‹ L'ami des enfantsChapitre 56 sur 116 · MADAME DE JOIN · texte numérisé non relu

MADAME DE JOIN

M'''(''f\3^ VILLE. — Que dites -vous, Monsieur ?

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M. DE BEAuvAL. — Poupsuivez, Madame, je vous en conjure.

MADAME DE joiNviLLE. — J'abrégerai autant qu'il sera possible. Nous commencions à goûter, dans une paisible retraite, les douceurs de la plus tendre union. Mais, hélas ! les fatigues de la guerre avaient altéré la santé de mon époux ; et une maladie cruelle termina sa vie en peu de jours.

(Ellrt laisse couler des larmes.)

HENRIETTE, à Emilie. — Pauvre eufaut ! tu as été orpheline bien jeune.

EMILIE. — Hélas 1 même avant d'être née.

MADAME DE JOINVILLE. — Il me laissa enceinte de cette enfant que vous voyez. Je lui donnai la naissance dans la douleur. Aussitôt que les frères de mon mari, gens durs et intéressés, virent qu'il n'y avait point d'héritier mâle, ils se mirent en possession de ses fiefs; et, comme nous avions de jour en jour différé de faire revêtir nos articles de mariage de toutes les formalités essentielles, je fus obligée de me contenter de ce qu'ils voulurent bien me laisser pour ma fille et pour moi.

M. DE BEAUVAL. — Lcur indigne avarice me fait juger que la somme fut modique et ne put vous suffire longtemps.

MADAME DE JOINVILLE. — Elle me servit à vivre encore quelques années en Provence, dans l'attente d'un léger douaire que je me flattais d'obtenir. Enfin, lorsque je vis mes espérances déçues, je pris la résolution de retourner à Paris, auprès de mon ancienne bienfaitrice. J'appris à mon arrivée que cette dame venait de mourir. Je n'eus pour lors d'autre ressource que de vendre ce qui me restait de mes bijoux et de mes habits et de subsister du travail de mes mains. Je me retirai à Nanterre pour y vivre inconnue. Il y a quelque temps que j'y rencontrai, par hasard, une femme que j'avais connue autrefois, et qui demeure dans ce village.

HENRIETTE. — Mou papa, c'cst la vieille Marguerite.

MADAME DE JOINVILLE. — Elle avait servi chez la dame dont je vous ai parlé. Je lui avais donné, dans une cruelle maladie, des soins qui me valurent son attachement. Je lui exposai ma situation ; elle me proposa de venir demeurer ici^ où je pourrais vivre dans une obscurité plus profonde. C'est à elle que je dois l'hospitalité ; et, comme elle n'a personne

pour lui fermer les yeux, elle m'a fait entendre que j'iiériterais à sa mort de sa petite chaumière. Vous voyez...

M. DE BEAUVAL. — C'en est assez, Madame. Cette généreuse femme ne me surpassera point en reconnaissance. J'ai une joie inexprimable de pouvoir enfin acquitter une dette que j'ai contractée envers votre digne époux.

MADAME DE joiNviLLE. — Comment, Monsieur, est-ce que vous l'auriez connu ?

MARCELLTN. — Le père de cette bonne Emilie?

HENRIETTE. — 0 ma clière Emilie ! je vois que nous allons te garder avec nous. Mais quoi! tu pleures?

EMILIE. — Ne me plaignez pas, je ne pleure que de plaisir.

M. DE BEAUVAL. — (^'est à lui quc je dois la vie ; quel bonheur pour moi de pouvoir reconnaître ce bienfait envers son épouse et son enfant ! J'ai servi sous lui pendant la dernière guerre d'Allemagne. Dans une affaire malheureuse, où j'étais épuisé de fatigue, un cavalier ennemi avait le sabre levé sur ma tète. C'en était fait de moi, si mon digne lieutenant-colonel ne m'eût sauvé en se précipitant sur lui.

MADAME DE JOINVILLE. — Je le recounais bien à ces traits; il était aussi brave que généreux.

