‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 248 sur 276 · PAR SA SERVANTE · texte numérisé non relu

PAR SA SERVANTE

qu'elle entrait dans une société de ses petites amies, elle les voyait toutes se chuchoter quelque chose à l'oreille , la regarder d'un air de mépris, et avec un sourire insultant. Si elle restait un peu tard dans une société , on disait : Apparemment qu'elle attend ici l'heure de son rendez -vous. Avait-elle un ruban à la mode, ou un ajustement de bon goût, on disait: Lorsqu'on sait se procurer les clefs de sa maman, on est en état d'acheter tout ce qu'on veut. Enfln, au moindre différend qu'elle avait avec une de ses compagnes : Taisez-vous, mademoiselle, lui disait-on, c'est le souvenir de votre cousin Henri qui trouble vos idées.

Ces reproches étaient autant de traits aigus qui déchiraient le cœur d'Amélie. Souvent, lorsqu'elle était trop accablée de sa douleur, elle se jetait dans les bras de sa maman pour y chercher quelque consolation. Sa mère lui répondait ordinairement : Souffre avec patience, ma chère fille, ce que ton imprudence t'a mérité. Prie Dieu d'oublier ta faute, et d'abréger le temps de tes mortifications. Ces épreuves te serviront pour le reste de ta vie, si tu sais en profiter. Dieu a dit aux enfants : Honorez votre père et votre mère, et soyez soumis en tout à leurs volontés. Ce commandement est pour leur bonheur. Pauvres enfants ! vous ne connaissez pas encore le monde. Vous ne prévoyez pas les suites que vos actions peuvent entraîner. Dieu a remis le soin de vous conduire à vos parents, qui vous chérissent comme eux-mêmes, et qui ont plus d'expérience et de réilexion pour écarter de vous tout ce qui vous serait dangereux. Tu n'as voulu rien croire de cela; tu éprouves aujourd'hui avec quelle sagesse Dieu a ordonné aux enfants la soumission envers leurs parents, puisque tu as eu tant à souffrir de ta désobéissance. Ma chère Amélie, que ton malheur serve à ton instruction. Il en est de même de tous les commandements de Dieu. Dieu ne nous prescrit que ce qui nous est avantageux; il ne nous défend que ce qui nous est nuisible. Nous nous préjudicions donc cà nous-mêmes toutes les fois que nous faisons le mal. Tu te trouveras souvent dans des circonstances où il ne te sera pas possible de prévoir combien le vice te nuira, ou combien la vertu te sera utile. Rappelle-toi alors combien tu as souffert par un seul manquement, et règle toutes les actions de ta vie sur ce principe infaillible : Tout ce qu'on fait contre la vertu, on le fait contre son bonheur.

Amélie suivit religieusement les sages conseils de sa mère. Plus elle eut à souffrir encore des suites de son imprudence, plus elle devint réservée et attentive sur elle-même. Elle profita si bien de cette disgrâce, que, par la sagesse de sa conduite, elle ferma la bouche à tous ses calomniateurs, et s'acquit le nom glorieux de l'irréprochable Amélie.

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