‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 264 sur 276 · SCÈNE VII. — MADAME DE GRAMMONT , AUGUSTE , .lUSTINE · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. — MADAME DE GRAMMONT , AUGUSTE , .lUSTINE

■ m"^ de f.RAMMONT, Te voilà , Auguste. D'où vient cet air empressé? Estce que tu me rapportes les jetons?

AUGUSTE. Non, maman, je ne fais que d'apprendre qu'il vous en manque six. Ma sœur vient de nous le dire.

m"^ DE GRAMMONT. Et commenl a-t-on reçu cette nouvelle?

AUGUSTE. Nous avons tous été bien surpris. Les petits Duluc et leur sœur veulent venir se défendre auprès de vous. Ils sont tous très fâchés, maman.

m""" de GRAMMONT. Comment donc? Je les soupçonne moins que personne au monde. Et M. d'Orgeville ?

AUGUSTE. Oh ! il est furieux. Il dit que c'est lui faire une bien mauvaise réception que de le regarder comme un voleur ?

M™^ DE GRAMMONT. J'espère que Julie n'aura pas employé d'expression désobligeante ?

AUGUSTE. Non, maman; au contraire, elle a parlé avec beaucoup de politesse.

m"" DE GRAMMONT. Pourquoi donc M. d'Orgeville s'est-il emporté? Il n'y avait rien de personnel pour lui.

AUGUSTE. Je ne sais; mais sa sœur l'a tiré à part : il n'a pas daigné seulement l'écouter. Il voulait s'en aller tout de suite. Par bonheur, son chapeau est resté ici. Il revient .le chercher, mais il a déclaré qu'il partirait sur l'heure. Il menace d'aller se plaindre à son papa.

m"*" de GRAMMONT. Il ue sortiru poiut ; et je veux moi-même prévenir son père , lorsqu'il viendra le chercher.

AUGUSTE. Tous les autres désirent et demandent à haute voix de venir se justifier auprès de vous.

m""' de GRAMMONT. Ils n'out à 86 justificr de rien. Je ne voulais que savoir s'ils étaient en état de me donner quelques éclaircissements. Ils soni tous assez bien nés pour que je ne leur impute aucune indignité. Mais je connais les fantaisies des enfants. Ils veulent tout voir, toucher à tout : et par inadvertance on peut mettre une chose dans sa poche, sans avoir intention de la voler.

AUGUSTE. Ehl mon' Dieu, oui ! J'avais bien pris l'autre jour, sans le savoir, la bourse de ma sœur.

LE SORTILEGE NATUREL. 457

m""^ de gra>imoxt. Doucement. Je les entends sur rescalier. Justine, laissemoi seule avec eux, et va voir si Robert fait ses préparatifs.

JUSTINE. J'y vais pour vous obéir, madame; mais ce n'est qu'en tremblant .

SCENE VIII. — MADAME DE GRAJLMOXT , AUGUSTE, JULIE, le chevalier D'ORGEVILLE , ÉLISE , GABRIEL , LUCIEN , SOPHIE.

m"^ de grammont. Bonjour, mes petits amis, je suis enchantée de vous voir.

d'orgeville. Mademoiselle Julie vient de nous dire, madame, qu'il manquait six des jetons d'argent avec lesquels nous avons joué ici par malheur. J'en suis très fâché; mais je ne m'attendais pas qu'on pût soupçonner quelqu'un de la compagnie de les avoir pris. Je vous réponds au moins pour moi et pour ma sœur.

jr'' de grammont. Que le Ciel me préserve d'avoir de mauvaises idées sur votre compte ! Ma fille ne vous a certainement pas témoigné que j'eusse la moindre crainte?

ÉLISE. Non, madame; elle nous a demandé seulement si nous les avions emportés par mégarde, ou pour jouer dans le jardin.

m"^ de grammont. Vous auriez pu le faire innocemment. Je ne vois qu'elle seule de coupable en toute cette affaire ; c'est de ne vous avoir pas fait jouer avec les jetons que je lui ai donnés pour son usage.

GABRIEL. Nous n'aui'ions pas plus emporté des autres que de ceux-là.

LUCIEN. 0 mon Dieu! je n'aurais jamais osé remettre le pied dans lu maison, si j'avais pris seulement une épingle chez vous.

SOPHIE, en vidant ses jioches. Tenez, voici mes poches ; je n'en ai pas d'autres à mon fourreau.

m"^ de gr.\mmoxt. Eh! non, mes enfants! je vous ai déjà dit combien j'étais loin d'avoir de ces idées. La perte de six jetons n'est pas considérable. Cependant je ne puis vous cacher qu'elle m'affecte sensiblement. Je voudrais, pour dix fois ce qu'ils valent, qu'ils ne fussent pas égarés.

d'orgeville. Quand ils ne vaudraient qu'une bagatelle, ils ne devraient pas s'être perdus parmi nous. Mais on a des valets; et ces gens-là ne sont pas toujours fidèles. Ce n'est pas la première fois qu'on s'en est plaint au château.

JULIE. Et moi, je vous assure que cela n'est jamais arrivé dans notre maison.

AUGUSTE. Je répondrais, la main sur le feu, de tous nos domestiques.

M°" DE grammont. J'ai mis en eux, depuis longtemps, la plus grande confiance; cependant, monsieur le chevalier, si vous aviez observé ([uelque chose, vous m'obligeriez de m'en avertir.

d'or(;eville. Oh! rien, rien Mais quand nnus sommes allés dans le

jardin, n'ai-je pas vu la femme de chambip entrer ici?

4"i8 L1-: S()RT1LK(;K naturei..

m"" m (;u.\M.M0NT. Justine, monsieur le chevalier? Oh! je suis tranquille sur son compte. Depuis six ans qu'elle est chez moi, tout passe entre ses mains : et si elle avait eu des projets sur ma fortune, elle aurait pu détourner des effets d'une bien plus grande importance.

d'orgeville. Votre vieux domestique n'y est-il pas entré aussi? Il n'a pas une figure très heureuse, ce grison-là. Je ne voudrais pas le rencontrer le soir, sur mon chemin.

m"* de grammont. Fi donc, monsieur! ({ui peut vous avoir donné ces préventions contre Thonnète Robert? C'était l'homme affidé de mon beaupère, et il est plus ancien que moi dans la famille. S'il pouvait devenir infidèle, ni vous ni moi nous n'aurions plus sur la terre personne à qui nous CiDnfier.

d'orgevh.le. Enfin, madame, quelqu'un peut s'être glissé dans Je salon après nous.

M"'' DE GRAMMONT. Oui, ccUi pourrait être; et je vais m'en éclaircir. Amusez-vous à jouer jusqu'à mon retour.

d'orgeville. Non, madame ; après ce qui s'est passé, je ne puis rester ici plus longtemps. Monsieur Auguste, ne sauriez-vous point ce qu'est devenu mon chapeau?

auguste. Robert l'a pris pour le nettoyer. 11 vous le rapportera.

d'orgeville. Il me le faut sur-le-champ.

ÉLISE. Est-ce que tu ne veux pas attendre mon papa? Tu sais cpril doit venir nous chercher dans sa voiture.

m'"** de grammont. Je ne souffrirai point que vous vous en retourniez à pied. Il y a près d'une lieue d'ici au château. Attendez-moi, je vous prie, je ne tarderai guère à revenir.

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