M. ET MADAME DE VALENCE
MADAME DE VALENCE. — (lommeut douc, uiou ami? d'où te vient cette indifférence sur le sort de ton fils?
M. DE valeni;e. — Crois-tu, ma femme, que je l'aime moins que toi? C'est que je sais mieux l'aimer.
MADAME DE VALENCE. — Et si OU ue le trouvait pas?
M. DE VALENCE. — Jc le voudrais.
MADAME DE VALENCE. — Qu'il passàt la uuit daus une forêt ténébreuse ! Que deviendrait ce pauvre enfant? que deviendrais-je moi-même ?
M. DE VALENCE. — Vous guériricz l'un et l'autre ; lui de sa vanité, et toi de ton fol aveuglement qui la nourrit.
MADAME DE VALENCE. — Quc veux-tu dire, mon ami?
M. DE VALENCE. — Jc vieus de me convaincre de ce que je ne faisais que conjecturer ce matin. Ce petit garçon a la tète pleine d'une vanité désordonnée. Toutes ses lectures ne sont que de l'ostentation. Il ne s'est perdu que pour se faire chercher et pour se donner un air de distractions savantes dans l'opinion de nos amis. Cette erreur de son âme me fait plus de peine que si ses pas s'étaient réellement égarés. Il sera malheureux toute sa vie, s'il n'en guérit de bonne heure; et il n'y a que de salutaires humiliations qui puissent le sauver.
MADAME DE VALENCE. — Mais cousidères-tu bien...
M. DE VALENCE. — Tout est cousldéré. Il a près de onze ans : s'il sait tirer parti de son intelligence, aidé par la clarté de la lune et par la direction du vent du soir, il s'orientera assez bien pour regagner le château.
MADAME DE VALENCE. — Maiss'll n'a pas cet avisement ?
M. DE VALENCE. — Il Gii seiitira mieux le besoin de profiter des leçons que je lui ai données à ce sujet. D'ailleurs, nous devons l'envoyer au service l'année prochaine ; à ce métier, il y a bien des nuits à passer en pleine campagne. Il en aura fait l'expérience et il n'arrivera pas tout neuf dans un camp pour servir de risée à ses camarades. L'air n'est pas bien froid dans cette saison ; et, pour une nuit, il ne mourra pas de faim. Puisque, par sa folie, il s'est jeté dans l'embarras, qu'il s'en tire de lui-même ou qu'il en essuie tous les désagréments.
MADAME DE VALENCE. — Nou, je n'y puis conseutir ; et j'y vais moi-même, si tu n'envoies du monde après lui.
M. DE VALENCE. — Eli bien, ma chère femme, je veux te tranquilliser, quoiqu'il m'en coûte de ne pas suivre mon projet dans toute son étendue. Je vais ordonner au petit Matthieu de l'aller joindre, comme par hasard. Colas se tiendra aussi à une petite distance pour courir à eux en cas d'accident. Du reste ne m'en demande pas davantage ; mon parti est pris, et je ne veux pas, pour une aveugle faiblesse, priver mon fils d'une épreuve importante. Voici mes amis qui reviennent avec Mathurin.
MADAME DE VALENCE. — Dieu ! je Ic vois, ils ne l'ont pas trouvé !
M. DE VALENCE. — Je m'en réjouis.