SCENE IV. — SÉRAPHINE, EUSTAaiE , LÉON, RUFIN
RiFiN. On m'a dit, Léon, que tu étais venu me demander jionr une. revanche à la paume. Je suis prêt à te la donner. Ah 1 bonjour, Eustachc. Votre serviteur très humble, mademoiselle.
SÉRAPHINE. Vous allcz VOUS divcrtir, monsieur Rufin, rien uv vou5 chagrine ; et nous, nous restons ici à nous désoler.
RLTiN. Ouel est donc le sujet de votre peine ?
SÉRAPHINE. Notre petite levrette, que nous avons perdue.
KiFiN. Ahl c'est bien dommage! Elle était gentille vraiment. Le corps gris de cendre , la poitrine , les pattes et la queue blanches , avec de petites taches noires par-ci, par-là. Elle vaut deux louis comme un liard.
sER.\pHiNE. Vous VOUS la remettez si bien ! Ne pourriez-vous pas nous aider à la retrouver?
RiFiN. Est-ce (jue je suis inspecteur des chiens? ou m'avez-vous donné le vùtre à garder?
246 LA LEVRETTE ET LA l'.AClUE.
EUSTACHE. Ma sœur n'a pas voulu te rucher, mon ami.
sÉRAPHiNE. Mon Dieu, non. Ce n'était qu'une petite question d'amitié. Vous demeurez dans notre voisinage. C'est ici tout près qu'elle s'est perdue. J'ai pensé que vous auriez pu nous en donner des nouvelles.
LÉON. Certainement, on ne pouvait pas mieux s'adresser.
RiFiN. Que voulez-vous dire par-là, monsieur Léon?
LEON. Ce que vous devez entendre encore mieux que moi-même, quoique je sois parfaitement instruit.
RUFiN. Si ce n'était par considération pour mademoiselle....
LÉON. Rendez-lui grâces vous-même de ce (pie je ne vous châtie pas de votre impudence.
EUSTACHE, écarfcmf Léon. Douceimnd donc, mon ami, ou notre chienne est perdue.
SKRAPuiNE, rcicnanf Riifn. Si, comme vous le dites, vous avez quelque considération pour moi, monsieur Kufin, faites-moi la grâce de m'écoutei' attentivement, et de me répondre par un oui, ou un non.
LÉON. Et sans barguigner.
sÉRAPHiNE. N'avez-vous point notre levrette? ou ne savez-vous pas où elle est?
RiFiN, déconcerté . Moi, moi? votre levrette?
LÉON. Vous vous troublez, vous l'avez. Aussi bien j'en sais toutes les circonstances. Vous l'avez prise en traître, en raffriaudaut d'un marron.
RiTiN. Qui vous a dit cela?
LÉON. Qui vous a vu faire.
SÉRAPHINE. .le vous Ic demande en grâce, monsieur Rufin, cela est-il vrai, ou faux?
RUFIN. Et quand j'aurais régalé votre chienne de marrons, quand je l'aurais prise un moment pour la caresser, s'eusuit-il que je l'aie, ou que je sache ce qu'elle est devenue ?
SÉRAPHINE. Nous uc Ic disous pas non plus. Nous vous demandons seulement si vous ne savez pas où elle est dans ce moment-ci ?
EUSTACHE. Ou si , jtar espièglerie , tu ne l'aurais pas gardée cette nuit chez toi, pour nous mettre un i)eu en peine, et nous causer ensuite le plus grand plaisir?
RL'FiN. Est-ce que vous prenez ma maison pmir une auberge de chiens?
LÉON. 11 faut être bien eflVonté :
RiiFiN. Ce n'est pas â vous que j'ai allaire. Soyez tant qu'il vous plaira l'avocat des levrettes, je n'ai rien à vous répondre.
LEON. Parce que je vous ai confondu.
SERAPiuNE. Doucement, monsieur Léon, il faut (jue vous vous soyez 1romj)é. Je ne puis soupçonner M. Riilin de tant de bassesse, que s'il avait trouvé notre chienne, il voulût la garder.
LA I.KVlîKTTK KT LA UAGUi:. 217
EiJSTACHE. S'il avait perdu quelque ehose, et que je pusse lui eu douuer des indices, je me ferais une joie de les lui procurer. Ainsi, il ne doit pas s'offenser de nos questions.
RiTiN. J'en suis très offensé, et je vais m'en plaindre à votre père.
LÉON. Venez plutôt chez la marchande de marrons, qui vous accuse. .le vous y accompagne.
RiTiN. C'est hon à vous d'en croire les caquets de femmes du peuple, et non à moi.
LÉON. Les femmes du peuple ont des yeux et des oreilles; et tant qu'il s'agira d'honnêteté, je m'en rapporterai plutôt à elles qu'à vous.
raiFiN. .le ne souffrirai pas cette insulte, et vous me la payerez. ( fl smi.)