‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 33 sur 276 · FREDERIC, JULIE · texte numérisé non relu

FREDERIC, JULIE

FRÉDÉRIC. Eli bien, ma sœur, maman est-elle sortie? Notre petite société est-elle arrivée?

( nLIX-MAILLAi;l). 65

JULIK. iMes amies sont déj;i ici ; niais il n'est encore venn ancun de tes ramarades.

FRÉoÉuic. Oh! je le crois bien. Nous ne sommes pas éventés comme vous autres. Il faut toujours nous arracher de l'étude. Tiens, je parie qu'en ce moment ils travaillent encore, que la tête leur en brûle.

jiLiE. Oui, à forger quelqu'une de leurs bonnes malices. A propos, est-il bien vrai que mon papa nous ait permis déjouer ici dans le salon? Notre chambre là-haut est si petite, si petite, qu'on ne sait où se fourrer,

FRÉDÉRIC. Est-ce qu'il avait quelque chose à refuser, dès que je me mêlais de la négociation? Ah çà ! petite fille, prenez-bien garde à ne pas brouiller les papiers quisont sur la table.

JULIE. Garde cet avis-là pour toi et pour tes petits vauriens. FRÉDÉRIC, avec un ai?- d'importance. C'est pourtant moi ([u'on a chargé de mettre ici de l'arrangement.

JULIE. Vraiment, mon papa s'est adressé à un homme d'ordre. Allons, voyons, que je t'aide un peu. Ensuite je rangerai les chaises et les fauteuils. Je vais d'abord prendre quelques livres.

FRÉDÉRIC. Avise-toi d'y toucher. Tout ce que je puis te permettre, c'est de me les mettre sur les bras. {II joint les mains en dessous devant lui. Julie y pose, un livre, puis un autre, tant qu'il en ait Jusqu'au menton.) JULIE. Mais tu en as trop.

FRÉDÉRIC, reculant la tête, et se penchant en arrière. Encore un. Bon; en voilà assez pour un voyage. [Il fait quelques pas, et laisse tomber toute la charge au milieu de la chambre.)

JULIE, poussant un grand éclat de rire. Ha, ha, ha, ha! voilà tout le bataclan par terre ! Ces beaux livres que mon papa ne voulait pas nous laisser toucher, même du bout du doigt ! Il aura, je crois, bien du plaisir de les voir si joliment accommodés.

FRÉDÉRIC. Tu ne sais pas, toi? c'est que j'ai perdu le centrum de la gravitatis, comme dit mon précepteur. Cest bien savant, au moins? (/"/ se met à ramasser les livres ; et tandis qu'il en prend im, il en laisse retomber un autre.) Diantre ! il faut que ces drôles-là aient appris à faire la cabriole.

JULIE, approchant de lui. Tu ne finirais jamais sans moi. Tiens, arrangeles dans mon tablier.

FRÉDÉRIC Ah! c'est bien dit. {Frédéric se jette à genoux ; et d'une main appuyé contre terre, de l'autre il met les livres dans le tablier de Julie.) JULIE. Doucement donc, pour qu'ils ne se froissent pas. Bon, les voilà tous. Je vais les porter dans le cabinet, elles placer sur la cheminée. {Elle sort.) FRÉDÉRIC, se relevant tout essoufflé. Ouf! je ne vaudrais rien dans le pays où les hommes vont à quatre pattes, comme des singes, {[l s'évente avec son chapeau.)

(if) roLIX-MAILLAHI).

JULIE, P)i rpritrani. Si tu voyais comme c'est rangé! Dépéche-toi «le me donner le reste. {Frédéric assemble les papiers et Je reste des livres, et les donne à Julie, qui dit en les recevant.) Il faut convenir que les lîUes ont bien plus d'ordre que les garçons.

FRÉDÉRic. Oh oui! toi surtout. Ta sœur est occupée du matin au soir à remettre tes chiffons à leur place.

JULIE. Et toi donc ! si ton précepteur n'y veillait sans cesse, tu ne saurais jamais où trouver tes thèmes et tes versions. {Elle regarde autour d'elle.) Mais voilà tout, je pense.

FRÉDÉRIC. Oui, je ne vois plus rien, va. {Julie sort.)

FRÉnÉRic range la table, les fauteuils et les chaises. Bon, nous aurons nos coudées franches à présent. Comme nous allons nous en donner ! Je suis pourtant surpris qu'ils n'arrivent pas. Pour moi j'ai cela de bon, que je ne me fais guère attendre aux rendez-vous de plaisir.

JULIE, en rentrant, regarde de tous côtés. Ah ! voilà qui est bien ! Mais le porte-voix, il faut le cacher. Si tes camarades l'aperçoivent, ils vont se mettre à corner, jusqu'à nous rompre les oreilles.

FRÉDÉRIC. Attends, je vais le mettre derrière la porte. J'en aurai peut-être besoin. Que tes petites demoiselles viennent m'étourdir, nous verrons qui criera le plus fort.

JULIE. Bah ! nous n'aurions qu'à nous réunir, nous viendrions bien à bout d'un petit garçon comme toi.

FRÉDÉRIC. Oui-dà? Si vous avez du babil, mesdemoiselles, nous autres hommes, nous avons une voix mâle qui se fait respecter. {En grossissant sa voix.) M'entends-tu?

i\:uE, Itaussant les épaules. 0 mon Dieu! je te respecte si fort, que je m'en vais. Adieu. Je cours retrouver ma sœur et mes amies.

FRÉDÉRIC Fais-moi le plaisir de dire au portier- de m'envoyer ici ma petite société sitôt qu'elle arrivera.

JULIE, en sortant. Oui, oui. *

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