SCÈNE V
CHARLES, SOPHIE, AGATHE, CHARLOTTE CHAULES, se jetant dans un fauteuil. AlloUS, c'est ici qUC je m'établis.
- SOPHIE. — Je pense qu'il aurait été à propos d'en demander la permission.
CHAULES. — A toi, peut-être ?
SOPHIE. — Je ne suis pas seule ici.
CHARLOTTE. — Jc vols quo tou frère nous compte pour rien.
AGATHE. — C'est qu'il s'imagine apparemment nous honorer beaucoup en restant avec nous.
CHAULES. — Oh ! je sais bien que vous pourriez vous passer de ma compagnie ; mais, moi, je ne me priverais pas si aisément de la vôtre,
SOPHIE. — Voilà au moins une apparence de compliment. Il est vrai que tu aurais dû y faire entrer le tlié pour quelque chose.
CHARLES. — Mais vraiment, ma chère sœur, ne te figure pas que je sois ici pour toi.
SOPHIE. — Oh 1 pour cela, je pense trop humblement de mon mérite. Tout ce qui pourrait me donner de l'orgueil, c'est d'être la sœur d'un garçon
aussi honnête. (Justine apporte le thé et le met auprès de Sophie.)
CHAULES. — Laisse-moi le verser, je te prie.
soiMiiE. — Non, non, c'est mon affaire; tu es un peu trop gauche. Si ti veux te cliarger de quelque soin, présente les tasses à ces demoiselles. AGATHE. — Pas tant de sucre pour moi. SOPHIE. — Prends toi-même ce qu'il te faut mon cœur. (Eiie lui présente i
sucrier et une tasse. Cliarles on prend une pour lui et s'empare du sucrier. — A Charles.) lu aS déjl
trois gros morceaux.
CHARLES. — Mais ce n'est pas trop, j'aime à boire un peu doux, (ii pren
plusieurs morceaux de sucre l'un après l'aulie, jusqu'à ce (|ue sa sd'ur lui retire le sucrier des mains.)
SOPHIE. — N'as-tu pas de honte, mon frère? tu vois bien qu'il n'ei restera pas pour nous.
CHARLES. — Ne sais-tu pas où est le buffet?
SOPHIE. — Mon frère se reprocherait d'épargner une peine à sa sœur.
CHARLES. — C'est que par là lu me procurerais le plaisir d'être seu auprès de ces demoiselles.
AGATHE. — Tu l'enlends, Sophie. Dis-nous maintenant que ton frèr* n'est pas un garçon bien galant.
SOPHIE, après avoir rassemblé près d'elle toutes les tasses pour verser une seconde fois du thé. — Charles, présente celte tasse à Agathe. (Charlcs prend la tasse ; et, en la présentant Agathe, il la verse sur sa robe. Elles se lèvent toutes avec précipitation). Voilà UUC preUVe d(
sa galanterie ! (Bas a charies.) Je parierais, méchant, que tu l'as fait à dessein AGATHE. — Ah ! Dieu ! que dira maman ? et qu'allons-nous faire ? CHARLOTTE. — C'est la secoude fois qu'elle met cette robe. Allons, vitt
un verre d'eau fraîche.
SOPHIE. — Non, j'ai oui dire qu'il était mieux de frotter avec un ling(
sec. Voici un mouchoir tout blanc. (Klles vont à Agathe : Charlotte tient la robe, et Soplii. Irotle. Pendant ce temps, Charles reste à table et boit tout à son aise.)
CHARLOTTE. — Bou, bou, Cela passe : il faut le laisser sécher. AGATHE. — Par bonheur, c'est dans un pli où l'on ne va pas s'aviser d( regarder.
CHARLES, à part. — Ce u'est pas ma faute.
SOPHIE. — Tiens, vois, Charlotte, je ne crois pas qu'il y paraisse.
CHARLOTTE. — Si je n'avais pas vu d'abord la tache...
LE PETIT .lOLEIH DE VIOLON
A(.ATiiE. — A la bonne lieure. Mais, monsieur Charles, une autre fois, je vous prie de vous épargner la peine de me servir.
SOPHIE. — Kemeltons-nous, mes bonnes amies, ieiio veut verser du thé et eiie
Irouve la Ihéipro vide. Elle regarde Charles avec indignation ) NOU, Cela eSt d'uUB gTOSSièfeté
qu'on ne saurait imaginer, (^roiriez-vous bien, Mesdemoiselles, que dans
le temps où nous étions si fort en peine il a pris tout le thé? Je vais dire qu'on en fasse d'autre; attendez un moment.
i:iiAUL(iTTE. — Non, c'est assez; je n'en boirai plus une goutte.
AGATHE. — Le malheur qui est arrivé à ma robe m'a ôté la soif.
CHARLES. — Mais ne vous gênez pas. On peut en faire une seconde fois.
AGATHE. — Effectivement, tu aurais dû prévoir que ton frère serait notre convive.
SOPHIE. — Ceux qui ne sont pas invités devraient au moins attendre que ce fût leur tour.
cil AKi.nTTK. — X'eu parlous plus, je n'y ai pas le moindre regret.
56 1-F, PETIT .TOUEl'U DE V FOL ON
sniMiii:. — Eli bien, a présent, qu'allons-nous faire? Ah! voici noir ami Saint-Firniin, il nous aidera à choisir cjuelque jeu.
CHAULES, (l'un i(in moqiK UI-. — Notre ami Saint-Flrmln !... Mesdemoiselles
il faut que je lui parle avant vous. (II va au-devant tic SainL-Flimin. lanilis quo los jeune demoiselles s'entretiennent ensemble.)