‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 49 sur 276 · L'AGNEAU · texte numérisé non relu

L'AGNEAU

A petite Fanchonnette , iille d'un pauvre paysan, était assise un matin au bord d'une grande route, tenant sur ses genoux une écuelle de lait , dans lequel elle trempait , pour son déjeuner, des mouillettes coupées dans un gros morceau de pain noir.

Dans le même temps il passait sur le chemin un voiturier qui portait dans sa charrette une vingtaine d'agneaux vivants, qu'il allait vendre au marché. Ces pauvres animaux , entassés les uns sur les autres , les pieds garrottés et la tète pendante, remplissaient l'air de bêlements plaintifs , qui perçaient le cœur de Fanchonnette, mais auxquels le voiturier ne prêtait qu'une oreille impitoyable. Lorsqu'il fut arrivé devant la petite paysanne, il jeta à ses pieds un agneau qu'il portait en travers sur son épaule. Tiens, mon enfant, dit-il, voilà une maudite bête qui vient de mourir, et de m' appauvrir d'un écu. Prends-la, situ veux, pour en faire une fricassée.

F'anchonnette interrompit son déjeuner, posa son écuelle et son pain à terre, ramassa l'agneau, et se mit à le regarder d'un air de pitié. Mais, dit-elle aussitôt, pourquoi le plaindrais-je? Aujourd'hui ou demain, on t'aurait passé un grand couteau dans le cou, au lieu que tu n'as plus à craindre de souffrir. Taudis qu'elle parlait ainsi, l'agneau, réchauffé parla chaleur de ses bras, ouvrit un peu les yeux, fit un léger mouvement, et poussa un béé languissant, comme s'il criait après sa mère.

11 serait difficile d'exprimer la joie que ressentit la petite fille. Elle enveloppe l'agneau dans son tablier, relève encore par-dessus son cotillon de futaine, baisse son sein sur ses genoux pour le réchauffer davantage, et lui souffle, de toute son haleine, dans les narines et sur le museau. Elle sentit la pauvre bête s'agiter peu à peu; et son propre cœur tressaillait à chacun de ses mouvements. Encouragée par ce premier succès, elle broie quelques miettes entre ses mains, les jette dans l'écuelle, puis les ramassant, du bout des doigts, parvient, avec assez de peine, à le?

LE SERIN

lui luire glisser entre les dents, qu'il tenait étroitement serrées. L'agneau, (jui ne mourait que de besoin, se sentit un peu fortifié par cette nourriture. Il commença à étendre ses jambes, à secouer sa tête, à frétiller de la queue, et à redresser ses oreilles. Bientôt il eut la force de se tenir sur ses pieds. Puis il alla de lui-même boire dans l'écuelle le déjeuner de Fanchonnette, qui le voyait faire en souriant. Enfin, un quart d'heure ne s'était pas écoulé qu'il avait déjà fait mille cabrioles. Fanchonnette, transportée de joie, le prit entre ses bras, courut à sa cabane, et le présenta à sa mère. Bébé, c'est ainsi qu'elle l'appelait, devint, dès ce moment, l'objet de tous ses soins. Elle partageait avec lui le peu de pain qu'on lui donnait pour ses repas; elle ne l'aurait pas troqué, lui tout seul, contre le plus grand troupeau du village. Bébé fut si reconnaissant de son amitié qu'il ne la quittait jamais d'un seul pas. Il venait manger dans sa main, il bondissait autour d'elle; et lorsqu'elle était quelquefois obligée de sortir sans lui, il poussait les bêlements les plus plaintifs. Dieu qui voulait payer Fanchonnette de sa bonté, ne s'en tint pas à cette récompense. Bébé produisit de petits agneaux qui en produisirent d'autres à leur tour; en sorte que peu d'années après Fanchonnette eut un joli troupeau qui nourrit de son lait toute la famille, et lui fournit de sa laine les meilleurs vêtements.

LE SERIN

-V|^ ^rp'^'*'^^ '^i vendre! qui veut acheter des serins, de .■^■^ jolis serins?

Ainsi criait un homme en passant devant la maison de Joséphine. Joséphine l'entendit : elle coulut à la fenêtre , et regarda de tous côtés dans la rue. 'C'était un marchand d'oiseaux, qui en portait une grand cage sur sa tête. Elle était toute pleine de se- ™^ rins. Ils sautillaient si légèrement sur les bâtons, et "S^^ ^^^ ^^ gazouillaient si joliment, que Joséphine, emportée par sa curiosité, faillit à se précipiter par la fenêtre, pour les voir de plus près. Voulez-vous acheter un serin, mademoiselle? cria l'oiseleur. Peut-être bien, lui répondit Joséphine; cela ne dépend pas tout-c\-fait de moi ; attendez un peu, je vais en demander la permission à mon papa. L'oiseleur lui promit d'attendre. 11 y avait une large borne de l'autre côté de la rue : il y déposa sa cage, et se tint debout à côté. Joséphine, dans cet inter-

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