‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 127 sur 153 · SI. VERTEUIL , LÉONOR , DIDIER · texte numérisé non relu

SI. VERTEUIL , LÉONOR , DIDIER

DIDIER , couinant à Léonor. Tiens , tiens , ma sœur , regarde. (// lui fait voir une montre.^

LEONOR. Comment , une montre d'or !

DIDIER. Oui, comme tu vois. Oh, monsieur Verteuil ! je suis transporté de plaisir. Permettezvous que j'aille la faire voir à mon maître? Je cours, et je reviens comme le vent.

31. VERTEUIL. Jc Ic vcux bicu. Dis-lui que je ne te l'ai pas donnée pour flatter puérilement ta vanité, mais pour l'apprendre à distinguer les heures de tes exercices et t'ernpêcher de les confondre.

DIDIER. Ohl cela ne m'arrivera plus, maintenant.

M. VERTEUIL. Demaudc-lui congé pour la journée , et annonce-lui ma visite dans l'après-midi.

DIDIER. Fort bien, fort bien. {Ilsort encourant,) SCENE XVI.

M. VERTEUIL, LÉONOR qui parait triste et pensive.

M. VERTEUIL Qu'as-tu douc , ma chère Léonor? Pourquoi cet air abattu ?

LÉONOR. Ce n'est rien , monsieur , rien du tout.

M. VERTEuiL. Es-tii fùcliée de ce que ton frère a une montre ?

LÉo.NOR. Elle lui durera longtemps , je crois! Il saura bien comment la "ouverner!

M. VERTEUIL. Je vicns de lui en apprendre la manière , et ce n'est pas difficile. ïii sais qiiMl en avait grand bosoin.

LEONOR, d\tn ion ironique. Certainement je n'en ai pas besoin , moi.

M. VERTEUIL. Je Tai pensé. Il y a une pendule dans la maison.

LÉONOR. Cependant mes égales ont aussi des montres dans notre société.

31. VERTEUIL. Tant mieux; tu pourras leur demander riieure qu"'il est.

LEONOR. Et quand les autres me le demanderont à moi , je pourrai leur dire que je n''en sais rien.

M. VERTEUIL. Léouor ! LéonorI tu es une petite envieuse. Maispour te faire voir que je ne t'ai pas oubliée... [Il lui donne un étui.)

LÉONOR, en rou(jissant. Oh, M. \ erteuil !

M. VERTEUIL. Eli bicn , lu ne sais pas Touvrir? (// V ouvrelui-mc)ne , et en tire des boucles d'oreilles à diamants.) Es-tu contente à présent?

LÉONOR. Oh , si vous élicz aussi content de moi!

M. VERTEUIL. Jc uc puis tc caclicr que je ne le suis pas tout à fait. Nous voilà seuls. Il faut que je te parle avec franchise. Ta chère tante n\a rien épargné pour te procurer des talents agréables. Je reconnais, à ses soins, son goût et sa tendresse.

Saurais seulement désire' qa''elle se fût occupée de tVu donner en même temps de plus solides.

léonor. Mon frère me Ta déjà fait sentir ; mais qui pourrait m^instruire de ce que jMgnore ?

M. VERTELIL. Jc connais une digne personne qui prend en pension de jeunes demoiselles pour les former dans tout ce qui convient à ton âge et à ton sexe.

LÉONOR. Ma tante m'a pourtant dit que vous me mettriez en état de n"'en avoir pas besoin.

M. VERTEuiL. J'eutcnds. Eh bien , je te laisse la liberté de suivre le genre dévie qu'elle Ta fait prendre, puisqu'il s'accorde avec tes goûts. Repose-toi sur ma tendresse. Après ma mort tu posséderas tous mes biens.

LÉo.NOR. Tous vos bicns , monsieur Verleuil?

M- VERTEUIL. Oui , LécHor. Ilélas ! je crains qu'ils ne puissent encore suffire pour t'empêcher de vivre dans la misère I

LÉo.NOR. Que me dites-vous?

M. VERTEUIL. Es-tu cu état dc te rendre à toimême le plus léger service? de travailler de tes mains, jc ne dis pas à la moindre partie de ta parure, mais à tes premiers vêtements?

léo.nor. Je ne l'ai jamais appris.

M. VERTEUIL. Il te faudra donc sans cesse autour de toi mie foule de personnes pour suppléer à ton ignorance et à ta paresse. Es-tu assez riche du bien de ton père pom' les soudoyer.

LÉOAOR. Vous m'avez dit que non, monsieur Yei'teuil.

M. VERTEuiL. D'aillcurs , cjuand viendra Tàge de t''établir, quel esl riiommc raisonnable qui te prendrait pour des talents frivoles, inutiles à son bonheur? Tu ne peux être recherchée que par rapport à la fortune dont lu apporterais la possession avec ta main. Ainsi , je me vois de plus en plus dans la nécessité de t'assurer la mienne.

LÉONOR. Mais mon frère Didier?

M. VERTEUIL. Il faudra bien qu'il se contente de ce que je ferai pour lui pendant ma vie, et de ce que tu voudras bien faire toi-même en sa faveur après ma mort. Qu"'il s''instru;se dans tous les moyens honorables de se former un état. Je lui en ai donné un exemple : il u\i qu'à le suivre. Je te laisse réfléchir sur mes intentions. Je veux les communiquer à ton frère aussitôt qu'il sera de retour.

{Il sort.)

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