‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 249 sur 276 · GEORGE ET CÉCILE · texte numérisé non relu

GEORGE ET CÉCILE

'v^' '"" ^ 1 or(;e, petit orphelin, était élevé, dès ses premières années, '^' ,^0'^^^^-' "lans la maison de M. et madame Everard. A leurs soins géy^^^y^ néreux , et à leur vive tendresse , on les aurait pris pour ses ÏU/'^Sl véritables parents. Ces dignes époux n'avaient qu'une fille, nommée Cécile; et les deux enfants, à peu près du même âge, s'aimaient de la plus douce amitié.

Dans une riante matinée de l'automne, George, Cécile, et Lucette, leur jeune voisine, allaient se promenant à petits pas sous les arbres du verger. Les deux petites filles, dont la moins âgée (c'était Cécile) comptait à peine ses huit ans accomplis, se tenant les bras entrelacés avec cet aimable abandon et ces grâces ingénues de l'enfance, essayaient de chanter une jolie romance qui courait tout nouvellement dans le pays. George, en se balançant, répétait l'air sur son tlageolet, et marchait à reculons devant elles. Que de jeux innocents se succédèrent dans cette heureuse matinée ! Cécile et Lucette, au milieu de leurs ébats, jetèrent un regard d'appétit sur les pommiers. On venait d'en fiiire la récolte. Quelques pommes cependant, de loin en loin oubliées, pendaient aux branches; et le vermillon dont elles étaient colorées invitait la main à les cueillir. George s'élance, grimpe lestement au premier arbre, et, perché sur sa cime, il jetait tous les fruits qu'il pouvait atteindre, à ses deux petites amies, qui tendaient leur lablici' pinir b^s recevoir.

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Le sort voulut que deux ou trois des plus belles poujuies tombassent dans celui de Lucette : et comme George était le garçon le plus aimable, et surtout le plus poli du village, Lucette s'enorgueillit de ce partage, comme d'une préférence décidée. Avec des yeux où brillait une joie insultante , elle lit remarquer à Cécile la grosseur et la beauté de ses fruits, et laissa tomber sur les siens un regard dédaigneux. Cécile baissa la vue ; et, prenant un air grave, elle garda le silence pendant tout le reste de la promenade ; ce fut en vain que , par mille amitiés, George essaya de lui rendre son sourire et son cbarmant petit babil.

Lucette les quitta sur le bord de la terrasse; et George, avant de rentrer à la maison, dit à Cécile : Qui te rend donc si fâchée contre moi, Cécile? Tu n'es sûrement pas offensée de ce que j'ai jeté du fruit à Lucette? Tu le sais bien, Cécile, je t'ai donné toujours la préférence. Tout à l'heure même je le voulais encore; mais je ne sais par quelle méprise j'ai lâché les pommes que je te destinais dans le tablier de Lucette. Pouvais-je ensuite les lui retirer? là, voyons. Et puis je pensais que Cécile était trop généreuse pour remarquer cette bagatelle. Ah ! tu verras bientôt que je ne voulais pas te fâcher. Eh ! monsieur George, qui vous dit que je sois fâchée? Quand Lucette aurait eu des pommes six fois plus grosses que les miennes, que me fait cela? Je ne suis point gourmande, monsieur, vous savez bien (jue je ne le suis pas. Je n'y aurais seulement pas fait attention, sans les regards impertinents de cette petite fille. Je ne puis les supportei'; je ne le veux pas ; et si vous ne tombez sur l'heure à mes genoux , je ne vous pardonnerai jamais. Oh ! je ne puis faire cela, répondit George ; cajce serait avouer une faute que je n'ai jamais commise. Je ne suis point un diseur de mensonges ; et, j'ose le dire, c'est bien mal à vous, mademoiselle Cécile, de ne pas m'en croire. Bien mal à moi! bien mal à moi! Vous n'avez pas besoin de me dire des injures, monsieur George, parce que mademoiselle Lucette est dans vos bonnes grâces : et, le saluant d'une inclination de tète ironique, sans le regarder, Cécile entra dans le salon, où le couvert était déjà mis.

