LE COMPLIMENT
nous reprenions notre marche, et vous m'appreniez encore beaucoup d'autres choses utiles et agréables. Je me souviens aussi que je fis, tout en marchant , les quatre vers latins que mon précepteur m'avait donnés pour devoir. De cette manière , quoique le temps ne fût pas toujours beau ce jour-là, quoique nous eussions quelquefois de la pluie et même de l'orage à essuyer, nous arrivâmes frais et gaillards, sans avoir ressenti de fatigue, ni d'ennui : et le bon repas que nous fîmes en arrivant acheva de remplir heureusement cette journée.
M. DE VERMONT. Voilà uu récit très fidèle de notre expédition, excepté dans quelques circonstances, que je te sais pourtant gré d'avoir omises, telles que cette attention si touchante d'aller prendre un pauvre aveugle par la main, pour l'empêcher de se casser les jambes contre un monceau de pierres, sur lequel il allait tomber; les secours que tu prêtas au petit blanchisseur pour ramasser un paquet de linge qui était tombé de sa charrette; les aumônes que tu fis aux pauvres que tu rencontrais.
PORPHIRE. Eh ! mon papa, croyez-vous que je l'eusse oublié? Mais je sais qu'il ne faut pas se vanter des bonnes œuvres qu'on peut avoir faites.
M. DE VERMONT. Aussijc mc plais à te les rappeler, pour te récompenser de ta modestie. Il est juste que je te rende une partie du plaisir que tu me fis goûter.
PORPHIRE. Oh! je vis bien deux ou trois fois des larmes rouler dans vos yeux. J'étais si content! Si vous saviez combien cela me délassait! j'en marchais bien plus lestement ensuite. iMais venons à l'application que vous m'avez promise.
M. DE VERMOXT. La voJci, mou ami. Prète-moi toute l'attention dont tu es capable.
PORPHIRE. Je n'en perdrai rien, je vous assure.
M. DE VERMONT. Le coup d'œil que tu jetas du haut des tours sur tout le paysage qui t'environnait, c'est la première réflexion d'un enfant sur la société qui Tentoure. La promenade que tu choisis, c'est la carrière que l'on se propose de suivre. L'ardeur avec laquelle tu voulais courir sans consulter tes forces, et qui te fit faire tant de faux pas, c'est l'impétuosité naturelle à la jeunesse, qui l'emporterait à des excès dangereux, si un ami sage et expérimenté ne savait la modérer. Les connaissances agréables que tu recueillis le long du chemin dans nos entretiens et dans nos lectures, ton devoir que tu eus encore le temps de remplir, les actes de bienfaisance et de charité que tu exerças, t'adoucirent la fatigue de la route, t'en abrégèrent la longueur, et te la firent parcourir gaiement, malgré la pluie et l'orage. 11 n'est pas d'autres moyens dans la vie, pour en bannir l'ennui, pour y conserver la paix du cœur, avec la satisfaction de soi-même, pour se distraire des chagrins et des revers qui pourraient nous accabler. Enfin, le bon repas que je te fis faire au bout de ta course, n'est (ju'une faible
DE XijUVELI.E AXXEl