LA PETITE FILLE TROMPÉE PAR SA SERVANTE
MÉLiE. Mauiaii, voulez- vous me permettre d'aller • trouver ce soir mon petit cousin Henri? ~„^, .., ? m"'" dk ulamont. Non, je ne le veux pas, Amélie. :^ AMÉLIE. Et pourquoi donc, maman?
m""' de beamont. Je n'ai pas besoin, je crois, de te dire ^^^^^ mes raisons. Une petite lille doit toujours obéir à ses pa- "^"^^^^""^""^ rents, sans se permettre de les questionner. Cependant, alin que tu sois bien persuadée que j'ai toujours un motif raisonnable lorsque je te prescris ou que je te défends quelque chose, je vais te le dire. Ton cousin Henri n'a que de mauvais exemples à te donner, et je craindrais, si tu le voyais trop souvent, de te voir preiulre sa légèreté et son indiscrétion.
AMELIE. Mais, maman...
.m""' de iîlamont. Point de réplique, je te prie. Tu sais f|u'il faut suivre exactement mes ordres.
Amélie se retira un peu à l'écart pour cacher les larmes qui roulaient dans ses yeux. Puis, sa mère étant sortie, elle alla s'asseoir dans un coin et s'abandonna à sa tristesse.
Dans cet intervalle, Nanette, nouvellement au service de madami! de HIamont, entra dans la chambre, (-omment! mademoiselle ,\mélie, lui dit-
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elle, je crois que vous pleurez. Qu'avez-vous donc? Ne pourrais-je savoir ce qui vous afflige?
AMÉLIE. Laissez-moi, Nanette , vous ne pouvez rien pour me consoler.
NANETTE, Et pourquoi ne le ponrrais-je pas? Mademoiselle Sophie, dont je servais les parents, venait toujoui's me chercher lorsqu'elle avait quelque peine. Ma chère Nanette, me disait-elle, tu vois ce qui m'arrive ; dis-moi ce que je dois faire; et j'avais toujours un hou conseil à lui donner.
AMÉLIE. Moi, je n'ai pas besoin de vos conseils. Je vous dis encore un coup que vous n'avez rien à faire pour moi.
NANETTE. Accordcz-moi au moins la permission d'aller chercher madame votre mère. Elle sera peut-être plus heureuse à vous consoler. Je n'aime pas à voir une aussi jolie demoiselle que vous dans le chagrin.
AMÉLIE. Oh! oui, maman, maman!
NANETTE. Je u'osc croirc que ce soit elle qui vous ait affligée.
AMÉLIE. Et qui serait-ce donc?
NANETTE. Jc UB l'aurais jamais imaginé. Il me semble que vous êtes assez raisonnable pour que votre maman n'ait rien à vous refuser. Ah! si j'avais une tille aussi bien née que vous, je voudrais la laisser se conduire ellemême ! Mais votre maman aime à commander ; et, pour un caprice, elle s'opposerait à vos désirs les plus innocents. Comment peut-on avoir une enfant aussi aimable et se faire un jeu de la contrarier? Je ne puis vous dire ce que je souiTre de vous voir dans cet état.
AMÉLIE, recommençant à phnirer. Ah ! je crois que j'en mourrai de chagrin.
NANETTE. Eli vérité, je le crains aussi. Comme vos yeux sont rouges et enflés. C'est être bien cruelle pour vous-même de ne pas vouloir que les personnes qui vous sont sincèrement attachées cherchent à vous donner (pielque soulagement. Ah ! si mademoiselle Sophie avait eu la moitié de vos peines, elle n'aurait pas manqué de m'ouvrir son cœur.
AMÉLIE. Je n'oserais jamais vous dire les miennes.
NANETTE, Ce u'est pas (]ue, par rapport à moi, je me soucie beaucoup de les savoir... Oh ! c'est peut-être que votre maman vous fait rester à la maison , tandis qu'elle va à la foire?
AMÉLIE. Non ; elle m'a bien promis de ne pas y aller sans moi.
NANETTE. Mais qu'est-ce donc? votre tristesse semble augmenter. Voulez-vous que j'aille chercher votre petit cousin? Vous jouerez avec lui pour vous distraire.
AMÉLIE, ensovpirani. Ah! je n'aurai i»lus ce plaisir!
NANETTE. 11 u'cst pas bicu dillicilc de vous le procurer. Fne jeune demoiselle doit avoir quelque société. Votre maman n'a pas envie de faire de vous une religieuse.
AMELIE. Il m'est iiéf(Mi(iu (le le voir.
l'Ail SA SKUVAXTi:. i2;)
NANEiTK. De le voir? Je ne suis pas à quoi pense votre inunuui. Celle de mademoiselle Sophie faisait tout de même. Elle ne voulait pas qu elle eût la moindre liaison avec le petit Sergy. Mais comme nous savions rattrapei'!
AMÉLIE. Et comment donc?
NANEïTE. Nous attendions le moment où elle allait rendre des visites. Alors mademoiselle Sophie allait trouver le petit Sergy, ou le petit Sergy venait la trouver.
AMÉLIE. Et sa maman ne s'en apercevait pas?
NANETTE. C'était moi qui étais chargée d'y veiller.
AMÉLIE. Mais si j'allais chez mon petit cousin, et (jue maman vînt à demander : Où est Amélie?
NANETTE. Jc lui dirais que vous êtes toute seule au bout du jardin; ou bien, s'il était un peu tard, je lui dirais que vous êtes allée vous mettre au lit, que vous dormez d'un bon sommeil, et tout de suite je courrais vous chercher.
