SCÈNE XV. — M. DE CKESSAC, MADAME DE CRESSAC, JULIE, GODEEROL
>i. DE CRESSAC. Godcfroi! Godefroi! Cet imbécile! il craint sans doute... Appelle-le toi-même, Adrien.
ADRIEN. Godefroi, viens donc. Ne crains rien, je suis encore vivant.
GODEFROI*, du haut de la colline. Est-ce bien vrai, au moins?
ADRIEN. As-tu jamais entendu parler les morts?
GODEFROI, accourant à toutes jambes , puis s'arrêtant tout à coup. Vous n'allez pas me renvoyer, monsieur? sans quoi ce ne serait pas la peine de m'avancer.
M. DE CRESSAC. Vois, malheurcux, l'effet de ta bêtise.
m"'" de CRESSAC. Tu as failli me tuer mon fils.
ADRIEN. Pardonnez-lui, je vous prie. Ce n'est pas sa faute.
GODEFROI. Sûrement. Je lui disais de ne pas s'effrayer. {Adrien lui tend la main.) Je suis bien aise que vous ne m'en veuilliez pas de mal. Oh ! je ne dirai plus une autre fois que les gens sont morts, à moins de les avoir vus à dix pieds sous terre.
SCÈNE XVI. — M. DE CRESSAC, xMADAilE DE CRESSAC, JULIE, ADRIEN, THOMAS, JEANNE, SUZETTE, LUBIN.
THO.MAS, courant. Ah ! le malheureux ! Où est-il? où est-il?
SLZETTE , montrant Godefroi. Tenez, mon père , le voilà. {Godefroi, épouvanté , se retire derrière M. de Cressac.)
THOMAS. Que vois-je? {Suzette et Lubin courent vei's Adrien, ijui les présente à Julie. Jeanne se précijiite sur la main de madame de Cressac, et la baise. T/tomas se jette aux yenoux de M. de Cressac, et les tient embrassés.)
M. DE CRESSAC, relevant Thomas. Que fais-tu, mon ami? A mes pieds? toi, mon sauveur, le sauveur de toute ma famille!
THOMAS. Oui, monsieur, c'est une nouvelle grâce que vous me laites
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après tant (rautres. J'ai pu vous prouver combien je suis ivfoniiaissaiit de tons vos bienfaits.
M. DE CRESSAC. Tu as fait pour moi plus fpie je n'ai fait, pUis que je ne pourrai faire de toute ma vie?
THOMAS. Que dites-vous? C'est un service d'un moment. Et moi, il va plus de huit ans que je vis heureux par vos bienfaits. Voyez ces champs, cette ferme, c'est de vous que je les tiens. Vous avez tout perdu, souffrez que je vous les rende. Je vivrai assez heurenx du souvenir de n'avoir pas été ingrat envers mon bienfaiteur.
M. nE CREssAc. Eh bien! mon ami, je les reprends, mais pour te donner des champs dix fois plus vastes et plus fertiles. La cassette que tu m'as sauvée contient la meilleure partie de ma fortune, et je te la dois. N'ayant plus de logement à la ville, je vais habiter mes terres, tu m'y suivras. Nous y vivrons tous ensemble. Tes enfants seront les miens.
ADRIEN. Ah! mon papa! j'allais vous en prier. Voici ma sœur de lait Suzette, voilà Lubin. Si vous saviez toutes les amitiés qu'ils m'ont faites ! Je serais peut-être mort aussi sans leurs secours.
m""" de cressac, serrant la main de Jeanne. Eh bien ! nous ne ferons tous (pi'une lamille heureuse de s'aimer.
JEANNE. Venez , en attendant, prendre quelque repos. Excusez-nous, si nous ne vous recevons pas comme nous l'aurions désiié.
THOMAS, regardant dv côté de la colline. Voici le chariot qui arrive, et des malheureux qui le suivent. Permettez-vous que j'aille leur offrir quelque secours?
M. DE CRESSAC. Ah! je vais avec toi les consoler. Je suis trop i-ntéressé dans l'événement cruel qui cause leurs peines. 0 jour que je croyais si malheureux ! tu me rends bien plus que tu ne me fais perdre. Pour quelques biens que tu m'enlèves, tu me donnes une nouvelle famille, et des amis die,iies de mon cœur.