‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 217 sur 276 · LE CADEAU TÛ · texte numérisé non relu

LE CADEAU TÛ

VK.ioitiK. Cela est vrai, iiiaman ; mais je voudrais poiirtaiil bien avoir quelque présenta lui faire.

m'"^ dk SAiXT-MARCEL. Eli hiéu ! Victoire, voyons. Coiiiuieiit t'aiit-il nous \ prendre? N'as-tu pas quelque chose à toi? Ton petit oranger, par exemple?

vicToïKK. Mon oranger, maman, (jui me fournit des tleurs pour toii> mes bouquets?

M"'^ de SAINT-MARCEL. Et tOU agUBaU ?

VICTOIRE. 0 maman ! mon agneau, qui me caresse avec tant d aiintié, et qui me suit partout!

m""" de SAINT-MARCEL. Et tcs tourtcrelles ?

VICTOIRE. Vous savez bien (jue je les ai muirries au sortir de lieur. Ci' sont mes enfants à moi.

m"" de SAINT-MARCEL. ïii ii'as douc rieii à donner à ton frère?

VICTOIRE. Pardonnez-moi, maman.

m'"* de SAINT-MARCEL. Et quoi donc ?

VICTOIRE. Vous souvenez-vous de cette bourse à glands et à paillons d'or que ma tante m'a donnée pour mes étrennes? Elle est bien belle au moins?

m""' de SAINT-MARCEL. Cela cst vrai. Mais penses-tu que ce présent fût bien agréable à ton frère? Il ne peut en faire usage de longtemps ! Tu te rappelles bien que toi-même, lorsque tu la reçus, tu la serras dans le fond d'un tiroir pour ne l'en retirer qu'au bout de ipielques années.

VICTOIRE. Mais, maman, c'est toujours un joli cadeau.

m"'* de SAINT-MARCEL. Nou, ma fille ; un joli cadeau, c'est lorsque nous donnons par amitié une chose qui nous fait plaisir à nous-mêmes, et qui doit faire aussi plaisir à celui à qui nous la donnons.

VICTOIRE. Faut-il donc que je donne à mon frère tout ce que j'aime?

m'"" de SAINT-MARCEL. Nou, tu pcux douncr autant ou si peu que tu veu.v, pourvu que tu y mettes de l'amitié et de la grâce.

VICTOIRE rèjikchit pendant quelques moments et elle dit : Eh bien ! je cueillerai, pour le bouquet de mon frère, les plus jolies tleurs de mon oranger, et je lui ferai présent de mon agneau.

m""* de saint-mahcel. Fort bien, Victoire. Voilà qui annonce de ramitié.

VICTOIRE. Ce n'est pas tout, maman. Je veux tous ces jours-ci sortit avec mon frère, pour que mon agneau s'accoutume à le suivre comme moi. De cette manière, l'agneau sera déjà familier avec lui quand je le lui donnerai, et mon frère ne l'en caressera ([u'avec plus de plaisir.

M'"® DE SAINT-MARCEL. Embrassc-iuoi, ma fille. Cette attention délicate double le prix de ton présent. C'est ainsi que la moindre bagatelle devient un objet précieux, lorsqu'elle est donnée avec grâce. Tu ne pouvais nous causer une plus grande joie, à moi ni à ton frère.

Ni à moi-même non plus, répondit Victoire avec vivacité. Tu I eu léjoui iMs encoie davanlagi' quaml le jour sera venu, repiil madame de Saiul

Marcel ; car il faut bien que je sois pour quelque chose dans la fête; et je veux que tu tasses pour moi les honneurs d'une petite collation qu'on servira dans le jardin, à ton frère et à ses meilleurs amis. Victoire baisa avec transport la main de sa maman , et de ce pas, elle courut faire des rosettes d'un joli ruban rose, pour en parer l'agneau le jour qu'elle le présenterait à son frère.

':^ ASP.\Ri> sortit un jour avec Eugène

Tb, son voisin, pour aller cueillir les

^ premières fleurs du printemps. Us

avaient tous deux à la main leur

déjeuner.

r?i€^: Il se présenta sur la route une

pauvre femme, tenant dans ses bras un petit garçon

qui paraissait mourir de faim. Ah ! mon cher monsieur,

dit-elle à Gaspard, qui marchait le premier, donnez de

grâce à mon pauvre enfant un morceau de votre pain.