AMÉLIE. Ah î si je croyais que maman n'en sût rien.
NANETTE. Fiez-vous-cn à moi; elle ne s'en doutera jamais. Voulez-vous m'en croire? Allez passer la soirée chez votre petit cousin; ne vous inquiétez pas du reste.
AMÉLIE. J'aurais envie de l'essayer une Ibis. Mais vous m'assurez au moins ([ue maman....
NANETTE. Allcz, u'ayez pas peur.
Amélie alla effectivement trouver son petit cousin. Sa maman rentra quelque temps après, et demanda où elle était. Nanette répondit qu'elle s'était ennuyée d'être seule, qu'elle avait soupe de bon appétit, et qu'elle était allée se coucher. Amélie trompa plusieurs fois , de cette manière , sa crédule maman. Ah! c'était bien plutôt elle-même qu'elle trompait, en agissant ainsi! Auparavant elle était toujours gaie : elle avait du plaisir à rester auprès de sa mère ; et elle courait avec joie à sa rencontre , lorsqu'elle en avait été séparée un moment. Qu'était devenue sa gaieté? Elle se disait sans cesse : Mon Dieu ! si maman savait où je suis allée ! Elle tremblait, lorsqu'elle entendait sa voix. Si elle lui voyait un peu de tristesse : Je suis perdue! s'écriait-elle; maman a découvert que je lui ai désobéi. Ce n'était pas encore là tout son malheur. L'artificieuse Nanette lui disait souvent combien mademoiselle Sophie avait été généreuse envers elle , combien de fois elle lui avait donné du sucre et du café, avec quelle confiance elle lui abandonnait les clefs de la cave et du buffet! Amélie se piqua de mériter, de la part de Nanette, les mêmes éloges de confiance et de générosité. Elle dérobait à sa maman du sucre et du café pour Nanette, et trouvait le moyen de lui procurer les clefs de la cave et du buffet.
Quelquefois cependant elle entendait les reproches de sa conscience. Je lais mal, se disait-elle, et mes tromperies seront tôt ou lard découvertes. Je
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perdrai rarnitié de luaiiiaii. Elle allait trouver Nanette, et lui protestait qu'elle ne lui donnerait plus rien. Vous en êtes bien la maîtresse, mademoiselle, lui répondait Nanette; mais, prenez-y garde, vous aurez peutêtre sujet de vous en repentir. Laissez revenir votre maman, je lui dirai avec quelle obéissance vous avez suivi ses ordres.
Amélie pleurait, et puis elle faisait tout ce qu'il plaisait à Nanette de lui commander. Auparavant, c'était Nanette (jui obéissait à Amélie; c'était aujourd'hui Amélie qui obéissait à Nanette : elle en essuyait toute espèce de malhonnêtetés, et elle n'avait personne à qui elle put s'en plaindre.
Cette méchante fille vint un jour lui dire : Il faut que vous sachiez que j'ai envie de goûter du pâté qu'on a serré hier dans le bulfet. Outre cela, il me faut une bouteille de vin. C'est à vous d'aller chercher les clefs dans le tiroir de votre maman.
AMELiK. Mais, ma chère Nanette...
NANETTE. Il cst bicu qucstiou de ma chère Nanette! Songez plutôt à ce (pie je vous demande.
AMELIE. Mais maman nous verra ; et si elle ne nous voit pas, Dieu nous voit, et il nous punira.
NANETTE. Et ne vous a-t-il pas vue toutes les fois que vous êtes allée chez votre cousin? Je ne me suis cependant pas aperçue qu'il vous ait punie.
Amélie avait reçu de sa mère de bons principes de religion. Elle était fortement persuadée que Dieu a toujours l'œil ouvert sur nous , qu'il récompense nos bonnes actions, et qu'il ne nous a interdit le mal, (jue parce qu'il nous est préjudiciable. C'était par pure légèreté qu'elle était allée chez son cousin, malgré les défenses de sa maman. Mais il arrive toujours, lorsqu'on s'est laissé aller à une faute, de tomber tout de suite dans une autie. Elle se voyait alors dans la nécessité de faire tout le mal que sa servante lui ordonnait, dans la crainte d'en être trahie. On se figure aisément combien elle avait à souffrir de sa part.
Elle se retira dans sa chambre, pour avoir la lil)erté de pleurer tout a son aise. Mon Dieu, s'écriait-elle en sanglotant, combien on est à plaindre, lorsqu'on t'a désobéi! Malheureuse enfant que je suis! me voilà l'esclave de ma servante ! Je ne peux plus faire ce que tu me demandes, et je suis forcée de faire ce qu'une méchante lille ordonne de moi. 11 faut que je sois une menteuse, une voleuse, une hypocrite. Prends pitié de moi, grand Dieu ! et délivre-moi !
Elle cacha dans ses deux mains son visage inondé de larmes, et elle se mit à rétléchir sur le parti (}u'elle avait à prendre. Eiihn, elle se leva tout d'un coup en s'écriant : Oui, j'y suis résolue. Et quand maman devrait
me chasser un mois d'auprès d'elle; (luand elle devrait Mais non,
t'ile se laissera fiilin alteiidrir, elle m'appellera encore sa chère Amélie, .l'ai «'(iiiliaiirc, l'ii sa Imulr. M, us (■oiiiinc il va mCii ('(iritei! (loimueiil