M. DE BEAUVAL. — Ouclques jours après, je fus commandé en détachement pour une expédition périlleuse. Nous fûmes enveloppés et forcés de nous rendre après une longue résistance. Mes équipages avaient été pillés. J'étais dénué d'habits et d'argent. M. de Joinville fut instruit de mon sort et me fit recommander au général ennemi. J'obtins, grâce à lui, tous les secours dont j'avais besoin dans le traitement d'une blessure profonde que j'avais reçue. Je fus plus de deux ans à me rétablir; et lorsque je revins dans ma patrie, je n'eus que le temps de l'embrasser à mon passage, étant obligé de m'embarquer aussitôt pour les Indes. Un mariage avantageux que j'y ai fait m'a ramené, il y a six ans, en France. Je me disposais à voler dans ses bras lorsque j'appris qu'il ne vivait plus. Que j'étais loin de penser que son épouse et sa fille fussent dans la situation où j'ai la douleur de vous trouver!

MADAME DE JOINVILLE. — Grand Dicu ! grand Dieu! par quelles voies miraculeuses m'as-tu conduite ici?

LA PETIT M CLANEUSE

MAUGEi.LiN. — Quoi ! ton père a sauvé la vie au nôtre!

HENRIETTE. — Combien nous devons t'aimer!

M. DEBEAuvAL. — Vieus, mou Emilie! tu retrouveras en moi le père que tu as perdu. Mes enfants ont aussi besoin d'une seconde mère qui remplace celle qui leur a été enlevée. L'éducation que vous avez donné à votre aimable fille (Émiiie savance vers unoiiui baise la main.) me fait voir, Madame, combien vous êtes digne de remplir un emploi si délicat. Je vais prendre toutes les précautions nécessaires pour que vous n'ayez plus à craindre une seconde fois les coups imprévus de la fortune.

(A Emilie, qui lui tient toujours la main.] Oui, ma cbèrC flllC,

je ne mettrai plus de différence entre toi et mes enfants. Tu es la vivante image de ton généreux père, et tu es aussi digne de ma tendresse qu'il l'était de ma reconnaissance.

MADAME DE JOIN VI L LE. saisissant avec transport la main

do M. de Beauvai. — Comment pourrai-je répondre à

tant de bienfaits, Monsieur? Je n'ai que des y/j

larmes pour exprimer ce que je sens.

HENRIETTE, l'embrassant. — 0 ma uouvelle maman ! vous serez donc toujours auprès de nous avec Emilie? Vous verrez comme nous serons empressés à vous obéir!

MARCELLiN. — • Oui, Emilie sera ma seconde sœur. Elle n'ira certainement plus glaner. Ah! méchant Hubert, comme je vais me moquer de toi!

MADAME DE joiNViLLE. ^ Mon chcr petit troupeau! de quelle joie vous remplissez mon âme ! Au lieu d'un enfant, j'en ai donc trois! Non, aucune mère ne m'égalera pour les soins et pour la tendresse, (a m. de Beauvai.) Permettez-vous, Monsieur, que j'aille apprendre cette heureuse nouvelle à ma bonne Marguerite? Je crains qu'elle n'en meure de plaisir.

M. DE BEAI VAL. — Rien de plus juste, Madame; et moi, je vais faire préparer votre appartement au château.

HENRIETTE. — Mon papa, me permettez-vous de suivre Emilie et ma nouvelle maman ?

MARCELLIN. — Et moi aussi, je voudrais bien aller avec elles.

M. DEBEAuvAL. — Je le veux bien, mes enfants. Vous ramènerez ensuite au château Madame de Joinville et sa fille, sans oublier la bonne Marguerite, que j'invite aussi à venir dîner avec nous.

MARCELLIN, à Emilie, qui veut emporter la corbeille. NoU, Emilie, Cela u'cst pluS

fait pour toi. La corbeille restera ici.

EMILIE. — Ah ! Monsieur pour rien au monde je ne donnerais cette corbeille. Je lui dois mon bonheur, le bonheur de ma mère, celui de vous avoir connu, notre vie et notre bien-être. Non, ma chère petite corbeille, je ne

rougirai jamais de toi. (Elle la relrve et s'en charge avec beaucoup do peine.)

HENRIETTE. — Du moius ôtes-eu les épis, elle sera plus légère.

EMILIE. — Non, non. Ces épis sont à moi; car le bon vieillard mêles a bien donnés, quoi qu'en ait pu dire Hubert. Je veux en faire présent à notre vieille Marguerite.

M. DE BEAuvAL. — Elle ne sera pas oubliée à la prochaine moisson; et, dès ce moment, elle a du pain assuré pour toute sa vie.

M.\DAME DE JOINVILLE. — Que le cielvous récompense de votre générosité dans vos enfants !

La Levrette et la Bague

PERSONNAGES

M. DE CALVIERES.

SÉRAPIIINE, sa fille.

EUSTACHE, son fils.

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