‹ L'ami des enfantsChapitre 55 sur 116 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

M. UE BEAUVAL, iMADAME DE JOINVILLE, MARCELLLN, HENRIETTE, EMILIE

EMILIE, courant au-devant de sa mère, qui paraît embarrassée en voyant M. de Bcauval.

Venez, maman, ne craignez rien. C'est le père de ces deux aimables enfants qui nous montrent tant d'amitié, et il est bon, aussi bon que ses

enfants. /Madame de Joinvillo s'avance tiinidcinent. Henriette lui prend la main avec vivacité, et l'entraîne vers son père.)

HENRIETTE. — Oli ! notre bon papa est instruit de tout.

MADAME DE joiNViLLE. — J'osc me flatter, Monsieur, que vous n'avez pas soupçonné mon Emilie.

M. DE BEAUVAL. — On n'a besoin, Madame, que de vous voir, vous et votre fille, pour prendre de vous l'opinion la plus avantageuse.

MARCELLiN. — Elle s'appello Emilie. Oh ! mon papa, on voit bien qu'elle n'était pas née pour glaner.

MADAME DE JOINVILLE. — La uécessité impose quelquefois des lois cruelles; et, pourvu qu'on ne fasse rien de déshonorant...

M. DE BEAUVAL. — Ou uc doit point rougir de la pauvreté. Elle peut s'allier avec toutes les vertus. Mais oserais-je vous demander. Madame, qui vous êtes ?

HENRIETTE. — Elle s'appcllc madame Laborie.

MADAME DE JOINVILLE. — Jc uc crois pas, Monsieur, devoir vous déguiser mon vrai nom. Je me vois même dans la nécessité de vous le découvrir pour me justifier, dans votre esprit, de l'état dans lequel vous me voyez descendue. Cependant je voudrais lEik- regarde les entants.) vous faire cet aveu sans témoins. Ce n'est pas que je rougisse de mon abaissement ; mais si mon nom était connu, je craindrais de trouver parmi les gens du peuple des âmes peu généreuses qui se feraient peut-être un plaisir de m'humilier, parce qu'il nous arrive souvent de ne pas agir plus noblement à leur égard, lorsque nous sommes dans la prospérité.

MARCELLIN. — Eh bien, je n'écouterai point.

HENRIETTE. — Et iBoi, je u'cu dirai pas un mot, je vous assure, et, qui que vous soyez, Emilie sera toujours ma bonne amie.

M. DE BEAUVAL. — Croyez, Madame, que je ne vous aurais pas demandé ces particularités, sans un intérêt pressant, et si je n'étais pas dans la résolution de réparer les injustices du sort.

MADAME DE JOINVILLE. — Je suis née d'une famille noble, mais peu favorisée de la fortune. J'ai passé ma jeunesse à Paris, auprès d'une dame de condition, en qualité de demoiselle de compagnie. Il y a huit ans que je fis

connaissance avec M. de Joinville, lieutenant-colonel de cavalerie, qui était venu passer quelques mois dans la capitale.

M. DE BEAUVAL, avec transport. Joiuville ! Joiuville !

MADAME DE joiN VILLE. — Il prit de l'inclination pour moi; ses vertus m'avaient prévenue en sa faveur, je lui donnai ma main ; et, quelques jours

après notre mariage, nous nous

J :^ II. '//Il, fycé/,

retirâmes dans une terre qu'il possédait en Provence.

M. DE BEAUVAL. Oh ! c'est

lui! c'est lui! je retrouve tous ses traits dans la

figure de cette enfant ! . . .

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