EDOUARD, ALEXIS
ALEXIS. — Charles ne tardera pas à venir. Il en est allé demandé la permission à son père. Courage, mon cher Edouard, ne laissons pas soupçonner que ces bagatelles nous tiennent si fort à cœur. .le commence à croire que Charles n'est pas de bonne foi. Je lui ai parlé vivement, et il m'a semblé voir dans ses réponses un peu d'embarras.
ÉDOTARD. — 11 me trompe, j'en suis sûr ; et il faut encore que je paraisse content.
ALEXIS. — N'as-tu pas sujet de l'être? Tu as rempli Ion devoir.
ÉDMiAiiD. — Eh bien, je tâcherai de me vaincre et de faire bonne contenance devant lui. Mais sais-tu ce que me disait tout à l'heure ma sreur? qu'il fallait prier ma tante ou mon papa de me défendre de donner la moindre chose de mes présents; que, de cette manière, je conserverais mon honneur et toutes mes étrennes.
ALEXIS. — Et le repos de ta conscience, le conserverais-tu aussi par ce moyen?
ÉDorARn. — Hélas! non : je sentais déjà en moi qu'il serait malhonnête d'en user ainsi.
ALEXIS. — Pourquoi donc balancer davantage? Omon cher Edouard ! ne résistons jamais à ces premiers sentiments de droiture et de générosité. Tu verras bientôt quel plaisir on trouve à les suivre. Est-ce que nous aurions besoin de toutes ces babioles pour être heureux? Va, je te promets de n'en être que plus empressé à te procurer d'autres amusements. Si mon amitié est quelque chose pour toi, je t'en aimerai cent fois davantage de te vojr honnête et délicat.
ÉDorARD. — Oui, je le suis, je veux l'être, mon cher Alexis, et c'est à toi que je le devrai. Je me fais gloire de sentir le prix de ton conseil, et je le suivrai, quoi qu'en ait pu dire ma sœur. Fi de ces misères ! Pour te prouver combien je les méprise, je vais encore mettre deux cornets de pastilles de plus dans la portion de Charles.
132 LES ETHENNES
ALEXIS. — Bien comme cela, mon ami ! C'est le triomphe d'un héros qui revient victorieux d'une bataille.
EDOUARD. — Prends toujours soin de ma faiblesse; et, si tu me voyais fléchir, parle pour moi.
ALEXIS. — Je n'en aurai pas besoin. Mais doucement : c'est Charles qui s'avance.