LE NID DE FAUVETTE
AMAN, maman, s'écriait un soir Symphorien, en se précipitant tout essoufflé sur les genoux de sa mère! voyez, voyez ce que je tiens dans mon cliapeau.
m"'*' de liLEviLLF.. Ha! ha! c'est une fauvette. Où l'as-tu donc trouvée?
SYMPHORIEN. J'ai découveil ce matin un nid dans la haie du jardin. J'ai attendu la nuit. Je me suis glissé tout doucement près du buisson, et avant que l'oiseau s'en doutât, paff! je l'ai saisi par les ailes. m""" de uleville. Est-ce qu'il était seul dans son nid? SYMPHORIEN. Scs cufauts y étaient aussi, maman. Ah! ils sont si petits qu'ils n'ont pas encore de plumes. Je ne crains pas qu'ils m'échappent. M°"" DE BLEviLLE. Et quc veux-tu faire de cet oiseau? SYMPHORIEN, Jc veux le mettre dans une cage que j'accrocherai dans notre chambre.
m"'" de bleville. Et les pauvres petits?
SYMPHORIEN. Oh! je veux aussi les prendre, et je les nourrirai. Je cours de ce pas les chercher.
M'"" DE BLEVILLE. Jc suis fàchéc quc tu n'en aies pas le temps. SYMPHORIEN. Oh ! cc u'cst pas loin. Tenez, vous savez bien le grand cerisier? C'est tout vis-à-vis. J'ai bien remarqué la place.
DE BLEVILLE. Ce u'ost pas ccla. C'est (|ue l'on va venir te picndri'.
Lf's stildals sont peut-èlie à la |Mirte
HH) I.E Xll) \)K FAUVETTE.
sYMi>HORiEN. Dcs solcluts? PouF 11)6 prendre?
M""' UK rîLEviLLE. Oui, toi-iiièiiie. Le roi vient de luire iirrèter ton père; et la garde qui Ta emmené a dit qu'elle allait revenir ponr se saisir de toi et de ta sœur, et vous conduire en prison.
SYMPHORiEN. Hélas , mon Dieu! que veut-on faire de ikius?
m""' de BLEviLLE. Vous serez renfermés dans inie i)etite loge, et vous n'aurez plus la liberté d'en sortir.
SYMPHORIEN. 0 le méchant roi!
M"" DE BLEVILLE. 11 uc VOUS fera pas de mal. On vous st^ira tous les jours à manger et à boire. Vous serez seulement privés de votre liberté et du plaisir de me voir. [Symphorien se met à pleurer.)
m"" de BLEVILLE. Eh bien! mon fils, qu'as-tu donc? Est-ce un malheur si terrible d'être renfermé, quand on a toutes les nécessités de la vie? {Les sanglots empêchent Symphorien de répondre.)
yT" DE BLEVILLE. Le l'oi en agit envers ton père, ta sœur et toi, comme tu en agis envers l'oiseau et ses petits. Ainsi tu ne peux l'appeler méchant sans prononcer la même chose de toi-même.
SYMPHORiE.N' , en pleurant. Oh! je vais lâcher la fauvette. {Rouvre son chajjeau, et l'oiseau joyeux se sauve par la fenêtre.)
m""" DE BLEVILLE , prenant Symphorien dans ses bras. Kassure-toi, mon fils, je viens de te faire un petit conte pour t'éprouver. Ton père n'est pas en prison ; et ni toi, ni ta sœur, vous ne serez renfermés. Je n'ai voulu que te faire sentir combien tu^agissais méchamment en voulant emprisonner cette pauvre petite bête. Autant que tu as été affligé lorsque je t'ai dit qu'on allait te prendre, autant l'a été cet oiseau, lorsque tu lui as ravi sa liberté. Penses-tu comme le mari aura soupiré après sa femme, et les enfants après leur mère; combien celle-ci doit gémir d'en être séparée? Cela ne t'est sûrement pas venu dans l'esprit, autrement tu n'aurais pas pris l'oiseau : n'est-il pas vrai, mon cher Symphorien?
SYMPHORIEN. Oui , iiiamau , je n'avais pensé à rien de tout cela.
M""' DE BLEVILLE. Eh bicu ! peusc-s-y dorénavant, et n'oublie pas que les bêtes innocentes ont été créées pour jouir de la liberté, et qu'il serait cruel de remplir d'amertumes une vie (pii leur a été donnée si courte. Tu devrais apprendre par cœur, pour mieux t'en souvenir, une petite pièce de vers de ton ami.
SYMPHORIEN. De l'Ami des Enfants. Oh! récitez-la-nioi, je vous en prie.
M"" DE Bi KviLLE. TJens, la voici :
'le le tiens ce nid de l'auvette.
Ils sont deux, trois, quatre petit* ; Depuis si longtemps je vous guette, Pauvres oisciius, vous voilà pris,
Crie/., silHe/., petits rebelles, Oébuttez-vous ; oli ! c'est en \iiiii.