‹ L'ami des enfantsChapitre 23 sur 116 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FRÉDÉRIC, DUVERNEY l'aîné, DUVERNEY le cadet, LÉDNUR, JULIE, DOROTHÉE, ADÉLAÏDE, LOUISE, ROBERT

ROBERT, à Frédéric, Léonor et Julie, en leur faisant un salut respectueux. MoUSlCUr

votre père a bien voulu me permettre de vous rendre ma visite.

LÉONOR. — Il nous a fait espérer beaucoup d'avantage de l'honneur de votre connaissance, particulièrement pour mon frère.

JULIE. — Oh ! il a besoin de bons exemples, je vous en avertis.

FRÉDÉRIC. — Eh quoi ! mes sœurs, voudriez-vous laisser croire que les vôtres ne me suffisent pas ?

LÉONOR. — Je crois, Monsieur, devoir, avant tout, vous faire connaître notre petite société. Voici mademoiselle Dorothée de Louvreuil.

ROBERT, dun son de voix moqueur. — Vraiment, j'en suis ravi.

LÉONOR. — Voilà mesdemoiselles de...

ROBERT. — Oh ! j'ai bien l'honneur de les connaître. Celle-ci (monuani Adélaïde), c'est madame de Pimbêche, qui chicane les gens à tort et à travers.

Celle-là (en montrant Louise et boitant tout autour de la cliambre), lîi lian, hi liail, lli lian,

c'est la petite jument boiteuse qui s'est cassé la jambe en voulant courir pour esquiver les coups de fouet. Pour monsieur (en montrant Duvemcyiainé), c'est un grave professeur de sagesse, qui regarde tous les humains en pitié. Et ce

petit grivois, le meilleur de mes amis (en montrant Ouvemeyle cadet et on taisant tomber son

chapeau à terre), c'est le chevalicr de la B-r-r-r-e-douille, à qui sa maman a oublié de délier la langue lorsqu'il est venu au monde. (Toutes les jeunes demoiselles se l'Ogardent avec la plus profonde surprise.)

FRÉDÉRIC. — Et moi, monsieur Robert, qui suis-je donc ? car je m'aperçois que vous êtes fort habile pour les portraits.

ROBERT. — Il faut que je vous connaisse un peu mieux pour vous peindre. Mais vous n'y perdrez rien.

LÉONOR. — Pour vous, Monsieur, vous vous faites connaître au premier coup d'œil, et je dois avouer que vous n'y gagnez pas grand'chose. Je n'aurais jamais imaginé que des personnes polies et bien élevées se reprochassent les défauts de la nature. Si mes petits amis ne l'étaient pas aussi sincèrement, ils auraient des reproches à me faire de les avoir exposés à votre méchanceté. Mais ils voient bien que je ne devais pas m'y attendre.

ROBERT. — Monsieur Frédéric, savez-vous bien que vous avez là une sœur fort éloquente? C'est apparemment le frère prêcheur de la maison.

FRÉDÉRIC. — Elle s'entend assez bien à dire aux gens leurs vérités. C'est pour cela que nous l'aimons de tout notre cœur.

ROBERT. — Mais je n'y réussis pas mal, comme vous voyez. Aussi vous allez m'aimer à la folie. (Fléchissant un genou devant Léonor.) Je VOUS demande pardon, Mademoiselle, de m'ètre mêlé de votre emploi. Vous vous en tirez si bien !

LÉONOR. — Vos excuses et votre génuflexion sont une ironie insolente que je méprise. Mais, fussent-elles sincères, à peine suffiraient-elles pour réparer toutes vos malhonnêtetés : et si je n'avais pris tout cela pour un badinage, fort grossier à la vérité, je sais bien ce que j'aurais déjà fait. Je vous prie très instamment, Monsieur, de ne plus vous permettre des plaisanteries de ce genre, afin que nous puissions rester ensemble et nous amuser pendant la soirée.

ROBERT, un peu confondu,

Mais vous n'entendez pas raillerie, à ce que je vois?

Allons, soyons bons amis.

(Il lui tend la main.)

LÉONOR lui (lonncia sienne. — Très volonticrs, mousicur Robcrt, mais à condition...

ROBERT, lui tournant le dos et allant vers le petit Duverney. Tu CS aUSSi UU boU

petit garçon, mon voisin: allons, tope là. (Le petit Duverney hésite a lui donner la main. Robert la saisit etlui secoue le bras avec tant de violence, que l'enfant se met ù, crier.)

