SCÈNE XV. — M. DE MELFORT, CHARLES
CHARLES. Que me voulez-vous, mon papa?
M. DE MELFORT. D'où vieus-tu? u'étais-tu pas dans ta chambre ?
CHARLES. Notre précepteur est sorti; Saint-Firmin était descendu. Après avoir travaillé tout l'après-midi, je me suis ennuyé d'être seul.
M. DE MELFORT. Quc n'cs-tu allé joiudrc, comme Saint-Firmin, la petite société que j'ai trouvée chez ta sœur ?
CHARLES. C'est ce que j'ai fait aussi; mais ces demoiselles se sont si mal comportées envers moi...
M. DE MELFORT. Comuicut douc? tu m'étounes.
CHARLES. D'abord elles ont pris du thé, mais sans vouloir m'en donner une goutte : elles m'ont fait au contraire toutes sortes de malices. Saint- Firmin a ramassé dans la rue un petit mendiant pour leur jouer du violon. Il lui a donné du gâteau qu'on leur avait servi, à moi, pas un morceau. On a dansé; aucune de ces demoiselles n'a voulu danser avec moi, quoiqu'elles fussent trois, et qu'il n'y eût d'autre cavalier que Saint-Firmin. Qu'aurais-je fait ici? je suis descendu sur la porte, pour voir passer le monde.
M. DR MELFORT. Sur la porte seulement? Que s'est-il donc passé au coin de la rue entre le petit musicien et toi ? Certaines gens m'ont dit que tu l'avais battu, que tu avais brisé son violon, et qu'il s'en était allé en pleurant.
CHARLES, (^ela est vrai, mon papa; et si je n'avais pas eu h^ cœur aussi bon, j'aurais appelé la L;ar(le pour le fairt^ nictti't' au cachot. Kcoutez-nioi
126 LE PETIT JOUEUR DE VKjUjX.
un peu. Lorsque je l'ai vu sortir d'ici, je me suis dit : Il faut que tu donnes aussi quelque chose à ce petit malheureux pour sa peine; car je sais que Saint-Firmin n'a rien à lui, et qu'un mendiant n'est pas bien payé avec un morceau de gâteau. J'ai pris dans ma bourse quelque monnaie que je lui ai donnée; et il a tiré un mouchoir pour l'y mettre. Je m'aperçois que c'est un mouchoir de ma sœur; voyez la marque. Je l'ai prié de me le rendre de bonne grâce : il ne l'a pas voulu. Je l'ai pris au collet; nous avons lutté ensemble, et par hasard j'ai mis le pied sur son violon.
M. DE MELFORT, avec coVere . Cessez, lâche menteur, je ne peux plus vous écouter.
CHARLES s'apjwoche de lui , et vevt hti jn-endre la main. Mais, mon cher papa, pourquoi ètes-vous fâché?
M. DE >iELFORT. Fuis, méchaut, 'ôte-toi de mes yeux, tu me fais horreur. {Il fait sortir les enfants du cabinet. )