L'EPEE. J8I
AUGUSTE, Quoi ! c'est pour moi ! Oh ! donnez, mon cher papa î je veux être à Tavenir si obéissant, si appliqué...
M. d'orval. Ah! si je le croyais! Mais sais-tu bien qu'une épée demande un homme; ([u'il ne faut plus être un enfant pour la porter; qu'on doit se conduire avec réflexion et décence ; enfin, que ce n'est pas à l'épée de parer son homme, mais à l'homme de parer son épée.
AUGUSTE. Oh ! ce n'est pas l'embarras ! je saurai bien parer la mienne ; et je n'aurai plus rien de commun avec ces petites gens... •
M. d'orval. Que veux-tu dire par ces petites gens?
AUGUSTE. J'entends ceux qui ne sont pas faits pour porter une épée et un plumet au chapeau; ceux qui ne sont pas nobles comme vous et moi.
M. d'orval. Pour moi, je ne connais de petites gens que ceux qui pensent mal et ne se conduisent pas mieux, qui sont désobéissants envers leurs parents, grossiers et impolis envers les autres. Ainsi, je vois bien de petites gens parmi les nobles, et bien des nobles parmi ce que tu appelles les petites gens.
.\UGUSTE. Oui; c'est aussi ce que je pense.
M. d'orval. Que parlais-tu donc tout à l'heure d'épée et de plumet au chapeau? Crois-tu que les vraies prérogatives de la noblesse consistent dans ces misères-là? Elles servent à distinguer les états, parce qu'il faut bien que les états soient distingués dans le monde. Mais l'état le plus élevé n'en avilit que davantage l'homme indigne de l'occuper.
AUGUSTE Je le crois, mon papa. Mais ce n'est point m'avilir, que d'avoir une épée et de la porter.
M. d'orval. Non. Je veux dire que tu ne te rendras digne de cette distinction que par ta bonne conduite. Voici ton épée; mais souviens-toi...
auguste. Oui, mon papa; vous verrez. {Il veut mettre rèpèe à son côté, et ne i^exit en venir à bout. M. d'Orval Vaide à la ceindre.)
y\. d'orval. Comment donc ! Elle ne te va pas si mai !
AUGUSTE. N'est-ce pas? Oh ! j'en étais bien sûr !
M. d'orval, a merveille. Mais n'oublie pas surtout ce que je t'ai dit. Adieu. {Il fait quelques jxis pour sortir et revient.) A propos, je viens d'envoyer chercher ta petite société, pour passer ce jour de fête avec toi. Songe à te comporter comme il convient.
AUGUSTE. Oui , mon papa.
SCEiTB III. — AUGUSTE se promène avec un air de gravité sur la scène, et, de temps en temps , regarde derrière lui si son épée le suit.
Bon ! me voici enfin un parfait chevalier. Qu'il me vienne maintenant de ces petits bourgeois! Plus de familiarité, dès qu'ils n'ont pas d'épée ; f't s'ils le prennent mal, allons, llambergc au vent! Mais halte-là! Voyons d'ahni'd si elle a nue honiie lanif. i7/ lire sov épée. ri prend vn air J'uri-
■i^i L'EPEE.
/)o?id.} Je crois quo tu te moques de moi, mon petit bourgeois? Une, deux ! Ah ! tu veux te défendre. A mort, canaille !