SCENE IX. —CASLMIR, PROSPER, FABIEN, PRISCILLE, AGATHE
FARIEN , courant se jefer dans les bras de Prosper et de Casimir. Ali ! mes bons amis , mes frères! vous devez être bien fâchés contre moi.
cAsiMui. Nous? Pourquoi donc?
PROSPER, l'embrassant encore. Va, mon cher Fabien, je ne le suis plus.
FABIEN. Quel joli jardin vous m'avez arrangé ! Vous me donnez vos plus belles fleurs, sans que je vous aie encore fait aucun plaisir.
CASIMIR. Tu nous en fais assez, pourvu que tu sois content.
FABIEN. Oh ! si je le suis ! Mes bons frères, pardonnez-moi, je vous prie. Je vous ai offensés ; je vous ai repoussés de mes bras. Je ne le ferai plus. Nous serons toujours amis; et tout ce que j'ai, vous appartient comme à moi-même.
CASIMIR. Oui, oui, que tout soit commun, nos peines et nos plaisirs.
PROSPER. Embrassons-nous encore , pour mieux commencer à ne faire qu'un à nous trois. [Ils s'embrassent. PriscUle et Aijathe semhrassent aussi, et laissent tomber des larmes d'attendrissement.)
c.vsiMiR. Maintenant, il faut aller nous rafraîchir sous le berceau. Venez aussi, mes petites sœurs. Allons. Asseyons-nous.
PROSPER. Fabien, c'est à toi de faire les honneurs du goûter. Tu es aujourd'hui le roi de la fête.
FABIEN. Oh! je suis sur que je n'aurai jamais rien mangé de si bon appétit qu'à ce repas d'amitié. {Il présente à la ronde des gâteaux et des fruits, et ils commencent à manger.)
Ui L'E(Ï»LK DES MAlîATUES.
PROSPF.H. Kli bien! «('la n'cst-il pas mieux que <ie st» cliaitiailler fiisemhlc?
AGATHR. Il n'y a point de querelles qui valent ces poires.
CASIMIR. Quelle sera la joie de maman de nous voir si bien d'accord !
piusciLLK. Elle mérite bien que nous lui tassions ce plaisir. Quand tu la connaîtras, Fabien... Mais tu Tas déjà vue?
FARiKN. Oui, ma sœur, j'en ai reçu mille caresses. Elle a une fip,ure si douce, qu'elle ne peut pas être méchante. J'ai senti à sa vdix cpie je n'aurais pas de peine à l'aimer.
PRisciLLE. Et comme elle nous aime à son tnui'?
AGATHE. Il ne faut que se divertir pour lui ]ilaire.
piusrjLLE. Nous étions bien à plaindre à la mort de notre première maman. Mon papa, qui passe toute la journée au palais, ne jjouvait piéiv s'occuper de nous. 11 manquait toujours quelque chose à nos habits, h1 notre éducation était encore plus négligée.
AGATHE. Nous uoiis scrious bientôt accoutumées à la fainéantise.
PRISCILLE. Mais depuis que notre nouvelle maman est entrée dans la maison, notre bonheur a recommencé. Elle nous procure tous les amusements de notre âge, et y prend part avec nous. On dirait qu'elle est plus occupée de notre santé que de la sienne. Je n'ai pas encore eu le temps de m'apercevoir qu'il me manque la moindre chose. Elle pourvoit d'avance à tous mes besoins.
AGATHE. Et moi, j'ai été malqide, oh! bien malade, ("est elle qui a eu soin de moi. Elle était toujours auprès de mon lit à me consoler. Elle m'a donné je ne sais combien de gelée de groseilles et de cerises confites. Je serais déjà morte sans ses secours.
FABIEN. 0 mes chères sœurs ! que me dites-vous?
PRISCILLE. Tu sais aussi que nous n'étions guère exercées, avant ton départ, à travailler de nos mains? Maman s'est chargée de nous l'apprendre. Grâces à ses leçons, nous savons passablement coudre, broder, faire du filet; et nous venons même d'entreprendre avec elle un grand ouvrage de tapisserie.
CASIMIR, à Fabien. Tiens, vois-tu ces manchettes si joliment festonnées? c'est le chef-d'œuvre de Priscille, et son premier cadeau.
PRISCILLE. Ah ! j'en ai été bien payée. N'as-tu pas cultivé pour moi mon parterre? Ne m'as-tu pas donné des bouquets de tes plus jolies fleurs? Entends-tu, Fabien? Maman ne veut pas que nous travaillions pour nos frères, sans ([u'ils travaillent aussi pour nous, et ils en font encore plus que nous ne penserions à leur en demander.
AGATHE. Oh! oui. Je veux te montrer le petit bateau de liège que Prospei- m'a tait avec son canif. Tu verras ses cordages de soie, ses voiles dfl satin, et ses banderoles (h' rubîiii. 11 vognt> tout seul sur le vivier.