‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 30 sur 276 · PÉTREL · texte numérisé non relu

PÉTREL

Frédûric se précipite aux pieds de son oncle. Pétrel se jette contre terre à son côte, passe un bras sons les genoux de M. de Valcourt, et l'autre autour de Frédéric, leur baise les mains et les habits, et lait des éclats extravagants de joie. Marianne et Dorothée s'embrassent en pleurant.

FRÉDÉRIC. Ah ! mon oncle ! mon oncle ! me pardonnez-vous?

M. DE VALCOURT, d'une voix étouffée, à force de le presser. Te pardonner ! Ah ! tu mérites que je t'aime mille fois plus qu'auparavant, que je ne me sépare jamais de toi.

FRÉDÉRIC. Oui, mon oncle, jamais, jamais, {f/ se rcloume, se jette sur Pétrel, et se suspend d'un bras à sou cou.) Ah! si vous aviez vu la misère

(J2 UN HOX COKUi;.

de ce pauvie iKniime ul de ses enlaiits ! si vuus aviez été la cause de leur malheur !

PÉTRKL. C'est moi ! pourquoi vous laisser grimper sur mon siège et vous livrer des chevaux IriiigaiitsîMais qui pouvait vous refuser quelque chose? Non, quand la voiture aurait dû me passer sur le corps. Tenez, monsieur Frédéric, ne me demandez plus rien d'injuste. Il faudrait vous l'accorder; mais j'irais de là me jeter dans la rivière.

SI. DK vALCdURT. Que uc m'iustruisais-tu de tout cela, au lieu de vendre la montre, tes livres et peut-être tes habits? C'est toujours une imprudence à un enfant comme toi, qui ne connaît pas le prix des choses.

FRÉDÉHic. Oui, cela est vrai. Mais chaque moment de plus que je laissais souffrir cette famille, il me semblait commettre un assassinat. Et puis, comme vous aviez chassé Pétrel, dans votre colère, je craignais que vous ne me fissiez défense de le secourir, et que, par ma désobéissance à vos ordres exprès, je ne me rendisse plus coupable.

M. DE vALcouRT. Tu m'aurais donc alors désobéi?

FRÉDÉRIC. Oui, mon oncle; mais en cela seulement.

M. DE VALCOURT. Embrassc-moi, bravc Frédéric. . . Cependant j'ai encore sur le cœur un article de la lettre, qui dit que tu as découché une nuit. Où l'as-tu donc passée?

FRÉDÉRIC. C'était le jour que je portais l'argent à Pétrel. Le préfet n'était pas à la pension, et je savais que la porte serait fermée le soir à dix heures. Je croyais être de retour auparavant, j'y aurais été, si je ne me fusse égaré dans les ténèbres.

DOROTHÉE. Mon pauvre frère, où as-tu donc couché?

FRÉDÉRIC. Je trouvai une masure abandonnée , je m'y étendis sur une grande pierre, et jamais je n'ai si bien dormi. J'étais si content d'avoir soulagé Pétrel !

MARIANNE. Ail ! méchaiît Rodolphe ! il s'est bien gardé de nous api)reudre toutes ces choses , il les savait pourtant.

M. DE vALcocRT. Dès cc momeiit jo lui retire ma tendresse, et toi seul

FKÉDÉRic. Non, mon oncle, je ne veux être heureux aux dépens de personne, et encore moins aux dépens de votre fils.

DOROTHÉE lui ieiul la main. 0 mon frère, combien je dois t'aimer !

M. DE VALCOURT. Eh bien ! qu'il reste dans sa pension. Pour toi, tu ne me quitteras plus. Je veux toujours t'avoir auprès de mon cœur. Je te ferais plutôt venir des maîtres de toute espèce, de deux cents lieues. {Frédéric lui baise la main,) "

l'ÉTREL, lui haisani le pan de son habU . Mon digne maître, vous êtes toujours le même !

iM. DE VALCOURT, /il/ J'r(ij)/)(nif siir l'rpauh'. Pétrel, as-tu ^uis des engagements ave(' M. (le Vienne?

PÉTREL. Bon ! je n'avais pas mon ceitilicat.

M. DE VALCOURT. Tu n'en auras plus Lesoin. Je sens que je vous rendrai heureux, Frédéric et toi, en vous remettant ensemble. Mais ne lui laisse plus prendre ta place sur ton siège. On pourvoira aussi à tes enfants.

PÉTREL se met à sangloter et à crier : Mon cher maître!... monsieur!... c'est-il bien vrai? n'est-ce qu'un songe? Frédéric! M. Frédéric! mes pauvres enfants !... Ah ! que j'aille revoir mes chevaux !

COLIN-HAILLARD.

l'EKSONXAGES.

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