SCÈNE Vil
FIIÉDÉRIC, ROBERT
ROBERT. — Bon, nous voilà seuls ; nous pouvons imaginer entre nous deux quelque drôlerie.
FRÉDÉRIC. — Je ne demande pas mieux. Voyons.
RC»BEBT. — Il y aurait un tour à jouer aux petits Duverney.
FRÉDÉRIC. — Non, non, je n'entends pas la raillerie là-dessus. Point de malices à mes amis.
ROBERT. — ■ On m'avait dit que vous étiez si gai, que vous aimiez tant les espiègleries !
FRÉDÉRIC. — Si je les aime? Eh ! je ne vis que de cela; mais toujours sans fâcher personne. Quel tour aviez-vous donc imaginé?
ROBERT. — Tenez, voyez-vous? Voici deux grosses aiguilles : je vais les enfoncer par-dessous deux chaises et faire passer la pointe seulement d'un demi-pouce. Vous présenterez les sièges à vos amis, car peut-être se défieraient-ils de moi ; et puis, lorsqu'ils voudront s'asseoir : « xVye, aye, aye ! » Figurez-vous leurs grimaces. Ha, ha, ha, ha ! cela me fait étouffer
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de rire d'avance. Ces demoiselles, qui font tant les renchéries, en mourront elles-mêmes de plaisir.
FRÉDÉRIC. — Et si je vous en faisais autant, à vous, comment prendriezvous la chose?
ROBERT. — Oh ! moi, c'est bien différent. Mais ces petits idiots.
FRÉDÉRIC. — Vous Iss croycz idiots parce qu'ils ne font pas de méchancetés.
RORERT. — Vous êtes bien difficile au moins! Eh bien, en voulez- vous d'un autre?
FRÉDÉRIC. — A la bonne heure.
ROBERT. — J'ai du gros fil dans ma poche, je vais enfiler une de ces aiguilles. Les demoiselles ne tarderont guère à descendre. L'un de nous deux ira poliment à leur rencontre, leur fera bien des mignardises, bien des révérences, et l'autre, caché par derrière, coudra leurs robes ensemble. Il faudra danser, nous les prendrons, et crac! crac! Entendez-vous! Ha, ha, ha, ha !
FRÉDÉRIC. — Oui, pour déchirer leurs habits et les faire gronder par leurs mamans?
ROBERT. — Eh ! tant mieux ! C'est le plaisir!
FRÉDÉRIC. — N'en trouvez-vous donc qu'à faire du mal?
ROBERT. — Mais cela ne m'en fait pas à moi.
FRÉDÉRIC. — Ah ! je comprends. Vous ne voyez que vous seul dans l'univers, vous comptez tous les autres pour rien.
ROBERT. — Il faut pourtant imaginer quelque chose pour rire. Ecoutez, si nous faisions peur à la petite Louise et au petit Duverney?
FRÉDÉRIC. — Mais c'est vilain encore! On n'aurait qu'à vous faire peur aussi à vous.
ROBE KT. d'un air laiifaron. — Oh ! je le permets. Je n'ai peur de rien, moi.
FRÉDÉRIC, en se mordant le bout du doigt. Oui-da ! nOUS le VCrrOnS. (Haut à Robert.)
Passe pour cela.
ROBERT. — Eh bien, j'ai à la maison un masque effroyable, je cours le chercher. Tâchez de faire descendre ici les deux enfants tout seuls; et vous verrez! Je suis à vous dans un moment.
FRÉDÉRIC. Bon ! bon ! (Ruberl l'ail quelques pas pour soilir. — A part.) C GSt toiquiy
seras pris, va. (U court après lui.) Monsieur Robert! monsieur Robert !
ROBERT, revenant sur ses pas. Qu'est-CO doUC ?
FRÉDÉRIC. — Il vaut mieux attendre qu'ils soient tout seuls là-haut. Car, lorsqu'il n'y a que deux ou trois personnes dans ce salon, il y revient quelquefois un esprit, et nous pourrions nous en trouver fort mal nousmêmes.
ROBERT. — Que voulez-vous dire avec vos esprits ?
FRÉDÉRIC. — Oui. D'abord on entend un grand tintamarre, ensuite on voit un fantôme avec une torche allumée, puis la chambre parait tout en
feu. Ul se roeule en affectant de la frayeur.) TeneZ, il me Semble qUO je le VOis.
ROBERT, un peu effrayé. — Eh ! mou Dicu, que me dites-vous ? Et d'où cela vient-il donc?
FRÉDÉRIC, a voix basse, en le tirant à part. C'est qu'il logeait ici autrefois Un
avare à qui on vola son argent. Il se coupa la gorge de désespoir, et son ombre revient de temps en tempspour chercher son trésor.
ROBERT, tremblant. — Oh ! je ne resto plus avec vous tant qu'il n'y aura pas de monde.
FRÉDÉRIC — Vous faisiez tant le brave tout à l'heure.
ROBERT. — Ce n'estpasquej'aiepeur... mais... mais... c'est que je cours chercher mon épouvantail.
FRÉDÉRIC. — Oui, allez, allez. Je vais tout disposer, moi. Oh! quel plaisir!
ROBERT, avec un sourire méchant. SeutCZ-VOUS COmmO Ce Sera plaisaut?
FRÉDÉRIC. — On aura une belle frayeur, je vous en réponds. ROBERT. — Eh! tant mieux, tant mieux! Je ne ferai qu'un saut pour aller et revenir, (ii sort.)