‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 215 sur 276 · M. DUPRÉ, MAURICE · texte numérisé non relu

M. DUPRÉ, MAURICE

M. DUPRÉ. Où donc es-tu resté si longtemps?

MAURICE. Ah ! monsieur Dupré, si vous saviez....

M. DUPRÉ. Je sais, je sais, qu'il ne faut pas être si longtemps dans tes courses. Que cela ne t'arrive plus une autre fois. Est-ce que tu n'as pas trouvé madame de Saint- Aulaire?

MAURICE. Oh ! je l'ai trouvée, et j'ai trouvé en elle une seconde maman.

M. DUPRE. Quel galirîiatias viens-tu me faire? Est-ce que tu es fou?

MAURICE. Non, non, je ne le suis pas. Je vais reprendre mes études; j'entrerai dans trois jours au collège, et maman de Saint-Aulaire viendra demain vous le dire à vous-même.

M. DUPRÉ. Comment donc? est-ce que tu ne restes plus chez moi?

MAURICE. Je ne veux pas être marchand, je veux étudier.

M. DUPRE. Ainsi tu n'es venu chez moi que pour tâcher d'en sortir. Tu y es, il laudra bien que tu y restes.

MAURICE. Vous ne pourrez me refuser à maman, «pii viendra me chercher.

M. DUPRÉ. Croit-elle j>ouvoir, à sa fantaisie, venir enlever les gens chez leurs maîtres ?

MAURICE. Mais, monsieur Dupré, sans vous fâcher, vous n'êtes pas mon maître, et je ne suis pas de vos gens.

MAUIMCK. .n.-i

M. iHJl'ltK, s'arançant vevn Un d'vn air ci d'un (jcsic iii<nuçunl>i. Dis encore un mot, ingrat.

MAURICE Et que vous ai-je donc fait? Vous ai-je causé quelque perte? M. DiPRÉ. Tu m'as trompé; je commençais à t'aimer, et je voudrais ne t'avoir jamais vu.

MAURICE. Non, monsieur, je ne vous ai point trompé, je vous assure. Je serais resté chez vous, et je ne songeais pas à en sortir. Mais figurez-vous un moment à ma place. Si mon papa n'était pas mort, je ne serais pas sorti du collège pour entrer dans votre maison. Une bonne dame prend pour moi le cœur de mon papa; je sors de votre maison pour rentrer au collège. Est-ce qu'il y a là de ma faute?

M. DUPRÉ. Tu as raison. Mais pourquoi es- tu si aimable? Je nvarcoutumais à te regarder comme mon fils.

MAURICE. Embrassez-moi donc, monsieur Dupré. M. DUPRÉ. Non. Il m'en coûterait encore plus de te perdre. \fl mri.) MAURICE. Il est brusque, M. Dupré; mais c'est un brave homme. J'aurai du regret à le quitter, et surtout ses enfants et sa femme. Mais il faut que j'écrive à maman. Oh ! comme elle va se réjouir en lisant ma lettre ! Je voudrais qu'elle l'eût déjà dans les mains, et arriver auprès d'elle un moment après. [Il se met à écrire.)

« Ma chère maman, de la joie ! de la joie ! vous êtes hors de peine, et « moi aussi. Ne pleurez pas trop de plaisir, pour pouvoir lire ma lettre. « Voici l'histoire de notre bonheur. M. Dupré m'a envoyé ce matin porter « des étoffes à une dame de Saint-Aulaire. Oh! l'excellente dame! Ah! si « vous étiez déjà ici ! Savez-vous bien, maman, que vous y viendrez avant « huit jours? Elle vous donnera un appartement dans son hôtel, et vous « vivrez avec elle; et moi, j'irai au collège, et je viendrai vous voir tous les «jours. Oh! ce sera un plaisir' un plaisir! Vous souvenez-vous pourtant, « lorsque je partis, comme vous pleuriez? Vous disiez que nous nous em- « brassions peut-être pour la dernière fois. Eh bien ! il ne tiendra ([u'à « nous de nous embrasser mille fois lô jour. Maman doit vous envoyer de « l'argent pour faire le voyage : car elle est aussi ma maman comme vous, « et je suis sûr que vous n'en serez pas fâchée. Tout l'argent que vous rece- « vrez pourtant n'est pas d'elle : il y a douze francs de moi ; elle me les « avait donnés, et moi, je vous les donne. Dépéchez-vous bien à faire vo- « tre paquet; plus tôt vous arriverez, plus nous serons contents. Je lui ai « dit tant de bien de vous, qu'elle désire presqu'autant que moi de vous «voir. Partez, partez; j'irai vous attendre à l'arrivée de la diligence, « pour vous conter toute l'histoire, avant que vous entriez chez elle; mais « elle vous la conte sans doute dans la lettre (pi'elle vous écrit aujourd'hui. « Adieu, ma chère maman, je craindrais qut^ ma lettre ne fût retardée (riiii « courrier, si je vous écrivais tout ce (pie j'ai à vous dire. maurice. »

LK C A DE Al'

dll.'LlIlN.

Madame , où trouver des paroles pour vous exprimer mes transports et ma reconnaissance? Grand Dieu! mes malheurs sont donc à leur fln ! Je suis heureuse, mon fils Test aussi, et c'est à vous que nous le devons. (Comment s'élever, sans mourir, d'un abîme de douleur au comble de la joie ! Je n'ai que les larmes pour exprimer ce que je sens. Je regrette de ne pouvoir les répandre toutes devant vous, pour vous payer de votre bienfaisance. Vous avez désiré d'être mère, vous pourrez peut-être vous former une idée de mon bonheur. Je ne puis vous en dire davantage. Je vous en dirai peut-être encore moins au premier moment où je verrai notre fils placé entre nous deux, et serré dans nos bras entreki'jés; mais vous entendrez mon silence, et mon attachement et mes soins achèveront de vous l'expliquer à chaque instant de ma vie. J'ai l'honneur d'être, etr.

(OTTLETS

I>F. MATRICE A MADAME I>E SAl NT-AVI.Al KE

Air : Je suis Lindor.

l>e tes bontés mille sources nouvelles De jour en jour se répandent sur moi ; - *t Et je tremblais que mon amour pour toi

Ne pût s'accroître, et redoubler comme elles.

Mais non , maman , je n'ai plus rien ii craindn' , Tout à l'envi vient rassurer mon cœur.

Plus de raison pour sentir mon bonheur, Plus de moyens de pouvoir te le peindre.

Que de plaisirs l'an nouveau qui commence Ferait goûter à nos cœurs satisfaits , S'il t'en offrait autant pour tes bienfaits , Que j'en aurai dans ma reconnaissance 1

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