SCÈNE IV. — HENRIETTE, AUGUSTE
(Henriette, qui a entendu les derniers mois, pousse un cri.^
HENRIETTE. Eli bien! Auguste, es-tu fou?
AUGUSTE. C'est toi, ma sœur?
HENRIETTE. Oui, commc tu vois. Mais que fais-tu de cet outil-là? {£n mo7ifrant son épêe.)
AUGUSTE. Ce que j'en fais? ce qu'un gentilhomme doit en faire.
HENRIETTE. Et qucl cst cclui quc tu veux renvoyer de ce monde?
AUGUSTE. Le premier qui s'avisera de croiser mon chemin !.,.
HENRIETTE. Voilà bien des vies en danger. Et si c'était moi, par hasard?
AUGUSTE. Si c'était toi?... Je ne te le conseille point. Tu vois que j'ai maintenant une épée. C'est mon papa qui m'en a fait présent.
HENRIETTE. Apparemment pour aller tuer les gens à tort et à travers?
AUGUSTE. Est-ce que je ne suis pas chevalier ? Si l'on ne me rend pas tous les respects qui me sont dus, /jan, un soufflet! Et si le petit bourgeois veut faire le méchant , l'épée à la main ! (// vent la tirer du fourreau.)
HENRIETTE. Oh ! laissc-la en repos, mon frère. De peur de m'exposera te manquer involontairement, je voudrais savoir en quoi consiste le respect que tu demandes.
AUGUSTE. Tu le sauras bientôt. Mon père vient d'envoyer chercher ma petite société. Que ces polissons ne se conduisent pas respectueusement, et tu verras comme je me comporterai.
HENRIETTE, Foi't bien; mais je te demande ce qu'il faut faire pour se conduire respectueusement envers toi.
AUGUSTE. D'abord, je veux qu'on me fasse de profonds, profonds saints.
HENRIETTE, lui faisant, d\ni air moqueur, une profonde révérence. Votre servante très humble, monseigneur mon frère. Est-ce bien comme cela?
AUGUSTE. Point de mo(]uerie, s'il te plaît, Henriette; autrement...
HENRIETTE. Mais c'cst très sérieux, je t'assure. Il faut bien savoir remplir ses devoirs envers les personnes respectables. Il ne sera pas mal d'en instruire aussi tes petits amis.
AUGUSTE. Oh ! je veux bien me moquer de ces petits drôles ; tirailler luii, pincer l'autre, les houspiller de toutes les manières.
HENRIETTE. C'cst ciicore là apparemment un des devoirs de ta chevalerie. Mais si ces drôles ne trouvent pas le jeu plaisant, et (lu'ils d(Mment sur les oreilles à monsieur le chevalier?
AUGUsri;. Hou ! ('"csl de vil saiii^' liiMiri;eois. Cela u'.i m ('(Ciir, ni épée.
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L'EPEE. Mi
HENRIETTE. Vraiment, notre papa ne pouvait te faire un cadeau plus utile. Il a bien vu quel digne chevalier était caché dans son fils, et qu'il ne fallait qu'une épée pour le faire paraître au grand jour.
AUGUSTE. Écoute, ma sœur ; c'est ma fête, il faut bien nous divertir. Au moins, tu n'en diras rien à notre papa ?
HENRIETTE. Pourquoi nou ? il ne t'aurait pas donné une épée, s'il n'avait attendu quelque exploit de cette espèce d'un chevalier tout frais armé. Est-ce qu'il t'aurait recommandé autre chose?
AUGUSTE. Certainement, oui. Tu sais qu'il me prêche toujours.
HENRIETTE. Quc t'a-t-il douc prèclié ?
AUGUSTE. Que sais-je, moi? Que c'était à moi de parer mon épée, et non à mon épée de me parer.
HENRIETTE. En cc cas, tu l'as compris à merveille. Parer son épée, c'est savoir s'en servir; et tu veux déjà montrer que tu possèdes ce talent.
AUGUSTE. Fort bien, ma sœur. Tu penses te moquer? Mais je veux bien que tu saches....
HENRIETTE. Je sais à merveille tout ce que tu peux me dire. Mais sais-tu bien, toi, qu'il manque quelque chose de fort essentiel à l'ornement de ■ ton épée?
AUGUSTE. Eh! quoi donc! {// détache son ceiniiiron, et regarde l'èpée de tous les côtés.) Je ne vois pas qu'il y manque la moindre chose.
HENRIETTE. Vraiment, tu es un habile chevalier! Et une rosette? Ah! comme un nœud bleu et argent irait bien sur cette poignée !
AUGUSTE. Tu as raison, Henriette. Ecoute ; tu as dans ta toilette un magasin de rubans, ainsi....
HENRIETTE. J'y pcusais ; pourvu que tu ne viennes pas, en récompense, me jouer de tes tours de chevalerie, et me porter quelque coup d'estramaçon.
AUGUSTE. La folle! Voici ma main, tope là; tu n'as rien à craindre. Mais vite, un beau nœud! Lorsque ma petite compagnie viendra, je veux qu'elle me voie dans toute ma gloire.
HENRIETTE. Dounc-la-moi donc.
AUGUSTE, lui donnant son épée. Tiens, la voici. Dépêche-toi. Tu la mettras dans ma chambre, sui- la table, pour que je la trouve au besoin.
HENRIETTE. Reposc-t'eu sur moi.