7^^^1^'^^^^v ^^ ^'^ ^'^" mangé depuis hier midi. Oh! j'ai bien faim

^1y^>^1 moi-même , répondit Gaspard , et il continua sa route

en croquant son déjeuner.

Que fit Eugène? Il avait aussi bon appétit que son ca- >'Jr~^' marade ; mais en voyant pleurer le petit malheureux, il >^F lui donna son pain, et il reçut en échange de la mère 5^^y mille et mille bénédictions, que le bon Dieu entendit du ^^î haut des cieux. Ce n'est pas tout : le petit garçon, for- ^îJ^l) ^j{]^ pj^p ig^ nourriture qu'il venait de prendre, se mit à courir devant son bienfaiteur, le mena dans une prairie, et lui aida à cueillir des fleurs dont l'odeur suave le délassait de sa fatigue.

Eugène rentra au logis avec un énorme bouquet, derrière lequel toute sa tète pouvait se cacher. Gaspard, au contraire, n'eu avait qu'un si petit, qu'il eut honte de le produire, et qu'il le jeta au pied d'une borne, après avoir perdu toute sa matinée à le cueillir.

Ils sortirent le lendemain dans le même projet. Cette fois-là un autre enfant fut de la partie. C'était le petit Valentin. Après avoir fait (piehiues pas dans la prairie, Valentin s'aperçut qu'il avait perdu une boucle de ses souliers, et il pria ses amis de l'aider à la chercher. Gaspard répondit : Je n'ai pas le temps, et il continua de courir. Eugène, au contraire, s'arrêta aussitôt pour obliger son ami. Il marchait çà et là courbé sur la terre, et tâtonnant dans l'épaisseur de l'herbe : il eut enlin le bonheur, de trouver

ce qu'il cherchait, et ils commencèrent à Tenvi à cueillir des fleurs. Les plus helles que Valentin ramassa, il en fît présent à celui qui l'avait aidé dans sa peine, et il n'en donna aucune à celui qui avait refusé durement de le secourir. Eugène eut encore ce jour-là un bouquet bien plus beau que celui de Gaspard. Aussi s'en retourna-t-il chez lui fort satisfait, et Gaspard très mécontent.

Gaspard croyait être plus heureux le troisième jour. Il marchait d'un air insolent, défiant Eugène. Mais à peine étaient-ils entrés dans la prairie, que voici le petit garçon à qui Eugène avait donné son pain, qui vient à sa rencontre, et lui présente une corbeille remplie des plus belles fleurs qu'il avait cueillies, toutes fraîches encore de rosée. Gaspard voulut en ramasser quelques-unes ; mais le moyen d'en trouver ! le petit garçon s'était levé plus matin que lui. Il eut encore moins de fleiirs ce jour-là que les deux précédents.

Comme ils s'en retournaient chez eux, ils rencontrèrent le petit Valentin : Mon cher ami, dit-il à Eugène, je n'ai pas oublié que tu me rendis hier un service, et j'en ai pris tant d'amitié pour toi, que je voudrais être toujours à ton côté. Mon papa t'aime beaucoup aussi. Il m'a dit de t'aller chercher, qu'il nous dirait de jolis contes, et qu'il jouerait lui-même avec nous. Viens, suis-moi dans notre jardin. Il y a d'autres enfants qui nous attendent, et nous chercherons tous ensemble à te bien divertir. Eugène , transporté de joie, prit la main de son ami, et le suivit dans son jardin. Et Gaspard? il fallut qu'il s'en retournât tristement chez lui. On ne l'avait pas invité.

Il apprit par-là ce qu'on gagne à être officieux et secourable envers les autres. Il ne tarda guère à se corriger ; et il serait devenu aussi aimable qu'Eugène, si celui-ci n'avait toujours mis plus de grâce dans sa manière d'obliger, par l'habitude qu'il en avait prise dès sa plus tendre enfance.

amis d'Auffuste.

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