SCÈNE II.— EABIEN, DUMONT
DUMONT. Est-ce VOUS, monsieur Fabien? Vous voilà donc de retour? Comment cela va-t-il ?
F.\BiEN. Pas mal, mon cher Dumont. Et toi, comment te portes-tu?
uuMOM. Fort bien, vraiment. Aucun médecin n'a eu de mes pièces. Toutes mes tisanes m'ont été fournies par le marchand de vin. Mais qu'estce donc, monsieur Fabien? vous avez déjà les yeux rouges. Je crois que vous avez pleuré.
F.\BiEN, en s' essuyant les yev.r. Moi, pleurer?
DUMONT. Oh! oui, vous avez beau dire. Voilà encore des larmes qui reviennent. Qu'avez-vous ? Est-ce qu'il vous est arrivé quelque malheur?
FABIEN. Non, mon ami, aucun depuis que je m'en suis allé.
DUMONT. Ah! je comprends. Vous êtes fâché d'avoir quitté votre grandpapa.
FABIEN. Je n'en serais point fâché, si j'avais retrouvé ici ma chère maman.
DUMONT. Malheureusement, vous ne la reverrez plus. Mais pourquoi pleurer? vous en avez déjà une autre.
FABIEN. Une marâtre, veux-tu dire? Ah ! Dumont, si je pouvais m'empêcher de la voir ! Mais, dis-moi, comment font mes pauvres sœurs?
DUMONT. Comment elles font? Oh dame ! on les tient en respect. A six heures du matin il faut qu'elles soient levées. Certes! je ne leur conseillerais pas de rester au lit; elles payeraient cher leur sommeil.
FABIEN. Et qu'ont-elles à faire de si bonne heure?
DUMONT. Leur marâtre sait y pourvoir. Il n'y a pas à répliquer : chacun a son emploi dans la maison. Madame de Fleury nous mène tous comme des esclaves. Moi, qui n'avais qu'à veiller sur le ménage, ne faut-il pas que je sois gouverné comme les autres? Aussi combien je la hais! Je suis descendu à sept heures dans le jardin. Elle y était avant moi, et vos sœurs travaillaient de toutes leurs forces à ses côtés.
FABIEN. Et à quoi donc?
DUMONT. A des ouvrages de couture pour la nouvelle famille. FABIEN. On me l'avait bien dit que les marâtres tourmentaient les enfants de leurs maris, pour ménager leurs propres enfants. On voudra aussi me faire travailler pour eux, j'imagine. Mais qu'est devenu mon jardin? Où sont mes tulipes et mes œillets? Je ne vois plus rien. nuMONT. Oh ! tout cela a été emporté.
F A BIEN. Et par ([ui?
DUMONT. Vraiment, par vos beau.'ï-frères. Ils passent ici leur vie. Ils ont tout fourragé.
lABiKN. O inoii Dieu ! ji' n aiddin' plus iriH? jolin*; (leurs. Les méfhant^
334 L'ECOLE DES MARATRES.
petits garçons me lus ont volées. 11 ne lenr reste plus ([u'à me chasser moi-même de mon jardin.
oii.MoNT. Tenez, les voici (jui viennent.