SCÈNE IV. — FABIEN, DUMONT
FABIEN. Hélas ! voilcà déjà mes peines qui commencent. Ils vont porter des plaintes à leur mère ; ils lui diront que je viens de les insulter. Leur mère saura bien tourner Fesprit de mon papa, et tout retombera sur moi seul. Ah ! pauvre petit malheureux que je suis ! N'est-il pas vrai, Dumont, je suis bien à plaindre ?
DUMONT. Il n'est que trop vrai ; mais n'ayez pas peur, je vous soutiendrai toujours. Nous serons bien en force contre ces petits étrangers.
FABIEN. Oui ; mais mon papa.
DUMONT. Laissez-moi faire, nous l'aurons bientôt mis de notre parti. Je sais mille petites fredaines de ces messieurs : je les lui conterai. Je lui dirai qu'ils ont gâté votre jardin, qu'ils vous ont dit des injures. J'arrangerai cela de manière qu'ils n'auront pas beau jeu.
FABIEN. Tu me resteras donc toujours attaché, mon cher ami?
DUMONT. Aussi vrai que je m'appelle Dumont.
FABIEN. Ah! je te remercie. Je trouve encore quelqu'un pour me soutenir, quand je n'ai plus maman ! Mais as-tu vu comme ils étaient bien habillés! Ils ont des vestes superbes. Sais-tu d'où elles leur viennent?
DUMONT. C'est leur mère qui les a brodées.
FABIEN. Oui, elle sera toujours occupée de ses favoris; ils seront vêtus comme des princes. Mais, qui est-ce qui brodera une veste pour moi?
DUMONT. Si vous voulcz cu avoir, je crains bien que vous ne soyez obligé de la broder vous-même.
FABIEN. N'est-il pas vrai que leurs habits sont aussi tout neufs?
DUMONT. Certainement. Votre père les a fait habiller de la tête aux pieds, le jour de son mariage.
FABIEN. Oh! il ne m'a pas fait habiller, moi. On m'a laissé à la campagne pour me laisser courir avec ce misérable surtout. Cela est trop fort, je ne peux plus y tenir. Je n'ai plus de maman, et mon papa m'oublie. Ah ! Dumont, il ne me reste que toi.
DUMONT. Tranquillisez-vous. Les choses tourneront peut-être mieux que vous ne pensez. Mais il faut aller trouver votre marâtre. Suivez-moi. Songez à vous présenter à elle de bonne grâce, et â lui baiser la main.
FABIEN. Je ne pourrai jamais le faire.
DUMONT, Il le faut absolument. Prenez toujours auprès d'elle une physionomie riante, même quand votre cœur n'y serait pas. C'est ainsi que j'en use avec elle, bien que je la déteste. Croyez-vous qu'elle me défend d'aller au cabaret, moi qui avais pris l'habitude d'y passer la moitié de la journée, du vivant de madame votre mère ? C'était une femme, cela ! Les choses ont bien changé, il faut changer avec elles. Patience. Lorsque nous serons seuls, je vous dirai ce (pu; vous aurez de plus à faire. Venez seulement.
KABiKN. Vdit-on à mes yeux (pie j'aie pleuré?
•■J.% I/ECOLE DES MARATRES.
uuMoNT. Eli ! VOUS pleurez encore !
FABIEN. Je ne veux pas, donc, Taller trouver à présent. Elle me demanderait pourquoi je pleure. Qu'aurais-je à lui dire ?
ui'MONT. Vous lui diriez qu'en entrant ici, vous avez pensé à votre maman, et que vous l'avez tant regrettée que les larmes vous en sont venues au.'c yeux.
FABIEN. Mais si elle commence par la querelle que j'ai eue avec ses enfants?
ULMONT. Vous lui direz qu'ils Font engagée, et vous m'appellerez en témoignage. Mais la voici qui vient. Allez à sa rencontre. {Il s'éloigne.)