SCÈNE IV. — SMNT-FIR:\UN , SOPHIE, AGATHE, charlotte, CHARLES
CHARLES {sans faire la moindre attention aux demoiselles de Saint- Félix). C'est bien mal à toi, Saint-Firmin, de me faire si longtemps attendre pour faire ici le damoiseau.
SAINT-FIRMIN. Je CFoyais être le dernier de la compagnie à qui tu adresserais tes compliments.
ch.\rles. Oh ! n'en soyez pas fâchées, mesdemoiselles ; je vais être bientôt tout à vous.
AGATHE. Ne vous prcsscz pas au moins, monsieur Charles. {CJiarles mène à T écart Saint-Firmin; et, tandis que les jeunes demoiselles s'entretiennent ensemble, il tire de sa poche le papier de la version, et le donne à Saint-Firmin.)
CHARLES. La voilà, tu m'entends!
SAINT-FIRMIN. Six Ugncs? C'cst bicu la peine! N'as-tu pas de honte?
CHARLES. Chut ! Tais-toi.
SAINT-FIRMIN. Mesdemoiselles, si vous le permettez, je sors pour un demiquart d'heure.
CHARLOTTE. Nous VOUS attendrons avec impatience.
SOPHIE. Puisque tu sors, mon petit cousin, fais-moi le plaisir de dire à Justine de nous servir le thé.
SCÈNE V. —CHARLES, SOPHIE, AGATHE, CHARLOTTE. CHARLES, se jetant dans un fauteuil : Allons, c'est ici que je m'établis. SOPHIE. Je pense qu'il auiait été à propos d'en demander la permissiou. CHARLES. A toi, peut-être?
Ili LE PETIT JOUEIT. DE VIOLON.
HtpHiE. Je ne suis pas seule ici?
CHARLOTTE. Je vois quc ton frère nous compte pour rien.
AGATHE. C'est qu'il s'imagine apparemment nous honorer beaucoup en restant avec nous.
CHARLES. Oh î je sais bien que vous pourriez vous passer de ma compagnie ; mais, moi, je ne me priverais pas si aisément de la vôtre.
SOPHIE. Voilà au moins une apparence de compliment. Il est vrai que tu aurais dû y faire entrer le thé pour quelque chose.
CHARLES. Mais vraiment, ma chère sœur, ne te figure pas que je sois ici pour toi.
SOPHIE. Oh ! pour cela, je pense trop humblement de mon mérite. Tout ce qui pourrait me donner de l'orgueil, c'est d'être la sœur d'un garçon aussi honnête. {Justine apporte le thé, et le met aujirès de Sophie.)
CHARLES. Laisse-moi le verser, je te prie.
SOPHIE. Non, non, c'est mon affaire ; tu es un peu trop gauche. Si tu veux te charger de quelque soin, présente les tasses à ces demoiselles.
AGATHE. Pas tant de sucre pour moi.
SOPHIE. Prends toi-même ce qu'il te faut, mon cœur. {Elle lui présente le sucrier et une tasse. Charles en prend une pour lui, et s'empare du sucrier.) A Charles.lu as déjà trois gros morceaux.
CHARLES. Mais ce n'est pas trop, j'aime à boire un peu doux, {fl prend plusieurs morceaux de sucre l un après l'autre, jusrju'à ce que sa sœur lui retire le sucrier des mains.)
SOPHIE. N'as-tu pas de honte, mon frère? tu vois bien qu'il n'en restera pas pour nous.
CHARLES. Ne sais-tu pas oîi est le buffet?
SOPHIE. Mon frère se reprocherait d'épargner une peine à sa sœur.
CHARLES. C'est que par-là tu me procurerais le plaisir d'être seul auprès de ces demoiselles.
AGATHE. Tu l'entends, Sophie. Dis-nous maintenant que ton frère n'est pas un garçon bien galant.
SOPHIE, après avoir rasseinblè près d'elle toutes les tasses. jx)ur verser une seconde fois du ihè. Charles, présente cette tasse à Agathe.
(Charles prend la tasse, et, en la présenunt k Agathe, il la verse sur sa robe. Elles se lèvent toutes avec précipiiaiioD.)
SOPHIE. Voilà une preuve de sa galanterie. (Bas à Charles.) Je parierais, méchant, que tu l'as fait à dessein.
AGATHE. Ah 1 Dieu 1 que dira maman ? et qu'allons-nous faire?
CHARLOTTE. Ccst la sccondc fois qu'elle met cette robe. Allons, vite un verre d'eau fraîche.
SOPHIE. Non, j'ai ouï dire qu'il était mieux de frotter avec un linge sec. Yoii'i un mouchoir tout blanc. {Elles vont à Aijathe. Charlotte tient la
].E PETIT .TOUEFR DE VIOLON. li;;
rohe. et Sophie froife. Pendant ce teinps, Charles reste à table, et JmU tout à son aise.)
CHARLOTTK. Boii, 1)011, Cela passc : il faut le laisser sécher.
AGATHE. Far bonheur, c'est dans uu pli où Ton ne va pas s'aviser de regarder.
CHARLES, à part. Ce n'est pas ma faute.
SOPHIE. Tiens, vois, Charlotte, je ne crois pas qu'il y paraisse.
CHARLOTTE. Si je u'avais pas vu d'abord la tache...
AGATHE. A la bonne heure. 3Iais, monsieur Charles, une autre fois, je vous prie de vous épargner la peine de me servir.
SOPHIE. Remettons-nous, mes bonnes amies. {Ette veut verser du t/té, et elle troxixe la théière vide. Elle regarde Cliarles avec indiynation.) Non, cela est d'une grossièreté qu'on ne saurait imaginer. Croiriez-vous bien, mesdemoiselles, que dans le temps où nous étions si fort en peine, il a pris tout le thé? Je vais dire qu'on en fasse d'antre : attendez un moment.
CHARLOTTE. Nou, c'cst assez ; je n'en boirai plus une goutte.
AGATHE. Le malheur qui est arrivé à ma robe m'a ôté la soif.
CHARLES. iMais ne vous gênez pas. On peut en faire une seconde fois.
AGATHE. Effectivement, tu aurais dû prévoir que ton frère serait notre convive.
SOPHIE. Ceux qui ne sont pas invités devraient au moins attendre que ce fût leur tour.
CHARLOTTE. N'en parlons plus, je n'y ai pas le moindre regret.
SOPHIE. Eh bien! à présent, qu'allons-nous faire? Ah! voici notre ami Saint-Firmin, il nous aidera à choisir quelque jeu.
CHARLES, d\in ton moqueur. Notre ami Saint-Firmin!.. mesdemoiselles, il faut que je lui parle avant vous. {U va au-devant de Saint-Firmin, tandis que les jeunes demoiselles s'entretiennent ensemble.)