‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 120 sur 276 · SCÈNE V. ADÉLAIPE, 'nK/MAS, (iEXKVIÈVK · texte numérisé non relu

SCÈNE V. ADÉLAIPE, 'nK/MAS, (iEXKVIÈVK

vriKLAinE, courant ai/~dpranf de Genavievr ei l'embraHsant. Ma chère Geneviève !

GENEVIÈVE. Ma bonne mamselle Adélaïde ! [On voit dans Vèloignement M. de Clermont, que ConstanUn conduit Hecrelement derrière Je berceav.)

THOMAS, à Geneviève. Ah! tu vas apprendre une bien fâcheuse nouvelle!

GENEVIÈVE. Je n'en ai pas de meilleures à vous donner. Mon père et ma mère sont dans un chagrin....

THOMAS. Ne vous Tavais-je pas dit? Eh! que s'est-il passé?

GENEVIÈVE. Monsieur votre père peut bien être mécontent du nôtre; mais sûrement sa demande est un peu injuste....

ADÈLAiDE. Injuste? cela ne peut pas être. Ah! si elle l'était, je pourrais encore espérer de le faire revenir. Dis-moi toujours ce que c'est.

GENEVIÈVE. Vous savez bien ce joli bosquet qui est derrière votre jardin!

ADÉLAÏDE. Oh oui! OÙ uous allious entendre chanter le rossignol dans les soirées du printemps. Le charmant petit bocage !

GENEVIÈVE. Vous savcz aussi que ce bosquet a été donné à mon père par le vieux M. Drouillet, en récompense des services qu'il lui avait rendus pendant sa vie ?

ADÉLAÏDE. Eh bien ?

GENEVIÈVE. Eh bien! M. de Clermont veut l'avoir.

ADÉLAÏDE. Mon papa?

THOMAS, Notre joli bosquet?

GENEVIÈVE. Mon père lui a répondu qu'il avait beaucoup de plaisir de le satisfaire, qu'il n'oublierait jamais combien lui et sa fiimille lui avaient d'obligations; mais que son bienfaiteur lui avait recommandé, au lit de la moit, de ne jamais se défaire de ce bosquet, pour (lu'il lui rappelât sans cesse son bon souvenir.

ADÉLAÏDE. Avec tout Ic l'cspect que je dois à mon papa, je ne puis disconvenir qu'il n'ait tort en cette occasion. Mais cependant il ne voudrait pas l'avoir pour rien. Ce n'est pas là sa manière de penser.

GENEVIÈVE. Eh mon Dieu non ! il veut le payer à mon père, et le payer peut-être plus qu'il ne vaut.

THOMAS. Eh ! qu'en veut-il donc faire? n'est-il pas à lui comme à nous?

GENEVIÈVE. Il veut jeter à bas tous ces beaux arbres.

ADÉLAÏDE et THOMAS. Lcs jctcr à bas?

GENEVIÈVE. Vous savcz Ic cotcau (pii est derrière le bosquet? il dit qu'il veut en faire un point de vue. Le bosquet est au pied du coteau : ainsi pour avoir le point de vue, il faudrait abattre le bosipiet.

ADELAÏDE. Ah! voiUl douc pourijuoi il a fait venir un architecte de la ville, qui lui parle de grottes, de ponts, de temples chinois! Mon papa ne

PAR LEFltS ENTANTS. 231

réve que de jardins anglais. Il on a toujours le plan dans les mains. Cent fois le jour il m'en faisait le détail à moi-même. Et moi. qui me réjouissais de voir bientôt toutes ces jolies choses ! Ah ! je nVn veux plus, et cpie votre père garde son petit bos([uet!

THOMAS. Que deviendraient les oiseaux qui gazouillaient si joliment sur ces vieux arbres, et qui venaient y faire leurs nids, parce que personne ne les troublait, et que nous leur y apportions leur nourriture?

r.ENKViÈvE. Et la fraîcheur que nous allions y respirer dans les jours brûlants de Tété?