DUVERNEY l'aINÉ, courant au secours do son frère. Mousicur Robert !

FRÉDÉRiciarréte etse metentrecux. — • Je VOUS prie, Mousieur, de lalsscr Cet enfant tranquille; autrement...

ROBERT. — • Eb bien, que feriez-vous, petit marmouset?

FRÉDÉRIC, d'un ton lier. — Je suis petit ; luais j'aurai toujours assez de force quand il faudra défendre mes amis.

ROBERT. — En ce cas-là, je veux en être. J'aurais cependant envie de

faire auparavant un petit assaut, (ll saute tout à coup sur lui, le proml par la (lupuo ci lui doiini> un cioc-cn-jariitic pouv le l'airj toinbei'. Frédéric se tient ferme et le repousse. Robert eliancelle et tombe. Kréiléric lui met un genou sur la poitrine et lui saisit les mains. On veut les séparer.)

FRÉDÉRIC, avec sans froid. — Un moment, s'il VOUS plaît, Mesdemoiselles. Je ne lui ferai pas de mal. Kh bien, monsieur Robert, comment vous trouvezvous de votre entreprise?

liOBERT, en se débattant. — Avc ! Aye ! Otez-vous donc, VOUS m'étoufîez.

FRÉDÉRIC. — Je ne me relèverai point que vous n'ayez demandé pardon à toute la compagnie.

ROBERT, furieux. Pardon ?

FRÉDÉRIC. — Sûrement, puisque vous nous avez tous offensés.

liDBERT. — Eb bien, oui, grâce! grâce!

FRÉDÉRIC. — S'il vous échappe encore une méchanceté, nous vous renfermerons jusqu'à demain dans la cave pour y faire vos réflexions. Cela vaut beaucoup mieux que de vous tuer ; vous n'en valez pas la peine. Allons,

relevez-vous. (Frédéric se lève, lui tend la main pour le ramasser, et quand il est debout:) Ne

m'en veuillez pas de mal, Monsieur, ce n'est pas moi qui ai commencé le

combat. (Robert parait bonleux; il garde un moment le silence.)

DOROTHÉE, bas à Julie. — Je n'aurais pas cru ton frère si brave.

ji'LiE. — Ob ! il est hardi comme un lion, sans être pourtant querelleur. C'est le meilleur enfant de la terre. Mais qu'altendons-nous depuis si longtemps? Nous devrions bien nous asseoir et chercher à nous amuser par quelque jeu.

FRÉDÉRIC. — Vraiment, oui, nous ne sommes ici que pour cela. Voyons, à quoi jouerons-nous? A quelque jeu un peu drôle, n'est-ce pas, Duverney?

DiivERNEY l'aîné. — Il faut lalssor le choix à ces demoiselles. (Robert se

nioiiue de lui par une grimace. Les autres ne font pas semblant de s'en apercevoir.)

LÉONOR. — Frédéric, voilà une leçon de politesse que tu devrais retenir de ton ami. Nous pourrions jouer au loto ou choisir un jeu aux cartes qui nous amuse tous à la l'ois.

LOUISE. — Moi, j'aimerais mieux me divertir avec le petit Duverney. Si tu avais un livre d'images, nous nous amuserions à le feuilleter. N'est-il pas vrai, mon ami?

COLlN-MAILLAUn 37

DrVElîNEV LE CADET. Oll ! OU-OlI-i.

LÉoNdi!. — T)e lonlmon cœur, mesenfanls; je vais vous installer là-haut dans notre chambre. Vous n'y manquerez point d'images ni de joujoux.

(Loui>o et le peliL Ituvci-ncy se prennent par la main et sautent de joie.) \ OllleZ-VOUS monter aveC

moi, mes chères amies? . J'ai un bonnet charmant à vous montrer.

TOUTES, ensemble. — Oul, mou cœur, allous, allons.

DuvERNEY l'ainé. — Me permettez-vous de vous donner la main jusqu'à votre appartement ?

LÉONOii. — Présentez-la plutôt à quelqu'une de ces demoiselles. (Ouvemey

présente la main à Dor'otliée, fjui se trouve le plus près de lui.)

ROBERT, flun ton hargneux. Est-CC qu'oU Va 1116 laisSer tOUt SCUl Ici?

FRÉDÉRIC. — - Non, Monsieur; ces demoiselles voudront bien m'excuser, et je resterai avec vous.

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