‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 241 sur 276 · SCENE IX. — THOMAS, JEANNE , ADRIEN , SUZETTE, LUBIN · texte numérisé non relu

SCENE IX. — THOMAS, JEANNE , ADRIEN , SUZETTE, LUBIN

Juaiiud accourt de la ferme, portant un petit enfant dans ses bras. Adrien, Suzette et Lubin la suivent.

JEANNE, se jetant au cou de Thomas. Ah! mon cher ami, quelle joie de te revoir !

THOMAS, l'embrassant tendrement. Ma chère femme! {Il prend l'enfant qu'elle tient sur son sein, et qui lui tend les bras ; il le serre dans les siens, l'embrasse, et le rend à sa mère.) Mais Adrien, où est-il? Que je le voie !

ADRIEN, courant à lui. Me voici, mon père nourricier! me voici. {Il regarde de tous côtés.) Vous êtes seul? Mon papa, maman , ma petite sœur Julie, où sont-ils?

THOMAS, avec transport. En sûreté, mon fils. Embrasse-moi.

ADRIEN, se jetant dans ses bras. Oh! quelle joie!

JEANNE. Nous étions bien en peine. Tous les autres gens du village sont déjà de retour.

THOMAS. Ils n'avaient pas leur bienfaiteur à sauver!

JEANNE. Mais au moins tout est-il éteint à présent?

THOMAS. Éteint, ma femme? Oh ! ce n'est plus une maison, une rue ; c'est la ville tout entière embrasée ! Si tu voyais cette désolation ! les femmes courant échevelées, et vous demandant à grands cris leurs maris et leurs enfants ! le son des cloches, le bruit des chariots et des pompes, le fracas épouvantable des maisons qui s'écroulent ! les chevaux furieux et les flots de peuple effrayé qui vous renversent î les flammes qui vous poursuivent et se croisent devant vous ! les poutres brûlantes qui tombent sur la foule et l'écrasent!.. Je ne sais comment j'en suis revenu.

JEANNE. Tu me glaces le sang dans les veines.

SUZETTE. Ah ! ma mère, voyez ses sourcils, ses cheveux sont brûlés !

THOMAS. Et mon bras encore ! Mais qu'est-ce que tout cela? Trop heureux d'en sortir la vie sauve ! Je ne l'aurais pas marchandée.

JEANNE. Que me dis-tu, mon ami?

THOMAS. Quoi ! ma femme, pour notre bienfaiteur? N'est-ce pas lui ([ui a fait notre mariage? n'est-ce pas à lui que nous devons cette ferme et tout ce que nous possédons? N'as-tu pas nourri son enfant? (Adrien passe ses bras autour du corps de sa nourrice) Ah! j'aurais eu mille vies que je les aiii'ais toutes ris«iuées.

ilH LIXCKXDIE.

JEANi\K, avec aUnidrisseinent. Tu Tas ddiic [)ii secMurir?

THOMAS. Oui, j'ai eu ce bonheur. Lui, sa femme et sa fille t'ilaient à peine sortis de leur maison toute en flammes, lorsqu'une cfiarpente embi-asée est tombée à leurs pieds. Heureusement je n'étais encore qu'à vingt pas. Tout le monde les croyait écrasés, et fuyait. J'ai entendu leurs cris; je me suis précipité au milieu des ruines brûlantes, et je les en ai retirés. J'avais déjà sauvé la cassette que voici ; et mon chariot est chargé de leurs effets les plus précieux.

ADRIEN, se jeiant dans .ses bras. 0 mon père nourricier! sois sûr d'en être bien récompensé.

THOMAS. Je le suis déjà, mon ami. Ton père ne comptait peut-être pas sur moi, et je l'ai secouru ; me voilà mieux payé qu'il n'est en son pouvoir de le faire. Mais ce n'est pas tout. Il ne tardera pas sans doute à venir avec sa fiimille et ses gens....

ADRIEN. Oh ! je vais donc les revoir !

THOMAS. Cours, ma femme; va tirer de notre excellent vin vieux; fais traire nos vaches ; prépare nos meilleures provisions ; (ju'on mette des draps blancs au grand lit; nous irons coucher dans l'étable.

JEANNE. Oui, j'y vole, mon ami.

SCJÈNE X. — THOMAS, ADRIEN, SUZETTK , LUWN.

THOMAS. Et moi je vais ranger le foin dans la grange, pour faii"e place aux malheureux qui viendront me demander un asile. Hélas! toute la plaine en est couverte. Je crois les voir encore , les uns muets et insensibles de douleur, s'arrêter comme des bornes dans les grands chemins, eu regardant brûler leurs maisons, ou tomber évanouis de frayeur, de fatigue ou d'épuisement; les autres courant yà et là comme des forcenés, tordant leurs bras, s'arrachant les cheveux, et voulant rentrer avec des cris hoiribles dans la ville enflammée, à travers les piiiues des soldats qui les rej)oussent. J'aurai toute ma vie cette peiutiu'e devant les yeux.

SLizETTE. Ah! mon pauvre Adrien, si tu t'étais triuivé là, on t'aurait foulé sous les pieds.

THOMAS. Aussitôt que mes chevaux seront revenus, j'irai; je veux ramasser tout ce que je pourrai d'enfants, de femmes et de vieillards, pour les conduire ici. J'étais le plus pauvre du village; j'en suis devenu le plus riche: c'est à moi qu'appartiennent tous les malheureux, {flse baisse pou/' prendre la cassette).

LUBiN. Mon père, que je vous aide à la poiter. Vous êtes si las î

THOMAS. Non, non; prends garde, elle est tro]) lourde pour toi. Elle te casserait les jambes, si elle échappait de mes mains. Va plutôt dire à la vieille Michelle de venir chauffer notre four, et fourbir nos marmites des vendanges : puis, lu coniTiis clitv le mt'uiiin- pour (|u"il immis apporte (b^ la

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ruiiiie. Que ces pauvres ineeiidiés trouvent au munis de (|uoi satisfaifc leurs besoins les plus pressants. Je ne suis pas, grâces à Dieu, dans Taisance pour qu'on meure de faim autour de moi. Je donnerais jusqu'à mon dernier morceau de pain. (// sort arec Lvbm.)

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