‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 242 sur 276 · SCÈNE XI. — SUZETTE, ADRIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE XI. — SUZETTE, ADRIEN

suzETTE. Oh! je partagerai aussi toujours avec toi. Mon pauvre Adi-ieii, (|ui m'aurait dit que je te verrais un jour si à plaindre !

AniuKN. Ah 1 ma chère Suzette! c'est bien cruel aussi de tout perdre dans une nuit !

SUZETTE. Console-toi, mon ami. Ne te souviens-tu pas combien nous avons été heureux ici, quand nous étions encore plus petits que nous ne le sommes, tiens, pas plus hauts que ce buisson là-bas? Eh bien ! nous le serons encore. Crains-tu que rien te manque, autant que j'en aurai''

ADuiEN, lui prenant la main. Non, je ne le crains pas. Mais c'était moi qui devais un jour te mettre à ton aise, te marier lorsque tu serais grande, et prendre soin de tes enfants comme des miens.

SUZETTE. Eh bien ! ce sera mon affaire, au lieu d'être la tienne : quand on s'aime, c'est toujours la même chose. Je te donnerai les plus belles fleurs de notre jardin ; tous les plus beaux fruits que je pourrai cueillir, je te les appoi'terai ; je te donnerai aussi mon lit, et je dormirai à terre au près de toi.

ADiUEN, se jetant à son cou. Mon Dieu ! mon Dieu, ma chère Suzette! combien je dois t' aimer !

SUZETTE. Tu verras aussi comme j'aurai soin de ta petite Julie ! Je serai toujours entre vous deux. Quand on s'est nourri du même lait, n'est-ce pas comme si l'on était frère et sœur?

ADRIEN. Oui, tu seras toujours la mienne, et je ne sais laquelle j'aimerai le plus, de Julie ou de toi. Je te présenterai à mon papa et à maman, pour que tu sois aussi leur lille. Mais, mon Dieu ! (juand reviendront-ils?

SUZETTE. Pourquoi t'inquiéter?Tu sais bien (pie mon père les amis hors de danger?

ADIUEN. C'est que mon papa est comme le tien. Il aura aussi voulu sauver à son tour ses amis. Il se sera peut-être rejeté au milieu des flammes. Je tremblerai toujours pour lui jusqu'à ce que je le revoie. J'entends i\u bruit derrière la colline. Oh ! si c'était lui !

scENb XII. — GODEFROI, ADRIEN, SUZETTE.

ADRIEN, courant à Godefroi d'vn air joyeux. Ah ! Godefroi ! GODEFROI. Vous voilà, uiousieur Adrien ?

ADRIEN. C'est bien de moi qu'il s'agit. Où est iikui pai)a ? (tù est maman? où est ma sœur Julie? soiil-ils iciV ('.oDKiitoi, (/'ir/i air Itchclv. Ici ? Où donc?

il 8 1,'INCFA'1)]K.

ADiuKN. fhM'rièie toi?

coDEFuni. Derrière moi? (7/ se reioume. ) Je ne les vois pus.

AimiEN. Tu ne les as donc pas accompagnés?

GODF-FRoi. Ils ne sont donc pas ici?

ADRIEN, d'vn ton d' imjmtience . C'est ici que tu viens les chercher?

GODEFRoi, d'un air troiiblé.Nou^ me faites frissonner de la tète aux pieds. [Adrien pâlH.) Ne vous effrayez donc pas. {Avec ronsleriiaiion.) Us ne sont pas ici?

suzETTE. Il n'est venu personne que mon frère Adrien.

ADRIEN. Pourquoi y suis-je venu?

GODEFROI. Écoutez, écoutcz-moi. Une heure après qu'on vous eût arraché de mes bras pour me faire travailler, je trouvai le moyen de m'esquiver dans la foule. Tranquillisez-vous; mais j'ai couru de tous côtés pour chercher vos parents ; je ne les ai pas trouvés. J'ai demandé de leurs nouvelles à tout le monde; personne ne les avait vus, personne n'en avaii entendu parler.

ADRIEN, d'un ton 'plaintif . 0 Dieu ! ayez pitié de moi. Mon papa, maman, où ètes-vous ?

GODEFROI. Ce n'est pas tout. Écoutez. Ne vous effrayez pas seulemenl. Voici le pire de l'histoire.

ADRIEN. Hélas! mon Dieu 1 qu'est-ce donc?

GODEFROI. Comment voulez-vous que je vous le dise, si vous allez jirendrc l'épouvante?

ADRIEN. Eh ! dis, dis toujours. Tu me fais mourir.

GODEFROI. Eh bien donc ! le bruit court qu'un homme, une femme et une petite fille ont été écrasés dans notre rue , par une charpente qui est tombée tout en feu. [Adrien tombe évanoui.)

SUZETTE. Bon Dieu! bon Dieu! ù notre secours! Adrien qui se meurt! [Elle se précipite sur lui.)

GODEFROI. Mais qu'a-t-il donc? H n'en est rien peut-être. Ce n'est (luim ouï-dire : et on ne sait pas qui c'est.

SUZETTE. La frayeur l'a saisi tout à coup. 11 oublie que mon père le^ a sauvés.

GODEFROI, tâtant le front (/'Adrien. 0 mon doux Sauveur! il est froid

comme un glaçon !

SUZETTE, se relevant à demi. Que veniez-vous faire ici? C'est vous, c'e^l vous qui l'avez tué.

GODEFROI. Je lui avais pourtant bien dit de se tranquilliser, [file saule ve.)Mons\em' Adrien ! ( fl le laisse retomber.)

SUZETTE. Laissez-le donc. Vous allez l'achever, s'il n'est pas mort encore. 0 mon cher Adrien ! unui frère! Où trouver à présent mon père et ih;i mère pour lui nivovci' ihi sccoiu's? ( Klle va vers plusieurs endroits

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