu aller, si sa vue te déplaît.

CONSTANTIN. Sa vuc uic déplaît, et je reste.

SCEME III. — ADÉLAÏDE, CONSTANTIN, THOMAS, qui poite imo petite cabane lie l)oi> peinte en bleu.

THOMAS, à Adélaïde. Ah 1 que je suis aise de vous trouver ! CONSTANTIN. Mou chcr Thomas, que portes-tu là dans cette petite cabane? THOMAS. C'est un présent que m'a fait le garde-chasse de M. de Boismiran.

CONSTANTIN. Et tu vicus mc le donner, mon cher ami?

■228 l.KS l'HliES liKCuN'clLIES

AUKLAiiti:, à part, i/liypoci'itt' !

THOMAS. C'est pour mauiselle Adélaïde.

AUKLAÏDE. Puur iiioi , 11011, iion , mon ami. Puisque c'est un présent

(ju'on t'a fait, je ne veux pas t'en priver Mais qu'est-ce donc, je te

prie ?

co.NSTANTix, (V uu ion impérieux. Allons, je veux voir ce que c'est. (// veut arradier la cabane des mains de Thomas; Diais Thomas la retient avec force.) Quelque vilain oiseau, sans doute?

THOMAS. Un vilain oiseau! oh! pour cela non. Devinez, mamselle. Maisje ne veux pas vous laisser en peine. C'est un écureuil. 0 la drôle de petite Ijéte ! 11 cherche toujours à se fourrer dans vos poches : puis il vient manger dans votre main, et il court après vous comme un petit barbet. ( Il le lire d:-; sa cabane, et présente sa chame à Adélaïde.) Ne le lâchez pas, au moins. 11 faut d'abord qu'il s'apprivoise avec vous, autrement il irait faire un tour dans la foret.

CONSTANTIN, avec vn regard d'envie. Le joli cadeau qu'un écureuil ! cela sent comme une fouine.

ADKLAÏitK. 0 le charmant petit animal! comme il a un air d'esprit!

THOMAS. J'aurais voulu, iM. Constantin, en avoir un autre à vous offrir, et je vous apporterai le premier qu'on me donnera. Lorsqu'il sera un peu familiarisé avec vous, mamselle, il fera des espiègleries à vous faire mourir de rire. C'est pis qu'un singe.

At)ELÂi[)K. C'est pour cela, mon cher Thomas, que je ne veux pas t'en l)river. {A l'éci/reuil.) .\llons, ma petite bète, rentre dans ta maison. 11 faut (pie tu le remportes, mon ami.

CONSTANTIN. Oui, eiiteiids-tu? il faut le remporter.

THOMAS. Comment! il n'est plus à moi. Vous voudriez donc me faire de la peine, mamselle Adélaïde? Oh ! non sûrement, vous ne le voudriez pas. (// court sous le berceau qui est à côté.) Là. Je vais le mettre ici sur le banc.

CONSTANTIN, à Adélaïde, Avise-toi de le prendre pour toi. Mou papa te le fera payer cher.

ADÉLAÏDE. J'aurais presque envie de le prendre à cause de ta menace. Mon papa ne m'a pas défendu de recevoir des écureuils. Je suis fâchée pour le pauvre Thomas de n'avoir à lui donner en récompense qu'un triste adieu.

CONSTANTIN. Eh bicu ! laisse-moi faire, je vais le congédier lui et son écureuil.

ADÉLAÏDE. Non, nou, ne te charge pas de ce soin. [A Thomas qui revient.) Encore une fois, mon ami, je ne puis recevoir ton présent. La nouvelle que j'ai ù t'annoncer est si fâcheuse que je ne saurais....

CONSTANTIN. Oui, oui, M. Thomas. qu'il vous arrive de vous présenter Jevant notre jardin, ou de regarder seulement les murs du château !

PAR LEURS ENFANTS. 22i)

THOMAS. Est-ce ([iie vous auriez le cœur de me chasser, nidusieur? je vous croyais plus d'amitié pour moi.

CONSTANTIN. NotTC amitié est rompue, atiu que vous le sachiez, et ne vous avisez pas

ADÉLAÏnK. Je te prie d'excuser sa grossièreté, mon ami. Tu ue sai< peut-être pas que ton père a eu une querelle avec le nôtre?

THOMAS. Pardonnez-moi, je le sais; et cela m'a donné assez de chagrin. Je ne croyais pas cependant que la chose allât jusqu'à rompre notre amitié. Et je l'aurais encore moins attendu de la part de M. Constantin.

CONSTANTIN. Ma sŒur, veux-tu bien me le renvoyer à Finstant? ou je vais avertir mon papa.

THOMAS. Si vous dcvcz avoir de la peine par rapport à moi, mamselle Adélaïde....

ADÉLAÏDE. Rassure-toi, mon ami, tu peux rester encore. Mon papa ne le trouvera pas mauvais.

CONSTANTIN. Ccst ce quc nous allons voir. Je vais lui commencer ta justification. [Il sort, mais il revient vn momejit après, et se glisse dans Je herceav sans être aperçu.)

Page 1