‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 191 sur 276 · LE DÉSORDRE ET LA MALPROPRETÉ · texte numérisé non relu

LE DÉSORDRE ET LA MALPROPRETÉ

^^* HBAiN passait, ajuste titre, pour un excellent petit ^^ garçon. Il était doux et officieux pour ses amis, ^'-'obéissant envers ses maîtres et ses parents. '■■1 II n'avait qu'un défaut. C'était de ne prendre aucun soin '' de ses livres et de ses petits effets, d'être hirt négligé dans sa parure, et très sale sur ses babils. On l'avait souvent repris de sa négligence. Ces reproches l'aftligeaient pour lui-même, et parce qu'il voyait ses amis les lui faire avec regret Il avait mille fois résolu de se corriger; mais l'habitude était devenue si forte, que c'était toujours le même désordre et la même malpropreté.

Il y avait longtemps que son papa lui avait promis, ainsi qu'à ses frères, de leur donner le plaisir d'une promenade sur l'eau.

Le temps se trouva un jour très serein. Le vent était doux, la rivière tranquille. M. de Saint-André résolut d'en profiter. Il fit appeler ses enfants, leur annonça son projet; et, comme sa maison donnait sur le port, d prit la peine d'y aller lui-même choisir une petite chaloupe, la plus jolie qu'il put trouver.

Comme toute la jeune famille se réjouit! Avec quel empressement chacun se hâta de faire ses préparatifs poui- une partie de plaisii- si longtemps attendue !

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Ils étaient déjà prêts, lorsque M. de Saint-André revint pour les prendre. Ils sautaient de joie autour de lui. De son côté, il était ravi de leur joie. Mais quelle fut sa surprise, en jetant les yeux sur Urbain, de voir Tétat pitoyable de son accoutrement !

L'un de ses bas était descendu sur le talon ; l'autre se roulait à longs plis autour de sa jambe, qui ne représentait pas mal une colonne torse. Sa culotte avait deux grands yeux ouverts à l'endroit du genou. Sa veste était toute marquetée de taches de graisse et d'encre ; et il manquait à son surtout la moitié du collet,

Î\J. de Saint-André vit avec peine qu'il ne pouvait se charger d'Urbain dans un pareil état. Tout le monde aurait eu raison de croire que le père d'un enfant si désordonné devait être aussi désordonné lui-même, puisqu'il souffrait ce défaut dégoûtant dans son lils. Et comme il avait des qualités plus heureuses pour se faire distinguer par ses concitoyens, il n'était pas excessivement jaloux de cette nouvelle renommée.

Urbain avait bien un autre habit ; malheureusement il se trouvait alors chez le tailleur; et ce n'était pas pour peu de chose. 11 ne s'agissait de rien moins que d'y recoudre un pan qui s'était détaché. Le dégraisseur devait ensuite en avoir pour deux ou trois jours de besogne à le remettre à neuf.

Qu'arriva-t-il, mes amis? Vous le devinez sans peine.

Ses frères, qui avaient des habits propres, et dont tout l'équipage faisait honneur à leur papa, montèrent avec lui dans la chaloupe. Elle était peinte en bleu, relevée par des bordures d'un rouge éclatant. Les rames et les banderoles étaient bariolées de ces deux couleurs. Les matelots portaient des vestes d'une blancheur éblouissante, avec de larges ceintures vertes autour de leur corps, de gros bouquets de fleurs à leur côté, de grands panaches de plumes à leurs chapeaux, 11 y avait dans le fond, près du gouvernail, trois hommes avec un hautbois, un lifre et un tambour, qui commencèrent à jouer sur les instruments une marche guerrière, aussitôt que la chaloupe s'éloigna du bord. Le peuple, assemblé sur le rivage, y répondait par de joyeuses clameurs.

Urbain, qui s'était fait une si grande fête de cette promenade, fut obligé de rester à la maison. 11 est vrai qu'il eut le plaisir do voir de sa fenêtre cet embarquement, de suivre de l'œil la chaloupe, dont un vent léger enflait les voiles, et qui paraissait voler sur la surface des eaux, et que ses frères, à leur retour, voulurent bien lui raconter tous les amusements de leur journée, dont le seul récit les faisait tressaillir de joie.

Un autre jour, comme il s'amusait dans une prairie ;l cueillir des fleurs avec un de ses amis, pour en faire un bou((uet à sa uKiinan, il perdit une de ses boucles. Au lieu de s'oecu]u'r à la chercher, il pria son camarade, qui restait aussi pour arraiigei' le bouquet, de lui prêter une des siennes, parce qu'en marchant sur les oreilles pendantes de son soulier.

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