Ils continuèrent de se bouder l'un l'autre pendant tout le repas. Cécile ne but pas une seule fois à diner, car il aurait fallu dire : A ta santé, George ! Et George, à son tour, était si pénétré de l'injustice de Cécile, iju'il voulut aussi conserver sa dignité.

Cependant Cécile étudiait, du coin de l'œil, tous ses mouvements; et ayant rencontré une fois ses regards qui se portaient sur elle à la dérobée, elle détourna les siens. George, croyant que c'était par mépris, affecta un air serein , et se mit à manger comme s'il avait eu de l'appétit.

On venait de seivir le IViii! au dcssei'l , loisijuc, pai uialliciir, Cécile, un peu bois (rellt'-m<'iiii', ré|Hin(lil a.ssez légéi'enient à sa mère (jui Tinter-

iSi fJKORGE ET CECILE.

rogeait pour lu secuude lois. M. Éverard lui ordonna de suitii- aussitôt du salon. Cécile obéit eu fondant en larmes, et, se retirant d'un pas incertain et silencieux, elle alla cacher sa douleur au fond d'un berceau. C'est alors que, le cœur gonflé de soupirs, elle se repentit de s'être brouillée avec George ; car dans ces tristes circonstances, il avait coutume de la consoler, en pleurant avec elle.

George, resté à table, ne put se représenter Cécile désolée, sans ressentir, comme elle, ses douleurs.

A peine lui eut-on donné deux pèches, qu'il chercha le moyen de les glisser secrètement dans sa poche pour les lui porter. Mais il craignait toujours qu'on ne s'en aperçût. Il avançait et reculait sa chaise; il avait à tout moment quelque chose à chercher à terre. Le joli petit Liiidor ! s'écriat-il, en faisant semblant de rire, et prenant une pêche, tout prêt à la cacher. Ah! papa! ah! maman! voyez donc comme il joue avec Raton ! Tout à coup feignant de vouloir punir Raton qui allait mordre Lindor, il le poursuivit du côté de la porte du jardin, que Cécile, en sortant, avait laissée entr'ouverte. Raton s'esquiva par cette ouverture , et George s'élança après lui. George! George! où allez-vous courir encore? George s'arrêta tout court. Ma petite maman, dit-il en élevant la voix et posant en dehors l'oreille contre la porte, c'est que je vais faire un tour de jardin ; vous le voulez bien, n'est-ce pas, ma petite maman? Et comme on tardait à lui répondre, il ajouta d'un ton suppliant : 0 ma petite maman ! je serai bien sage, bien sage. En ce cas-là, répondit madame Éverard, je vous le permets. Allez.

Lorsqu'il arriva sous le berceau, l'humeur de Cécile était adoucie. Assise dans une attitude de tristesse et de repentir, elle se trouvait bien malheureuse : elle avait offensé les trois meilleurs amis qu'elle eût au monde, George et ses dignes parents.

Cécile, ma chère Cécile ! s'écria George, je t'en conjure, soyons amis. Je te demanderais pardon de t' avoir offensée ce matin, si réellement j'en avais eu la pensée. Si tu le veux, Cécile, je le veux aussi. Le veux-tu, Cécile? Grâce! grâce! et soyons amis. Tiens, Cécile, voici mes pêches; je n'aurais jamais pu les manger, voyant que tu n'en avais pas.

Ah! mon cher George ! répondit Cécile, en lui serrant la main, et en pleurant sur son épaule, que tu es un aimable garçon ! Certes, ajoute-t-elle en sanglotant, un ami dans le malheur est un véritable ami ! Mais je ne veux pas accepter tes pêches. Je serais bien à plaindre, si tu pouvais soupçonner que je me suis fâchée ce matin à cause des pommes. Tu ne le penses pas, n'est-il pas vrai ? Non, George, c'était le coup d'œil insolent de cette petite orgueilleuse. Mais je nem'enibanasse guère d'elle à présent, je t'assure. Me pai'rloiiiu's-tu, coiitiiiiia-l-elle, en essuyant avec son mouchoir une de ses larmes qui venait de toniber sur la main de deiuge? Je sais bien

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