SÉRAPIIINE, EUSTACHE, LÉON, RUFIN
RUFLN. — On m'a dit, Léon, que tu étais venu nie demander pour une revanche à la paume. Je suis prêt à te la donner. Ah ! bonjour, Euslache. Votre serviteur très humble. Mademoiselle.
sÉRAPin.NE. — Nous allez vous divertir, monsieur Ruiîn, rien ne vous chagrine ; et nous, nous restons ici à nous désoler.
r.iTFiN. — Quel est donc le sujet de votre peine?
sÉRAPiuNE. — Notre petite levrette, que nous avons perdue !
RUFIN. — Ah! C'est bien dommage! Elle était gentille, vraiment. Le corps gris de cendre, la poitrine, les pattes et la queue blanches, avec de petites taches noires par-ci par-là. Elle vaut deux louis comme un liard.
sÊRAPiiiNi:. — Vous vous la remettez si bien ! Ne pourriez-vous pas nous aider à la retrouver ?
RUFIN. — Est-ce que je suis inspecteur des chiens? ou m'avez-vous donné le vôtre à garder ?
EusTAciiE. — Ma sœur n'a pas voulu te fâcher, mon ami.
sÉRAPiiixE. — Mon Dieu, non. Ce n'était qu'une question d'amitié. Vous demeurez dans notre voisinage. C'est ici tout près qu'elle s'est perdue, .l'ai pensé que vous auriez pu nous en donner des nouvelles.
LÉox. — Certainement, on ne pouvait pas mieux s'adresser.
uuFix. — Que voulez-vous dire par là, monsieur Léon?
LÉON. — (ie que vous devez entendre encore mieux que moi-même, quoique je sois parfaitement instruit.
RUFIN. — Si ce n'était par considération pour mademoiselle...
LÉON. — Rendez-lui grâces vous-même de ce que je ne vous châtie point de votre impudence !
Ei'STACHE, écaiiant Léon. — Doucemeut douc, mon ami, ou notre chienne est perdue.
sÉRAPHiNE, retenant Ruiin. — Si, commc VOUS le ditcs, VOUS avez queltjue considération pour moi, monsieur Rufin ,
faites-moi la grâce de m'écouter alLen-
tivement et de me répondre par un oui ou un non.
LÉON. — Et sans barguigner.
SÉRAPHINE. — N'avez-vous point notre levrette ? ou ne savez-vous pas où elle est?
RUFIN, déconcerlé. Moi, Uioi?... VOlre
levrette?...
LÉON. — Vous VOUS troublez, vous l'avez! Aussi bien j'en sais toutes les circonstances. Vous l'avez prise en traître, en l'afTriandant d'un marron.
RUFIN. — Qui vous a dit cela?
LÉON. — Oui vous a vu faire.
SÉRAPHINE. — Je vous le demande en grâce, monsieur Rufin, cela est-il vrai ou faux?
RUFIN. — Et quand j'aurais régalé votre chienne de marrons, quand je l'aui-ais prise un moment pour la caresser, s'ensuit-il que je l'aie ou que je sache ce qu'elle est devenue?
SÉRAPHINE. — Nous ne le disons pas non plus. Nous vous demandons seulement si vous ne savez pas où elle est dans ce moment-ci.
EUSTACHE. — Ou sl, par espièglerie, tu ne l'aurais pas gardée cette nuit chez toi, pour nous mettre un peu en peine et nous causer ensuite le plus grand plaisir?
RUFIN. — Est- ce que vous prenez ma maison pour une auberge de chiens ?
LÉON. — Il faut être bien efTronté !...
RUFi.N. — Ce n'est pas à vous que j'ai affaire. Soyez, tant qu'il vous plaira, l'avocat des levrettes, je n'ai rien à vous répondre.
LÉON. — Parce que je vous ai confondu.
sÉRAPHiNE. — Doucement, monsieur Léon ; il faut que vous vous soyez trompé. Je ne puis soupçonner M. Rufin de tant de bassesse, que, s'il avait trouvé notre chienne, il voulût la garder.
ELSTACHE. — S'il avait perdu quelque chose et que je puisse lui en donner des indices, je me ferais une joie de les lui procurer. Ainsi il ne doit pas s'offenser de nos questions.
RUFIN. — J'en suis très offensé, et je vais m'en plaindre à votre père.
LÉON. — \'enez plutôt chez la marchande de marrons, qui vous accuse. Je vous y accompagne.
RUFIN. — C'est bon à vous d'en croire les caquets de femmes du peuple, et non à moi.
LÉON. — Les femmes du peuple ont des yeux et des oreilles ; et, tant qu'il s'agira d'honnêteté, je m'en rapporterai plutôt à elles qu'à vous.
RUFiN. — Je ne souffrirai pas cette insulte, et vous me la payerez, (iisoh.)