SCÈNE II
M. DE CALVIÈRES, EUSTACIIE, SÉRAPHINE
M. DE cALviÈRES. — Eli bien, l'article de ta chienne sera-t-il dans les Affiches de demain?
EUSTACHE. — Mon papa, je ne suis pas encore allé au bureau. Voyez ce qui m'a retenu, c'est une bague que j'ai trouvée, (ii lui donne rotui.i
iM. DE CALVIÈRES. — Voilà un superbe diamant !
EUSTACHE. — N'est-il pas vrai? Il vaut bien la peine qu'on oublie un moment une petite chienne.
M. DE CALVIÈRES. — Oui, s'il t'appartenait. Est-ce que tu te proposes de le garder?
EUSTACHE. — Mais, si personne ne le réclame?
M. DE CALVIÈRES. — Quelqu'un te l'a-t-il vu ramasser?
EUSTACHE. — Non, uiou papa.
SÉRAPHINE. — Pour uioi, jc n'aurais pas de repos avant de savoir à qui il appartient.
EUSTACHE. — Que le maître se montre, la bague ne restera pas sûrement entre mes mains. Fi donc ! ce serait comme si je l'avais volée. Il faut rendre à chacun ce qui est à lui.
M. DE cALviÈREs. — Tu ne seras peut-être pas alors si joyeux?
EUSTACHE. — Pourquoi donc, mon papa? .Je vous avouerai que je n'ai d'abord pensé qu'à mon bonheur de trouver un si beau bijou. Je le regardais déjà comme mon bien. Mais ma sœur m"a fait sentir quelle devait être la peine de celui qni l'a perdu. Je me réjouirais bien plus encore de finir son chagrin que de garder cette bague, qui me ferait rougir toutes les fois que j'y jetterais les yeux.
sÉRAPiiiNE. — Il y a tant de plaisir à soulager ceux qui soulfrent ! Aussi je ne puis me figurer que Rufin, ou quelque autre, soit assez méchant pour retenir ma Diane, quand il saura combien je la regrette.
M. DE CALVIÈRES, les embrassant. — Amcspures etinuocentes ! 0 mes enfants ! combien je me réjouis d'être votre père ! Nourrissez et fortifiez tous les jours dans vos cœurs ces sentiments généreux. Ils feront votre bonheur et celui de vos semblables.
sÉRAPiiiNE. — Vous nous en donnez l'exemple, mon papa, comment pourrions-nous sentir différemment ?
EUSTACHE. — Oh ! je vais montrer ma trouvaille à tout le monde; et je cours faire annoncer tout à la fois dans les Affiches que nous avons perdu une levrette et trouvé une bague.
M. DE CALVIÈRES. — Doucement, mon fils; il y a des précautions à prendre. Il pourrait se trouver des gens qui voulussent s'approprier la bague sans qu'elle leur appartînt.
sÉRAPHiNE. — Oh! je serais aussi fine qu'eux; je leur demanderais d'abord comment elle est faite; et je ne la rendrais qu'à celui qui me le dirait bien exactement.
M. DE CALVIÈRES. — Ce moycu n'est pas encore trop sûr. On peut l'avoir vue au doigt de celui qui l'a perdue, et venir ici avant lui la réclamer.
SÉRAPHINE. — Je vois que vous en savez plus que nous, mon papa.
M. DE CALVIÈRES. — L'objct cst d'un assez grand prix pour qu'on fasse toutes les recherches propres à le faire retrouver. Ainsi il faut attendre.
110 LA LEVRETTE ET LA liAGUE
ETSTAciiE. — Et si l'on ne songe pas à ce moyen?
sÈRAPHiNE. — Nous y avons pensé pour Diane, on s'en avisera bien pour un diamant.
M. DE cALviÈREs. — En attendant, je le garde entre mes mains ; et vous, gardez-vous d'en parler à personne au monde.