‹ L'ami des enfantsChapitre 59 sur 116 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SÉRAPHINE, EUSTACIIE, LÉON

LÉON, ouvrant la porte. — C'estmoi, c'estmoi, mou ami. Bonjour, mademoiselle Séraphine.

sÉUAPHi.NE. — Bonjour, monsieur Léon.

LÉON. — Je suis à la piste de Diane, et j'espère bientôt...

sÉiiAi'iiiNE. — Que dites-vous? La retrouver?

LÉON. — Ecoutez un peu. Vous savez cette vieille qui est au coin de la rue, et qui vend du pain d'épice et des marrons?

SÉRAPHINE. — Comment! elle a ma chienne?

LÉON. — Non, non; c'est une honnête femme, et la meilleure de mes amies. Tu sais bien, Eustache, que Diane voulait aussi, l'autre jour, faire connaissance avec elle, en mettant les deux pattes de devant sur sa table et en flairant ses biscuits?

EL'sTAciiE. — Hélas ! oui. Cette gentillesse ne lui réussit guère. Elle n'y gagna qu'un bon coup de gant fourré sur le museau.

SÉRAPHINE. — Laissons cela. Achevez, achevez, monsieur Léon.

LÉON. — Eh bien, tout à l'heure, en allant déjeuner à sa boutique, je lui ai raconté notre malheur. « Quoi ! m'a-t-elle dit, cette petite doguine ?... »

SÉRAPHINE. — Doguine, monsieur Léon ? N'appelez pas ainsi ma Diane ; j'aimerais mieux ne pas en entendre parler.

LÉON. — Je ne fais que vous rapporter ses paroles. « Cette petite doguine, m'a-t-elle dit, qui appartient à ce joli petit monsieur qui est de vos amis ? — Oui, lui ai-je répondu. — Eh bien, a-t-elle repris, vous connaissez un autre petit monsieur, qui demeure là-bas à ce grand balcon? C'est lui qui l'a détournée. »

EUSTACHE. — Comment ! ce serait Rufm?

LÉON. — Ne te souviens-tu pas qu'il était arrêté hier à la boutique de cette vieille, lorsque nous passâmes, et qu'il ne fit pas semblant de nous voir, de peur d'être obligé de nous olTrir de ses marrons ?

EUSTACHE. — Cela est vrai ; je me le rappelle à présent.

LÉON. — Eh bien, lorsque nous fûmes éloignés de quelques pas, il appela Diane, qui nous suivait, lui présenta un marron, dans lequel il avait mordu, et lorsque la pauvre bête ne songeait qu'à se régaler, il la saisit, la serra sous son bras et l'emporta à sa maison. C'est la bonne femme qui m'a dit tout ce manège.

sÉRAPiiiNE. — Oh ! le méchant! Mais enfin, nous savons où elle est. Mon frère, tu n'as qu'à y aller tout de suite.

LÉON. — .le crains bien qu'il ne l'y trouve plus. Rufin ne Ta prise que pour la vendre, comme il fait de ses livres et de tout ce qu'il peut attraper chez son père. Il est capable de tout. Nous avons joué l'autre jour à la paume ; il a triché.

EusTAciiE. — Que me dis-tu? J'y coursa l'instant.

LÉON. — Tu ne le trouverais pas chez lui. J'en viens : il était sorti.

sÉRAPHixE. — lia peut-être fait dire qu'il n'y était pas.

LÉox. — Non ; j'ai parcouru toute la maison. J'ai dit à une servante que j'étais venu proposer à son maître une revanche qu'il me doit à la paume, et que j'allais l'attendre chez vous.

sÉRAPiiiNE. — Il n'oserait jamais se présenter devant nos yeux, s'il est vrai qu'il ait pris Diane.

LÉON. — Oh ! vous ne connaissez pas son effronterie. Il viendra tout exprès pour détourner les soupçons ; mais je vais vous le démasquer.

sÈRAPiiiNE. — Il faut agir avec prudence et le questionner adroitement pour lui faire avouer son secret.

LÉON. — Tenez, toute l'adresse est de lui faire voir, au premier mot, qu'il est un fripon et un voleur.

EUSTACHE. — Non, uou, uion ami, cela ne servirait qu'à faire une querelle ; et mon papa ne veut pas qu'il y en ait dans sa maison. Des paroles de douceur seront peut-être plus propres à le touche r que des reproches violents. It> i^"

100 l'A LEVRETTE ET LA BAGUE

sÉRAPHixE. — Peut-être aussi ne sait-il pas que la petite chienne nous

appartient?

LÉON. — Bon! ne la voit-il pas tous les jours sortir avec votre frère ? Il a joué cent fois avec elle, et il la dérobe aujourd'hui pour la vendre. Voilà bien de ses traits,

EUSTACiii^. — (llmt! le voici.

SCÈxNE IV

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