.vnÉLAÏDF,. Et récho qui nous y l'envoyait de la colline le bout de nos chansons?

f.ENKviÈvi:. La vue d'un bosquet en verdure vaut bien, je crois, celle d'un coteau.

ADKLAÏnF,. Et puis quel besoin a mon papa d'un nouveau point de vue? Il y en a tant d'autres de tous les côtés !

THOMAS. Il me semblerait voir tomber un de mes membres à chaque coup de cognée.

ADKLAÏnE. Non , non : il ne faut pas que votre père se prive de son petit bosquet.

GENF.viÈvR. Il ne le faut pas? ah! il ne le gardera pas longtemps..

AiŒL.uDE. Pourquoi donc? mon papa n'ira pas vous l'arracher de force, peut-être. Il n'en a pas le pouvoir.

THOMAS. Mais s'il est si fâché contre nous, qu'il vous ait défendu de nous voir et de nous parler! je donnerais plutôt dix bosquets comme celui-là.

GENEVIÈVE. Et moi donc? qu'irais-je y faire sans vous, mamselle Adélaïde? Je ne me sentirais plus d'envie d'y entrer.

ADÉL.UDE. Ma chère Geneviève, nous y étions si heureuses! Te souviens-tu lorsque nous y allions le soir, et que nous nous disions tout ce qui nous était arrivé dans la journée?

GENEVIÈVE. Chacune y apportait son ouvrage : je tricotais, vous faisiez du filet; et puis, lorsque Thomas nous avait apporté des fleurs, nous laissions nos travaux pour faire des bouquets. Vous me donniez le vôtre , je vous donnais le mien. C'en était assez pour penser l'une à l'autre toute la journée du lendemain.

iiioMAs. Et tout cela est passé ! tout cela ne reviendra plus !

AnÉL.VÏDE. Non, non, je n'aurais plus un moment de plaisir. J'en tomberais malade. Alors mon papa aurait du regret, et je lui dirais que s'il veut me rendre la santé, il me permette encore de revoir mes petits amis. (/As'embrassent tous les trois en plevrant.)

GEM:vn:vr,. Mais en attendant, le itetit bosipiet sera abattn. Il faut ipi'il le soit.

AnKI.AÏlIK. Et |tOUr(pi(M (IdllC?

2oi U:> l'KKKs i;t-;(;(».\(;]LiEs

(iKNKviKVK. H»Mcis ! inamselle Adélaïde, je ne vous ai pas tout dit. Il y a dix ans que M. de Clerniont a prêté à mon père cent écus pour s'établir. Et vous savez bien «lue mon père n'a pas encore été en état de les lui rendre?

ADKLAiDK, à part. Ali 1 voili'i donc la dette dont il était question tout à riieure 1

GENKviKVK. Si uous voulons garder le bosquet, M. de Clermont voudra ravoir les cent écus, et mon père ne sait où les prendre. Parmi tous ses amis, il n'y a que votre papa lui-même qui pût lui fournir une si grosse somme , et c'est précisément à lui qu'on la doit.

ADÉLAÏDE, les prenant tous deux par la main. {)\\ l)ien ! s'il ne tient qu'à cela, je peux vous tirer de peine.

r.ENKviÉVE. Nous tirer de peine?

THOMAS. Vous, mamselle?

ADELAÏDE, les reçjardant avec un air de joie. Me promettez-vous bien de ne pas me trahir?

r.ENEviÉVR. Moi vous trahir !

