‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 81 sur 276 · SCENE IV. — MARCELLIX, IIEXlîlETTE , EMILIE, essuyant se.^ larmes · texte numérisé non relu

SCENE IV. — MARCELLIX, IIEXlîlETTE , EMILIE, essuyant se.^ larmes

MARCELLiN. Ha! ha! c'est donc toi, petite fille, que le garde-chasse vient de surprendre à voler les épis de nos gerbes? ( Les sanglots empêchent Plmiht' de répondre.)

'140 LA PETITE GLANEUSE

HENRIETTE la regarde avec attention, et tire à part son frère. Elle a l'air d'une bonne petite fille, Marcellin. Elle pleure, ne Tafllige pas davantage par tes reproches. Le peu d'épis qu'elle a ramassé ne vaut pas la peine... {Elle va à elle.) Ma pauvre enfant, qu'as-tu donc à pleurer?

EMILIE. C'est de voir que l'on m'accuse sans sujet, et que vous me croyez peut-être coupable.

MARCELLIN. ïu lie l'cs donc pas?

EMILIE. Non, vous pouvez m'en croire. J'étais allée glaner dans ce champ, là-bas. Un vieux moissonneur a eu pitié de ma peine, et m'a rempli ma corbeille d'épis, .le viens ici en ramasser (juelques autres que je vois éparpillés çà et là. Votre méchant garde-chasse me trouve auprès de cette gerbe, et m'accuse de voler. Il me prend ma corbeille; et il m'aurait mise en prison si, par mes prières et par mes larmes pour ma mère, je n'avais tant fait qu'il m'a laissée allei\

HENRIETTE. Ah! j'aurais bien voulu voir qu'il t'arrêtât! Nous avons un bon papa qui ne souffre pas qu'on fasse du mal aux pauvres, et ([ui t'aurait fait bien vite relâcher.

MARCELLIN. Oui, ct qui te fera bientôt rendre ta corbeille, je t'en réponds.

EMILIE, avec joie. Oh ! le croyez-vous, mon cher petit monsieur?

HENRIETTE. Marccllin et moi nous allons tant le prier... Sois tranquille. H n'est jamais si content de nous que lorsque nous lui parlons en faveur des pauvres gens. Et nous pourrions même te faire rendre ta corbeille sans lui en parler.

EMILIE. Ah! que vous êtes heureuse, ma jolie petite demoiselle, de n'avoir besoin du secours de personne, et de pouvoir même secourir les autres.!

MARCELLIN. Tu cs douc bicu pauvre, ma chère enfant?

EMILIE. Il faut bien l'être pour venir ramasser ici son pain avec tant de douleur.

HENRIETTE. Quoi ! c'est pour du pain que tu viens chercher des épis? Je croyais, moi, que c'était pour faire cuire les grains sur une pelle bien rouge, et les manger ensuite, comme nous le faisons quelquefois, mon frère et moi, quand personne ne nous regarde.

EMILIE. Eh! mon Dieu, non! Ma mère et moi nous voulions battre ces épis, et en donner les grains au meunier, pour avoir de la farine et en faire du pain.

HENRIETTE. Mais, ma pauvre enfant, tu n'en auras pas grand'chose, et cela ne vous durera pas longtemps.

EMILIE. Et (juand nous n'en aurions que pour un jour ou deux! c'est encore un ou deux jours de ])lus \\\w ma mère et moi nous aurions à vivre.

MAUc.i-i.Li.N. Kli bien! poiiv que lu aies encore un antre jour d'assuré, je

LA PETITE GLANEUSE. lil

vais te donner une. pièce de douze sous, que j'ai gardée la dernière , parce qu'elle est toute neuve.

EMILIE. Ah! mon cher petit monsieur, tant d'argent! Non, non, je n'ose le prendre.

HENRIETTE, en sourkint. Tant d'argent! Prends, prends toujours. Si j'avais ma hourse sur moi, je t'en donnerais bien davantage. 3iais je te le garde, et tu n'y perdras rien.

MARCELLiN, lui présentant encore Iaj)ièce. Reçois-la comme une médaille. {Emilie rougit, reçoit la pièce, et lui serre la main sans Ini répondre .)

MARCELLIN. Cc u'cst pas asscz. Je vais courir à toutes jambes après notre garde-chasse; et il faudra bien qu'il me rende la corbeille, ou autrement...

EMILIE. Ah ! ne vous donnez pas cette peine. Vous me promettez de me secourir, c'est assez pour moi.

HENRIETTE. Dis-moi , OÙ lOgCS-tU?

EMILIE. Ici, dans le village.

MARCELLIN. Nous uc t'avious pas encore vue; et cependant nous venons ici tous les ans avec notre papa , au temps de la moisson.

EMILIE. Nous n'y sommes que depuis huit jours. C'est chez une bonne vieille qui s'appelle .Marguerite, et qui a montré bien de l'amitié à ma mère, oh! une bien grande amitié.

HENRIETTE, Quoi ! la vieille Marguerite?

MARCELLIN. Nous la counaissons. C'est la veuve d'un pauvre tisserand qui n'avait pas d'ouvrage. Mon papa la fait venir quelquefois pour ratisser le jardin.

HENRIETTE. Vcux-tu mc couduirc chez ta mère?

EMILIE. Ce serait pour elle trop d'honneur. Une noble demoiselle comme vous...

HENRIETTE. Va, va, notre papa ne veut point que nous nous croyions plus nobles que les autres; et si tu n'as pas d'autres raisons...

EMILIE. Non, au contraire, vous pourrez m'aider à la consoler de la perte de ma corbeille et de mes épis. Et puis ce méchant homme qui nous a encore menacées...

MARCELLIN. Nc ci'aius ricu de ses menaces. Tandis que ma sœur ira avec toi chez ta mère, je vais courir après lui; et sûrement.... Reviendrastu ici?

EMILIE. Si vous me l'ordonnez , mon cher petit monsieur.

MARCELLIN. Ta corbeille y sera avant que tu sois de retour.

EMILIE. Peut-être que je vous amènerai ma mère pour vous faire ses remerciements,

HENRIETTE, Allons , allous, courous la trouver. {Elle prend Emilie par la main et sort avec elle.)

Ili l.A PETITE GLAXEISE.

SCEKE V. — MARCELLIX.

>iaiu;i:llin seul. Que nous sommes heureux, ma S(uur et moi, de nètru pas uhlii-és, comme cette pauvre enfant, d'aller ramasser de tous côtés des épis pour vivre ! En vérité, cette petite parle comme si elle était née (jnelque chose : elle n'a point l'air malpropre et déguenillé des lilles de nos paysans. Oh! j'obtiendrai sûrement de mon papa... Mais le voici qui vient avec Hubert. Bon, la corbeille est aussi de la compagnie.

Page 1