‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 61 sur 276 · SCENE X. — AGATHE, CHARLOTTE, SOPHIE, SAINT-FIRMIN, JONAS · texte numérisé non relu

SCENE X. — AGATHE, CHARLOTTE, SOPHIE, SAINT-FIRMIN, JONAS

SAINT-FIRMIN. Voici eucorc notre petit violon. Que nous veux-tu, mon ami?

jONAS, enpJeurant. Ah! Bien! Dieu! secourez-moi; je suis perdu. {Les enfants s'assemblent autour de lui.)

SOPHIE. Que t'est-il donc arrivé?

JONAS. Toute ma pauvre richesse... avec laquelle je me nourrissais moi et mon père... Voyez, voyez... mon petit violon.... il est tout en pièces ; et votre mouchoir, votre argent... tout est perdu... il m'a tout pris...

SAiNT-FiRMiN. Et qui t'a brisé ton violon? qui t'a pris ton argent?

JONAS. Celui... celui qui m'avait déjà pris mon gâteau.

SOPHIE. Mon frère? Est- il possible?

SAINT-FIRMIN. ChailCS?

CHARLOTTE. C'cst iucroyable.

AGATHE. 0 le scélérat!

JONAS. Oui, c'est lui, c'est lui. Je passais le seuil de la porte : voilà ((u'il s'approche de moi, et qu'il me demande si j'avais été payé de ma musique, sans quoi il allait me payer. Oh! oui, je l'ai été, lui ai-je répondu, sûrement; je n'ai été que trop bien payé. Où prennent-ils donc cet argent? a-t-il dit. Voyons un peu ce (ju'on t'a donné. VA nuii, imbécile

LK PETIT .lOlElT; DE VKiLoX,

que je suis ! j'aurais dû penser au gâteau ; mais je n'y pensais plus. J'étais si joyeux d'apporter tant d'argent à mon père! Je n'en avais pas fait le compte; j'étais l)ien aise de le savoir. Je pose mon violon à terre, à côté de moi. Je tire ensuite le mouchoir. Voilà qui est encore par dessus le marché, lui ai-je dit; c'est une des petites demoiselles (jui nie l'a donné. J'avais mis dedans tout mon argent. Quand j'ai voulu le dénoiiei-, il a

sauté dessus. J'ai deviné sa malice. Il tire à lui; je retire à moi. Tout à coup il s'aperçoit que mon violon est par terre ; il y met ses deux pieds en trépignant. Les bras me sont tombés. J'ai lâché le mouchoir ; il l'a pris, et s'est enfui. Mon violon et l'archet sont tout brisés, et je n'ai plus ni le mouchoir, ni l'argent. 0 mon père! mon pauvre père, qu'allons -nous devenir?

SOPHIE. Mais etfectivement, je ne le sais pas... Je n'ai plus rien du tout. 0 mon cher cousin !

CHARLOTTE, à Joucis. Voici quclqucs petites pièces ; c'est tout ce que j'ai sur moi.

JONAS. Ma belle demoiselle, je vous remercie; mais pour cela je ne puis pas avoir un violon. 0 mon pauvre père! H y a plus de quinze ans (lu'il l'avait.

AGATHE. Prends encore ceci; c'est le fond de ma bourse.

SOPHIE court, à sa commode. Voilà mon dé, il est d'or : cours le vendre, mon pauvre ami ; j'en ai un d'ivoire qui me servira à la place.

SAiNT-FiRMiN. Non, gards ton dé, ma petite cousine. Attends, mon ami, je puis te tirer d'embarras. (77 se baisse, oie ses boucles et les lui donm\) J'en ai une autre paire de similor. Tu auras sûrement douze francs de celles-ci. Elles sont bien à moi; c'est mon parrain qui me les a données pour le jour de ma fête. {Sophie lui jjrésente son dé , et Saint- Firmin ses boucles : Jonas hésite à les prendre.)

JONAS. Non, je ne veux rien prendre df cela; mon père croirait que je l'ai (léruhé.

Page 1