THOMAS. Ah! si je vous le promets 1

ADELAÏDE. Eh bien ! écoutez-moi. Vous savez.... je ne puis y penser sans être encore émue... vous savez quelle tendresse avait pour moi maman. Pendant sa dernière maladie, un jour que j'étais seule avec elle, elle me lit approcher de son lit, m'embrassa toute en larmes, et, tirant une bourse de dessous son chevet : « Tiens, ma chère Adélaïde, me dit-elle, prends ceci. Je te défends de dire à personne que je te l'ai donné. Garde cet argent pour de grandes occasions. Tu as un bon cœur, et beaucoup de raison pour ton âge (c'est maman qui disait cela au moins), tu sauras t'en servir pour faire de bonnes œuvres. Ton père a une âme noble et généreuse, mais il est un peu colère et vindicatif. Tu pourras lui épargner des chagrins ou des regrets. Dans une terre aussi étendue que la notre, il doit se trouver des malheureux qui essuient des pertes qu'ils n'auront point méritées , tu pourras les aider en secret. Tu pourras aussi récompenser quelques services qu'on t'aura rendus, sans avoir besoin de recourir toujours à ton père. C'est par tes mains que je distribue, depuis deux ans , mes grâces et mes secours : j'espère que tu as acquis assez de discernement pour savoir distinguer ceux qui méritent qu'on s'intéresse à leur sort. Entin, je ne doute pas que tu ne fasses le meilleur usage de cette petite somme, que je laisse en dépôt dans tes mains pour d'honnêtes gens. Je croirai avoir fait moimême le bien que tu feras ; et c'est pour moi le moyen le plus doux de me rappeler à ta mémoire. » Il lui prit une faiblesse qui l'empêcha de m'en dire davantage ; mais rien ne pourra m'enipêcher de me Sduvt'uir toute ma vie de ce discours.

c.ENEViÈVK, essuyant ses tjeu.r. 0 l'excellente dame:

PAR LEUUS ENFANTS. 2:^1

THOMAS. Mon père et ma Jiière ne parlent jamais d'elle que les larmes aux yeux.

ADÉLAÏDE. Maman avait aussi pour eux beaucoup d'amitié. Elle m'a recommandé à sa mort de regarder toujours M. Genest comme mon meilleur ami , et de suivre en tout ses sages conseils. Vous voyez donc que c'est moi qui vous ai des obligations. Que je suis heureuse ! j'honore la mémoire de maman, je satisfais ma reconnaissance , je sauve une injustice à mon papa, je lui épargne des regrets, je conserve tout, le charmant petit bocage, notre amitié, le plaisir de nous voir comme auparavant....

GENEVIEVE, saute à son cou en pleurant. 0 ma chère mamselle Adélaïde !

THOMAS, lui baisant la main. Mon père va vous bénir dans son cœur, mais il ne prendra jamais votre argent.

ADELAÏDE. Il Ic prendra sùremcut , si je Feu prie. Personne au monde n'en saura rien. Attendez, mes chers amis, je vais vous l'apporter.

THOMAS. Ce n'est pas moi qui m'en charge au moins.

ADELAÏDE. Cc scra toi , ma chère Geneviève. Et toi, Thomas, si tu l'en empêches, prends-y garde, je ne reçois pas ton écureuil, j'obéis à la rigueur à mon papa, je ne vous regarde plus, je ne vais plus chez vous, et je ne rentre jamais dans le bosquet.

GENEVIÈVE. Eh bien! mamselle, puisque vous parlez de la sorte....

ADÉLAÏDE, lui mettant la main sur la bouche. Tu ne sais ce que tu dis. Je ne veux pas seulement t'écouter. Attendez-moi, je vais revenir. Si je ne suis pas interrompue, j'écrirai quelques lignes à votre père. En casque je ne puisse vous rejoindre, je mettrai la bourse près du berceau, là, sous cette grosse pierre. Remarquez bien la place, entendez-vous?

GENEVIEVE. Je suis sûre que mon père me renverra avec votre argent.

ADÉLAÏDE. Qu'il s'cu garde bien. Et puis vous ne sauriez où me trouvei' ; car, hélas! c'est peut-être la dernière lois qu'il imus est pciiiiis de nims entretenir.

GENEVIÈVE. Ah! mamselle Adélaïde, que dites-vous?

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