‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 265 sur 276 · SOPHIE · texte numérisé non relu

SOPHIE

d'orgeville. Je suis fort surpris que votre maman ait osé se permettre des soupçons à notre égard. Des personnes comme nous, voler des jetons!

JULIE. Elle n'a jamais eu cette pensée, monsieur. Elle a pu croire que nous les aurions mis, par distraction, dans notre poche; et j'aurais été (•apable, aussi bien qu'un autre, de cette étourderîe. iMais voler! il n'y a pas un mot qui ressemble à cela dans tout ce qu'elle a dit.

d'orgeville. S'il n'y avait eu ici que de petits bourgeois {e?i regardant Gabriel^ Lucien et Sophie), elle aurait pu croire tout ce qu'elle aurait voulu; mais elle devait bien savoir faire une différence.

GABRIEL. C'est de nous apparemment que vous entendez parler, monsieur; votre regard me le dit. Mais il faut que je vous dise à mon tour, qu'ici à la campagne, c'est la manière de penser et de vivre, et non la naissanl•^^ ipii fait la vèi'itablc noblesse.

LE SORTILEGE NATUREL. 4o9

d'ougeville. Voyez donc oonime ces campagnards s'anoblissent, pour un petit coin de terre qu'ils labourent! Vous êtes bien heureux qu'il n'y ait pas d'autres enfants que vous dans notre voisinage, et que nous soyons obligés, monsieur Auguste et moi, de vous recevoir dans notre compagnie pour, nous aider à nous divertir. A la ville, vous n'auriez pas eu cet honneur, je vous en réponds, malgré votre manière de vivre et de penser.

AUGUSTE, Parlez pour vous seul, monsieur d'Orgeville. A la ville comme ici, je me ferai toujours honneur de la société de mes chers amis.

JULIE. Oui, certainement, monsieur le chevalier. Ils nous donnent plus de bons exemples dans un jour que nous n'en recevrions dans un an d'une douzaine de petits gentilshommes comme vous.

ÉLISE. Voilà, mon frère, ce que tu mérites. Pourquoi les attaquer?

d'orceville. Ne vas-tu pas aussi faire la philosophe, toi? Tu penses certainement comme moi dans le fond du cœur, quoique tu n'en dises rien. Est-ce que tu as oublié ce que maman nous répète tous les jours des enfants de bourgeois : Ne vous mêlez jamais avec les petites gens; dans une basse condition, on ne peut avoir que des sentiments bas.

AUGUSTE. Est-ce que vous croiriez mes amis capables de prendre quelque chose dans une maison étrangère?

GABRIEL. Dites, monsieur : nous avez-vous vus seulement approcher de la table ?

SOPHIE. Au lieu que je vous ai vu, moi, tenir des jetons dans votre main, et les regarder même de fort près.

(D'Orgeville s'élance vers elle, et veut la frapper. Auguste et Gabriel se nieitcnt devant lui, et le

retiennent.)

AUGUSTE. Doucement, doucement, c'est à moi que vous aurez affaire.

GABRIEL. Non, mon ami, je saurai bien défendre ma sœur. Qu'il ose seulement la menacer ! Je lui déclare que je ne suis pas plus épouvanté de sa taille que de sa noblesse.

D'ORGEVILLE, Oh ! je ne suis pas fait pour me battre avec de petits bourgeois.

JULIE. Fort bien. Et vous ne vous seriez pas compromis sans doute à battre une petite bourgeoise?

D'ORGEVILLE, Jc uc laisse pas attaquer mon honneur,

ÉLISE. Cette petite fille aurait encore mieux fait de se taire.

JULIE. C'est une enfant; et l'on peut bien lui pardonner, surtout lorsqu'elle dit la vérité.

d'orgevill-e. La vérité ! Qu'entendez-vous donc par là?

GABRIEL. Que vous avcz tenu des jetons dans vos mains, et que vous les avez regardés. Rien de plus, A-t-elle dit autre chose? Et cela n'est-il pas vrai?

n'oRGEViLLE. 4e ne m'abaisse pas à v<his répondre.

460 LE SORTILÈGE XATUUEL.

GABRIEL. Rien de mieux à faire, lorsqu'on a que de mauvaises raisons à répliquer.

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