SCÈNE m. — FRÉPÉRIC
FRÉDÉRIC, maniant le jwrte-roix. Voici qui m'a souvent fait venir malgré moi du fond du jardin. Il me semble toujours l'entendre corner : Frédéric, Frédéric!.... Ces messieurs ne demeurent qu'au bout de la rue, voyons s'ils ont l'oreille fine. {Il se met à la fenêtre, embouclie le porte-voix, et crie:) Courez, volez, troupe joyeuse; le jeu va bientôt commencer. [Tl se retire de la fenêtre, et va vers la porte,) Eh bien ! cela n'est-il pas merveilleux? C'est comme le cor enchanté d'Arlequin. Il me semble déjà entendre ])arler sur l'escalier. {Tl prête l'oreille.) Mais oui, ce sont les petits Ouverney. {Tl cache le porte-voix derrière la porte.) Allons, je vais sauter sur la table, et faire comme si j'étais assis sur mou trône. (// ra chercher
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devant la fenêfre une banqiielie , la pose sur la table, et se dispose à grimper. Les petits Duverney se présentent à la porte.)
SCBWE IV. — FREDERIC, UmŒRXEY l'aiiiL', DUVERNEY le cadet.
FRÉDÉRIC. Ne pouviez-vous pas attendre un moment que je Tusse montr sur mon trône, pour vous recevoii' du haut de ma grandeur?
nuvERXEY Taîné. Bon! tu n'as pas besoin de cela pour avoir un air tout à fait royal. Et puis, si alerte que tu sois, le trône pourrait bien dégringoler avec sa majesté.
FRÉDÉRIC. En effet, j'en ai déjà vu bien des exemples dans mon histoire ancienne.
DUVERNEY l'aîné. C'est à peu près ce qui vient d'arriver à mon frère, quoiqu'il ne soit pas un grand prince. Il s'est mis le nez tout en sang sur notre escalier.
DUVERXEY le cadet, d'u?i ton pleureur , et en bégayant. Hé-é-las! ou-ou-i. Il me fait en-en-core un peu-eu de mal. Ce mo-on-sieur Ro-o-bert est un ga-ar-çon bien mal éle-e-vé.
FRÉDÉRIC. Est-ce qu'il est avec vous ?
DUVERNEY l'aîné. Dieu nous en préserve! Si nous avions su qu'il vint ici. nous n'aurions pas bougé de la maison.
DUVERNEY Ic cadct. Il ne son-on-ge qu'à-à-raal.
FRÉDÉRIC. Qu'est-ce donc qu'il a fait?
Dut'ERNEY l'aîné. J'étais resté pour prendre un mouchoir. Mon frère descendait tout seul. Robert l'a entendu; il s'est caché, puis il a sauté tout à coup sur bii, en poussant un grand cri. Mon frère a eu tant de peur, qu'il est tombé; et, en roulant dans les marches, il s'est massacré tout le nez.
FRÉDÉRIC. Oh! j'en suis bien fâché pour le pauvre petit. M. Robert a toute la mine d'un mauvais sujet. C'est aujourd'hui la première fois qu'il nous honore de sa compagnie. Son père a tant prié mon papa de le mettre de ma société !
DUVERNEY l'aîné. Je te plains. Nous ne vivons plus avec lui.
FRÉDÉRIC. Mon papa vous croyait fort bien ensemble, parce que vous demeurez dans la même maison, et il a pensé que ce serait vous faire plaisir de l'inviter en même temps que vous.
DUVERNEY l'aîné. Ah! du plaisir? Nous en aurions un fort grand de le savoir à cent lieues. Depuis qu'il est notre voisin, il ne nous a causé que de la peine. Il a déjà cassé toutes les vitres à coups de pierre ; et il voulait faire croire que c'était nous.
FRÉDÉRIC. Est-ce qu'on ne s'en plaint pas à son père?
DUVERNEY l'aîné. Oh! c'est un homme singulier. 11 gronde un peu sou fils, paye le dommage, et puis il n'y pense plus.
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KRKDÉiuc. A la place de votre papa, je ne voudrais pas vous voir demeurer saus le même toit que lui.
DuvERXF.Y Taîné. Que veux-tu? Nous étions embarrassés d'un appartement considérable qui se trouvait vide depuis la mort de maman. xAIon papa ne pouvait plus y entrer que les larmes ne lui vinssent aux yeu.x. Il a été bien aise de trouver à le louer.
FRÉDÉRIC. Et il en est peut-être fâché à présent.
nuvF.RXEY l'aîné. Oh! je t'en réponds. 11 nous a bien défendu de nous lier avec Robert. C'est un si mauvais garnement ! Tous les gens du quartier ne passent qu'en tremblant devant la maison. Tantôt il les seringue avec de l'eau sale, ou leur jette sur la tête un panier d'ordures : tantôt il va leur accrocher derrière le dos des queues de lapins ou de grands morceaux de papier, pour les faire huer par la populace. Et puis sa pêche des perruques !
FRÉDÉRIC. Que veux-tu dire?
DUVERNEV l'aîné. Oui, il les prend à l'hameçon comme des carpes. Lorsqu'un honnête ouvrier s'arrête pour causer sous nos fenêtres avec quelqu'un de ses amis qu'il rencontre dans la rue, Robert monte au balcon, et avec un crochet attaché au bout d'une longue perche, il enlève la perruque ; puis il court l'attacher à la queue d'un chien qu'il a tout prêt, et qu'il chasse par une autre porte de la maison ; en sorte que la malheureuse perruque a traîné un quart d'heure dans la crotte, avant que le pauvre homme ait pu la rattraper.
FRÉDÉRIC. Mais voilà qui passe le badinage.
DuvERNEY l'aîné. Ce ne sont encore là que ses moindres méchancetés. Si je te parlais de tous les chiens qu'il estropie, de tous les chats auxquels il a coupé la queue, je ne finirais pas. 11 n'y a pas longtemps qu'un des amis de son père se fracassa l'épaule en tombant sur l'escalier, où Rol)ert avait semé, par malice, des pois secs. Pour les domestiques, je suis sur qu'il n'en resterait pas un seul pendant vingt-quatre heures à la maison, sans les gros gages qu'on est obligé de leur donner.
FRÉDÉRIC Je t'avoue que je ne serais pas fâché de le voir. J'aime les enfants un peu gais.
DUVERNEY l'aîné. A la bonne heure. Il est tout naturel d'aimer ses semblables. Mais sa gaieté est bien différente de la tienne. Tu es un petit brin espiègle, toi. Je suis pourtant bien sûr que tu ne voudrais pas faire de mal exprès à qui que ce fiH; au lieu (pie le méchant ne demande que plaies et bosses.
FRÉDÉRIC. Oh! cela ne m'effraie pas. J'en aurai plus do gloire à le morigéner.
DrvERNEY l'aîné. S'il vient, tu ne trouveras pas mauvais (lue mon frère se retire. 11 lui jouerait ([uchine vilain tour.
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ULVKKNEV le cadet. Ou-ou-i, je m'en i-irai.
FRÉDÉRIC. Non, non; nous sommes d'anciens amis, nous. Je ne veux pas que ce nouveau-venu vienne nous séparer. Je saurai bien lui tenir tète, tu verras. Mais j'entends du bruit. Est-ce Uii? Non, c'est ma sœur avec ses amies.
SCEWE V. — FRÉDÉRIC, DUVERNEY l'aîné, DUVERNEY le cadet, LÉOXOR, JULIE,