SCENE II
EMILIE, HUBERT liriiEUT, rarivlaiit l'iii' le bras. Ah! petite VolcUSC,
je vous y prends !
ÉMii.iE. — Que voulez-vous dire, Monsieur ? Je ne suis pas une petite voleuse ; je suis une honnête petite fille, entendez-vous?
HUBERT. — Une honnête petite fille ! toi, une honnête petite fille !
(Illui arrache la corbeille des mains.)
Que portez-vous donc làdedans, l'honnête petite fille?
EMILIE. — Des épis, comme vous voyez.
HUBERT. — Etcesépis sont apparemment poussés dans ta corbeille ?
EMILIE. — Ah ! s'ils poussaient dans ma corbeille, je n'aurais pas besoin de prendre tant de peine à les ramasser dans les champs.
HUBERT. — C'est donc volé !
EMILIE. — Monsieur, ne me traitez pas si vilainement, je vous prie. J'aimerais mieux mourir de faim avec ma mère que de faire ce que vous dites là.
HUBERT. — Mais ils ne sont pas venus se jeter d'eux-mêmes dans ta corbeille, de par tous les diables !
EMILIE. — Mon Dieu ! vous me faites peur avec vos jurements : écoutez-
moi. J'étais allée glaner dans ce champ là-bas. Il y avait un bon vieillard qui me voyait faire. « La pauvre enfant! a-t-il dit, (prelle a de peine ! je veux la secourir. » Il y avait des gerbes couchées sur son champ ; il en a tiré de pleines poignées d'épis, qu'il a jetés dans ma corbeille. Ce que l'on donne au pauvre, disait-il. Dieu le rend, et...
iniBEUT. — Ah ! j'entends. Le vieillard de ce champ là-bas t'a donné plein ta corbeille d'épis que tu prends ici dans nos gerbes, n'est-il pas vrai?
EMILIE. — Allez plutôt lui demander à lui-même, il pourra vous !e dire.
HUBEHT. — Que j'aille courir là-bas ! oh bien, tu n'as qu'à attendre : je t'ai prise ici, tout est dit.
EMILIE. — Mais quand je vous dis que je n'ai touché à aucune gerbe ! le peu d'épis que j'ai dans mon tablier, je les ai ramassés à terre, parce que j'ai cru que cela était permis. Cependant, si vous y avez du regret, je suis prête à vous les rendre; tenez, voilà les vôtres.
HUBEKT. — Non, non, ceux-ci resteront avec ceux-là ; et où la corbeille restera il faudra que tu restes aussi. Allons, suis-moi dans le chenil.
EMILIE, avec eiTioi. — Comuieut ! quc dites-vous, mon brave homme?
HUBERT. — • Oh ! oui ! ton brave homme ! je serais bien plus brave homme si je te laissais échapper, n'est-ce pas ? Dans le chenil, te dis-je, allons, allons !
EMILIE. — Ah ! je vous supplie, pour l'amour de Dieu! Je n'ai ramassé ici, je vous assure, que la poignée d'épis que je vous ai rendue. Que dirait ma pauvre mère si je ne rentrais pas de la journée, si elle apprenait que l'on m'a mise en prison ? elle est capable d'en mourir !
HUBERT. — Le grand malheur ! la paroisse en serait débarrassée.
EMILIE so mot à pleurer. — Ah ! si VOUS savicz quelle bonne mère c'est, combien nous sommes pauvres, vous auriez pitié de nous.
HUBERT. — Je ne suis pas ici pour avoir pitié des gens, j'y suis pour les arrêter lorsqu'ils entrent sur les terres de monseigneur, et pour les fourrer en prison.
EMILIE. — Mais lorsqu'on n'a rien fait, lorsqu'on est innocent comme moi ?
HUBERT. — Oui, parle-moi de ton innocence ! Venir nous voler une pleine corbeille d'épis, et me faire ensuite mille menteries ! Allons, allons, qu'on me suive ! ^
EMILIE. Kilo tonibo auprts dune gerbe. — Ail ! mou clicr Mousieur ! aycz pitié de moi. Prenez, si vous voulez, ma corbeille : bêlas ! ma petite provision ne vous rendra guère plus ricbe ; mais laissez-moi aller, je vous en prie ; si ce n'est pas pour moi, que ce soit |)our ma pauvre mère ! je suis toute sa consolation, tout son secours.
III li RUT. — Si je te laisse aller, ce n'est pas pour ta mère, au moins, je t'en avertis ; je voudrais la voir à cent lieues : c'est pour toi seule, parce que tes pleurnicheries m'ont un peu remué le cœur. Mais n'attends pas que ta corbeille te suive : je la confisque pour la justice ; et puis, c'est vendredi jour d'audience, M. le bailli prononcera une bonne amende ; si on ne la
paie pas, en prison, et ebaSSée du village. Ill charge la corbeille sur son épaule. Kiuilie pleure à chaudes larmes, et se jelle à genoux.) AllonS, UO m'étOUrdis pluS, OU tU VOrraS CG
qu'on y gagne! (ii seioigne en grommeiani.) Mais voyez donc, si l'on n'était pas toujours à les épier, si petits qu'ils soient, ils nous enlèveraient, ^e crois, jusqu'à la terre de nos champs.