‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 12 sur 276 · LA PETITE FILLE GROGNON · texte numérisé non relu

LA PETITE FILLE GROGNON

vous, enfants, qui avez eu le malheur de contracter une habitude vicieuse ! c'est pour votre consolation et pour votre encouragement que Je vais raconter Thistoire suivante. Vous y verrez qu'il est possible de se corriger, lorsqu'on en prend au fond de son cœur la courageuse résolution.

Rosalie, jusqu'à sa septième année, avait été la joie de ses parents. A cet âge, où la lumière naissante de la raison commence à nous découvrir la laideur de nos défauts, elle en avait pris un, au contraire, qu'on ne peut mieux vous peindre, qu'en vous rappelant ces petits (diiens hargneux qui grognent sans cesse, et qui semblent toujours prêts à se jeter sur vos jambes pour les déchirer.

Si l'on touchait, par mégarde, à quelqu'un de ses joujoux, elle vous regardait de travers, et murmurait un (juart d'heure entre ses dents. Lui faisait-on quelque léger reproche? elle se levait, trépignait des pieds, renversait les chaises et les fauteuils. Son père, sa mère, personne, daii>^ la maison, ne pouvait plus la souffrir. k

Il est bien vrai qu'elle se repentait quelquefois de ses fautes. Elle répandait même souvent des larmes secrètes, en se voyant devenue un objet d'aversion pour tout le monde, jusqu'à ses parents; mais l'habitude remportait bientôt, et son humeur devenait de jour en jour plus acariâtre.

Un soir (c'était la veille du jour des étrennes), elle vit sa mère qui passait dans son appartement, en portant une corbeille sous sa pelisse. Rosalie voulait la suivre; madame de Fougères lui (U-dcuma de rentrer dans le Sillon. Elle prit à ce sujet la mine la plus grogneuse (pi'elle eut jamais eue et ferma la porte si rudement, tiu'tui entendit cratpier tmis les vitrages des croisées.

Une demi-heure après, sa mère lui lit dire de passer chez elle. Ouelle fut sa surpiise de voir la chandire éclairée de vingt bougies, et la table couverte des joujoux les plus brillants! Elle ne juit proférer une parole , transportée, comme rlle lètait, de joie et d'admiration. Apiutirhi', Rosalii'.

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lui (lit. sa more, et lis sur ce papier pour qui toutes ces choses sont destinées, Uosalie s'approcha, et vit au milieu de ces joujoux un hillet ouvert. Elle le prit, et y lut, en grosses lettres, les mots suivants :

Pour une aimablk petiti: iille , ex uécompense w. s v douceur.

Elle haissu les yeux, et ne dit mot.

Eh bieij ! Rosalie, à qui cela est-il destiné? lui dit sa mère. Ce n'est-pas à moi, répondit Rosalie, et les larmes lui vinrent aux yeux.

Voici encore un autre hillet , reprit madame de Fougères, vois s'il ne serait pas question de toi dans celui-ci. Rosalie prit le hillet, et lut ,

Pour une petite fh^le cuognon, qui reconnaît se> défauts, et qui,

EX commençant une nouvelle ANNEE, VA TRAVAILLER A s'eN CORRIGER.

Oh! c'est moi, c'est moi, s'écria-t-elle, en se jetant dans les bras de sa mère, et en pleurant amèrement.

Madame de Fougères versa aussi des larmes, moitié de chagrin sur les défauts de sa fille, et moitié de joie sur le sincère repentir qu'elle en témoignait.

Allons, lui dit-elle, après un moment de silence, prends donc ce qui t'appartient; et que Dieu, qui a entendu ta résolution, te donne la force de l'exécuter.

Non, ma chère maman, répondit Rosalie; tout cela n'appartient qu'à la personne du premier hillet. Gardez-le-moi jusqu'à ce que je sois cette personne. C'est vous qui me direz quand je le serai devenue.

Cette réponse fit beaucoup de plaisir à madame de Fougères. Elle rassembla aussitôt les joujoux, les mit dans une commode, et en présenta. la clef à Rosalie, en lui disant : Tiens, ma chère fille, tu ouvriras la commode quand tu jugeras toi-même qu'il en sera temps.

Il s'était déjà écoulé près de six semaines, sans que Rosalie eût eu le moindre accès d'humeur. Elle se jeta un jour au cou de sa mère, et lui dit d'une voix étoufTée : Ouvrirai-je la commode, maman? — Oui, ma fille, tu peux l'ouvrir, lui répondit madame de Fougères, en la serrant tendrement dans ses bras. Mais, dis-moi donc, comment as-tu fait pour vaincre ain^i ton caractère? — Je m'en suis occupée sans cesse, lui répliqua Rosalie. Il m'en a l)icu coûté : mais tous les matins et tous les soirs, cent fois dans la journée, je priais Dieu de soutenir mon courage.

Madame de Fougères répandit les plus douces larmes. Rosalie se mit eu possession des joujoux, et bientôt après, des cœurs de tous ses amis.

Sa mère raconta cet heureux changement en présence d'une petite fille qui avait le même défaut. Celle-ci en fut si frappée, qu'elle prit sur-le-champ la résolution d'imiter Rosalie, pour devenir tiimable ••omnie elle.

Ce projet eut le iiiènie succès. Ainsi, K^salic ne fut [>as seulement [tlii--

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