‹ L'ami des enfantsChapitre 50 sur 116 · SCÈNE ni · texte numérisé non relu

SCÈNE ni

EMILIE, seule.

Elle s'assied à lerre, et appuie sa tête sur une gerbe. Elle pleure quel([ucs moments en silence ; enfin elle se lève et regarde autour d'elle.

Ah! il s'en est allé, ce méchant homme ! il m'emporte toute ma joie : je perds tout, mes épis, ma jolie corbeille : et qui sait encore ce qui nous en arrivera à ma mère et à moi? i.vprèsune petiie luiuse.i Que ces petits oiseaux sont heureux ! il leur est au moins permis de venir prendre quelques grains pour leur repas, et moi... Mais qui sait si un méchant homme comme celui-ci n'est pas à les guetter pour les tuer avec son fusil ? Je vais les faire envoler, et je m'en irai ; car peut-être me punirait-on encore d'avoir reposé ma tête sur cette gerbe... Mais qui sont ces deux enfants qui s'avancent ?

SCExNE IV

MARCELLIN, HENRIETTE, EMILIE, essuyant srs lamies.

MARCELLiN. — Ah I ail! c'esL donc toi, petite fille, que le garde-chasse vient de surprendre à voler les épis de nos gerbes? (i.es sanglots ompèciient ÉmiUo

(le rCpondro.)

HENRIETTE la regarde avec atlcnlion, eHi.e à part son frère. Elle a l'air d'uue bonUC

|)etite fille, Marcellin. Elle pleure, ne l'afflige pas davantage par tes i-eproehes. Le peu d'épis qu'elle a ramassés ne vaut pas la peine... (eho va a elle.) Ma pauvre enfant, qu'as-tu donc à pleurer?

EMILIE. — C'est de voir que l'on m'accuse sans sujet, et que vous me croyez peut-être coupable.

MARCELLIN. — Tu uc l'cs donc pas ?

EMILIE. — Non, vous pouvez m'en croire. J'étais allée glaner ^., ^ dans ce champ là-bas... Un vieux moissonneur a eu pitié de ma peine, et m'a rempli ma corbeille d'épis... Je viens ici en ramasser quelques autres que je vois éparpillés ';à et- là. Votre méchant garde- Z^^^;;^ chasse me trouve auprès de cette gerbe, et m'accuse de voler. 11 me prend ma corbeille, et il m'aurait mise en prison si, par mes prières et par mes larmes pour ma mère, je n'avais tant fait, qu'il m'a laissée aller.

HENRIETTE. — Ah ! j'aurais bien voulu voir qu'il t'arrêtât?

Nous avons un bon papa qui ne souffre pas qu'on fasse du mal aux pauvres, et qui t'aurait fait bien vite relâcher.

MARCELLIN. Oui, Ct qUl tC

fera bientôt rendre ta corbeille, je t'en réponds.

Jf

EMILIE, avec joio. — Oh ! le crovez-vous, mon cher petit Monsieur?

iiLMîiETTE. — Marceliin et moi nous allons tant le prier... Sois tranquille. II n'est jamais si content de nous que lorsque nous lui parlons en faveur des pauvres i^ens. Et nous pourrions même te l'aire rendre la corbeille sans lui en parler.

EMILIE. — Ah! que vous êtes heureuse, ma jolie petite Demoiselle, de n'avoir besoin du secours de personne, et de pouvoir même secourir les autres !

MAHf.ELLix. — Tu es douc bien pauvre, ma chère enfant?

EMILIE. — Il faut bien l'être, pour venii- ramasser ici son pain avec tant de douleur.

iiENUiETTE. — Ouoi ! c'est pour du pain que tu viens chercher des épis ? Je croyais, moi, que c'étai^j^^^ire cuire les grains sur une pelle bien rouge et les manger ensui^^^^^^Moous le faisons quelquefois mon frère et moi, quand personne ]^^^^^^HH[e.

EMILIE. — Eh ! '^^(^i^^^^^^^HHHnèi'^ 6t moi nous voulions battre ces épis et en donner les grara^^HHj^îflr pour avoir de la farine et en faire

du pain. ^^fÊp^^

HENRIETTE. — Mais, ma pauvre enfant, tu n'en auras pas grand'chose, et cela ne vous durera pas longtemps.

EMILIE. — Et quand nous n'en aurions que pour un jour ou deux ! c'est encore un ou deux jours de plus que ma mère et moi nous aurions à vivre.

MARCELLiN. — Eli bien, pour que tu aies encore un autre jour d'assuré, je vais te donner une pièce de douze sous que j'ai gardée la dernière, parce qu'elle est toute neuve.

EMILIE. — Ah! mon cher petit Monsieur, tant d'argent! Non, non, je n'ose le prendre.

HENRIETTE, on souiiant. — Tant d'argent! Prends, prends toujours. Si j'avais ma bourse sur moi, je t'en donnerais bien davantage. Mais je te le garde, et tu n'y perdras rien.

MARCELLIN, lui picsonlant encore la pièce. Reçois-Ul COIUme UUC médaille.

(Emilie rougit, reçoil la pièce et lui serre la main sans lui répomlrc.) Ce n'est paS aSSeZ. Je Vais

courir à toutes jambes après notre garde-chasse, et il faudra bien qu'il me rende la corbeille, ou autrement...

EMILIE. — Ah ! ne vous donnez pas cette peine. Vous me promettez de me secourir, c'est assez pour moi.

HENRIETTE. Dis-Uioi, OÙ logeS-tU ?

rsTi

EMILIE. — Ici, dans le village.

MARCELLiN. — Nous nc t'avious pas encore vue ; et cependant nous venons ici tous les ans avec notre papa au temps de la moisson.

EMILIE. — Nous n'y sommes que depuis huit jours. C'est chez une bonne vieille, qui s'appelle Marguerite, et qui a montré bien de l'amitié à ma mère. Oh ! une bien grande amitié !

HENRIETTE. ^ Quoi ! la vieille Marguerite ?

MARCELLIN. — Nous la coiinaissous. C'est la veuve d'un pauvre tisserand qui' n'avait pas d'ouvrage. Mon papa la fait venir quelquefois pour ratisser le jardin.

HENRIETTE. — Veux-tu me conduire chez ta mère ?

EMILIE. — Ce serait pour elle trop d'honneur. Une noljle demoiselle comme vous...

HENRIETTE. — Va, va, notre papa ne veut point que nous nous croyions plus nobles que les autres; et, si tu n'as pas d'autres raisons...

EMILIE. — Non, au contraire, vous pourrez m'aider h la consoler de la perte de ma corbeille et de mes épis. VA puis ce méchant homme qui nous a encore menacées...

MARCELLiN. — Ne crains rien de ses menaces. Tandis que ma sœur ira avec toi chez ta mère, je vais courir après lui ; et sûrement... Reviendras-tu ici?

EMILIE. — Si VOUS me l'ordonnez, mon cher petit Monsieur.

MARC EL LIN. — Ta corbeilIc y sera avant que tu sois de retour.

EMILIE. — Peut-être que je vous amènerai ma mère pour vous l'aire ses remerciements.

HENRIETTE. AlloilS, allonS, COUrOHS la trouver. (Elle iirond Emilie par la main

et sort avec elle.)

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