‹ L'ami des enfantsChapitre 12 sur 116 · MARIANNE, DOROTHÉE, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

MARIANNE, DOROTHÉE, FRÉDÉRIC

MARIANNE, rombiassant. — Ail ! iiion clier cousin !

DOKMTHÈE. — Il mérite bien ces caresses pour les chagrins qu'il nous cause.

MARIANNE, lui tcndaiU la main. Je le Vois, tOUt est Oublié.

FRÉDÉRIC. — Ma chère cousine, je te trouve donc toujours la même? Tu n'as jamais été aussi sévère pour moi que ma sœur.

DOROTHÉE. — Si je l'étais autant que notre oncle, va...

FRÉDÉRIC — Avant toutes choses, que dit-il? Est-il donc vrai qu'il soit si fort en colère contre moi?

DOROTHÉE. — S'il savait que nous te cachons ici, nous n'aurions rien de mieux à faire que de vider la maison et de courir les champs.

MARIANNE. — Oh ! oui, garde-toi bien de te présenter sitôt à ses yeux : il serait homme à te fouler peut-être sous ses pieds dans sa première fureur.

FRÉDÉRIC. — Que peut donc lui avoir écrit le préfet?

DOROTHÉE. — Un beau panégyrique sur tes fredaines.

MARiANxN'E. — Mou frôrc en avait déjà touché quelque chose par la poste d'hier.

FRÉDÉRIC. — Quoi ! Rodolphe a écrit? Je n'ai donc plus besoin de justification. Il sait aussi bien que moi comment les choses se sont passées. Je lui ai tout confié.

MARIANNE. — Il n'y aurait qu'à te juger sur sa lettre !

FRÉDÉRIC — Je veux être un coquin, si je ne suis pas innocent.

DOROTHÉE. — Ce n'est rien dire. Il faut bien être l'un ou l'autre.

FRÉDÉRIC. — Et vous avcz pu me croire coupable? Quel est donc mon crime ? d'avoir vendu ma montre?

DOROTHÉE. — N'est-ce rien que cela? et qui sait encore si tes chemises, tes habits...

FRÉDÉRIC — Il est vrai. J'aurais tout vendu si j'avais eu besoin de plus d'argent.

UN BON CŒUR FAIT PARDONNER RIEN DES ÉÏOURDERIES

DOROTHÉE. — Voilà une belle manière de te défendre! Et passer les nuits hors de ta pension?

FRÉDÉRIC. — Une nuit, ma sœur.

DOROTHÉE. • — Et te révolter contre un juste châtiment?

FRÉDÉRIC. — Dis contre un outrage que je n'avais pas mérité. Quand je m'y serais soumis, j'aurais toujours conservé dans l'esprit de mon oncle la tache d'une faute. Et, si l'on m'avait chassé, je n'aurais jamais reparu devant vous.

MARIANNE. — Mais, mon ami, que peux-tu dire pour ta défense? Il faut bien que nous soyons instruites pour te blanchir aux yeux de mon papa.

FRÉDÉRIC. — Le voici. Il y a quelques jours qu'on nous parla d'une foire dans le prochain village. Le préfet nous donna la permission d'y aller pour nous divertir et pour voiries curiosités qu'on y montre.

DOROTHÉE. — Ah ! c'est donc en oranges et en pralines que tu as mangé ta montre et ton Exercice du Chrétien ou bien à voiries singes elles marmottes?

FRÉDÉRIC — Il faut que ma sœur ait bien du goût pour toutes ces choses, pour croire qu'on puisse y dépenser son argent. Non, ce n'est pas cela. J'avais soif, et j'entrai dans une auberge, où l'on vendait de la bière.

DOROTHÉE. — Mais c'est encore pis!

FRÉDÉRIC — En vérité, ma sœur, tu es bien cruelle. Laisse-moi donc achever. Tandis que j'étais assis...

MARIANNE, prêtant roreille vers la porte. NoUS SOmmeS

perdus! Mon papa! Je l'entends!

DOROTHÉE. — Sauve-toi! sauve-toi!

FRÉDÉRIC — Non, je veux attendre mon oncle pour me jeter à ses pieds.

MARIANNE. — Eh uou, mou ami! il n'est pas en état de t'cntendre. Par pitié pour moi...

14 UN BON COEUK FAIT PARDONNER BIEN DES ÉTOURDERIES

FRÉDÉRIC. — Tu le veux?

MARIANNE. — Oul, ou'i, laisse-moi gouverner tes affaires. (EUo ic pousse par

les épaules vers la porte de l'escalier dérobé, la ferme surlui et revient.)

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